Le 25e anniversaire de MC Faucon

Rare anniversaire pour un club de cuir

André-Constantin Passiour
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Après avoir traversé bien des tempêtes, le club de cuir MC Faucon atteindra l'âge de 25 ans à la fin du mois d'août. Fondé à l'époque où Montréal était la capitale "cuir" du Canada, MC Faucon a connu des heures glorieuses avec des membres bien connus par l'ensemble de la communauté gaie montréalaise. Après les terribles premières années du sida, contrairement à bien d'autres clubs, MC Faucon renaît grâce à l'implication d'hommes plus jeunes, soucieux de maintenir la tradition de service à la collectivité. Avec le temps, le célèbre concours M. Cuir Montréal a su lui insuffler la vitalité et le dynamisme qui lui permettront de célébrer dignement et en grande pompe cet anniversaire. Du 23 au 25 août prochains, les Faucons de Montréal célébreront leur 25e anniversaire par une série d'événements et de festivités, dont un grand banquet. Soupers, soirées dans des bars, tours de ville pour les amis touristes venus des États-Unis et d'Europe et bien d'autres activités attendront les participants de Migration 2002, un "run" de ville, comme disent les gars de cuir. Et il y aura de quoi fêter. Déjà, qu'une organisation gaie montréalaise atteigne 25 ans, c'est un exploit en soi; de plus, qu'elle s'assure une relève et vite une renaissance, cela tient presque du miracle.
Les années de vaches grasses

C'est en 1977 que Marcel Croteau (vivant aujourd'hui à Atlanta) et quelques amis fondent le club MC Faucon. Le club compte alors dans ses rangs des gens comme l'artiste-designer Pierre Olier et Jacques Maheu, qui créera pour sa part le Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal un peu plus tard. D'ailleurs, n'entre pas qui veut chez les Faucons. À ce moment-là, il fallait d’abord posséder une moto. Ensuite, "les gens devaient appartenir à une profession, médecin, avocat, etc. et c'était en général des gens bien connus dans la communauté. Il y avait donc là un certain aspect d'exclusivité", indique René Charest, qui est président du club et membre depuis une quinzaine d'années. Mais il faut dire que, contrairement à d'autres clubs, "les Faucons ont toujours été un club à caractère social, qui organisait des événements-bénéfices et qui défendait des causes sociales", ajoute M. Charest.

Jusqu'au début des années 1990, le club connaît une expansion. On met sur pied les fameux "runs" organisés dans un centre de villégiature en été, le concours M. Cuir Montréal (tenu pour la première fois en 1987) et les "Soupers du roi". Lors de ces runs, le club accueille des membres de clubs américains, canadiens et même européens. Les Messieurs Cuir Drummer, Chicago, Washington, Mid-Atlantic, etc. se pressent aux portes de ces runs où animation, cocktails, rallyes en motos et spectacles divertissent tout ce beau monde. Dans la foulée, le club attire l'attention en organisant le tout premier concours M. Drummer (Montréal), en 1989. Mais cela demande trop de travail pour l'équipe et le concours n’est pas repris.

Dans ce temps-là, le club participait aussi à de multiples activités montées par les bars de cuir ou les autres clubs. À Montréal, on en comptait alors au moins une vingtaine : Iron Cross, Royal Eagle, Spartiates, Globes, Points Rouges, Gants d'Argent, Friends et Escouades (de Québec), entre autres. On dénombrait de 15 à 20 membres pour chaque club mais certains, comme les Iron Cross, en possèdaient jusqu'à une cinquantaine. Il y en avait tellement qu'un organisateur a décidé de faire un défilé de la Fierté cuir en été, au début des années 1980. En effet, même si les dates ne sont pas claires, les Faucons participeront à une parade des clubs cuir à deux ou trois reprises. "C'est Normand Jolicœur, qui est décédé du sida, qui avait décidé de tenir un tel défilé, de dire René Charest. Il a rassemblé les clubs pour une parade qui avait lieu sur la rue Sainte-Catherine. Elle débutait à Amherst et se terminait par une fête au parc Campbell. Priape, Cuir Plus, La Track, KOX et Bud's y étaient aussi. Plusieurs centaines de personnes y assistaient."

Les années sombres
Puis, l'épidémie du VIH/sida survient. Les clubs de cuir sont décimés : les Faucons n'y échappent pas. Pendant plus d'une décennie, du milieu des années 1980 jusqu'aux années 1990, mais surtout de 1986 à 1989, les clubs vont disparaître les uns après les autres. "Cela a été une période extrêmement difficile pendant laquelle nous avons perdu, à l'exception de Croteau, tous les pionniers du club. On allait de salons mortuaires en salons mortuaires. C'était très triste. Le sida a vraiment fait des ravages dans la communauté cuir. De tous ces clubs, il n'en reste maintenant que deux, les Faucons et les Iron Cross [qui ont célébré leurs 30 ans]", se remémore le président des Faucon.

"Souvent, ce sont les gens les plus connus qui meurent, ceux qui étaient les plus impliqués dans la communauté gaie, qui se dévouaient et luttaient pour des causes sociales", ajoute Christian Caldji, M. Cuir Montréal 2001 et actuel secrétaire du club. On se rappellera ainsi que, lors de l'apparition du sida, ce sont les clubs de cuir qui, en premier, ont organisé des activités pour aider les personnes atteintes. Il y a là une histoire que l'on ne peut oublier.

Cette période noire va donc emporter dirigeants et membres des clubs. Sans organisateurs ni relève immédiate, les Faucons vont même abandonner la compétition M. Cuir Montréal entre 1993 et 1995. Un flottement qui s'estompera lorsque René Charest reprendra en main le club, en 1996.
La renaissance

Les choses redécollent pour ainsi dire lors de la tenue du concours en 1996. Une équipe se reforme autour de M. Charest, et le désir de poursuivre bat dans le cœur des nouveaux organisateurs.
Tranquillement, une relève se construit. L'exemple le plus frappant provient de l'implication de Christian Caldji. Beau, jeune, étudiant en sciences biologiques, il veut participer à raviver la flamme cuir à Montréal et recréer l'environnement d'amitié qui entourait les clubs, jadis. "Aujourd'hui, ce qui est important chez les jeunes, surtout dans les grands concours cuirs américains, c'est le bodybuilding, la beauté superficielle, les partys et la drogue. À l'époque, les clubs de cuir étaient plus basés sur la communauté, sur les causes sociales, la solidarité, etc.", regrette-t-il. Entre Caldji et le nouveau M. Cuir Montréal 2002, André Patry, un activiste, militant gai et syndicaliste de longue date, nul doute que cette relève soit prometteuse.
C'est donc dans la joie, avec un brin de nostalgie, que les Faucons fêteront cet anniversaire au cours d'événements auxquels les amis et la population sont conviés.

Les billets pour Migration 2002 sont en vente chez Priape au coût de 40$.
Info: (514) 523-7805 ou www.mcfaucon.com ou [email protected]