Célébrations de la fierté

Pourquoi continuer à marcher ?

Yves Lafontaine
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Le 4 août 2002, nous serons du défilé. Pas uniquement pour présenter nos abdominaux ciselés, exhiber notre nouveau chum ou notre nouvelle blonde ou pour danser derrière le char qui aura la meilleure musique. Nous serons présents, comme chaque année, parce que cette journée symbolise, plus que toute autre, notre présence, à Montréal, comme au monde. Un monde qui doit compter avec les communautés gaie, lesbienne, bisexuelle et transsexuelle. D'abord, geste de résistance, le défilé de la fierté gaie a laissé place à la célébrations des acquis, de l’avancée des lois et de l'évolution de la société.

Si elle n'accueillait, dans ses rangs, que quelques "illuminés" il y a dix ans, c’est par centaines de milliers que les gais, lesbiennes, bisexuels, transsexuels et un nombre grandissant d’hétéros prennent part à ces célébrations hautes en couleurs de la différence.

Cette année, nous avons de quoi nous réjouir, avec l'adoption de l'union civile, qui couronne plus de vingt ans de lutte; avec, aussi, le jugement rendu par la Cour supérieure de l'Ontario, le 12 juillet dernier, donnant deux ans au gouvernement fédéral pour accorder le mariage aux gais et aux lesbiennes pour être en règle avec la Charte canadienne des droits et libertés. Les victoires se succèdent de plus en plus rapidement et c’est tant mieux.
Sans doute devrons nous encore revendiquer pour les prochaines années, même après avoir obtenu le mariage, parce que l'égalité juridique ne fait pas instantanément l'égalité de fait. Et tout arsenal de lois ne fera pas disparaître l'homophobie de nos vies quotidiennes, tout comme il ne fera pas sortir tous les gais et toutes les lesbiennes du placard.

Nous marcherons aussi pour soutenir l'extrême vitalité des groupes communautaires; parce que le sida reste un fléau planétaire, pour se souvenir de ceux qui ne sont plus là. Nous marcherons parce que si la situation est favorable au Québec et au Canada, il n'en va pas de même pour la grande majorité des gais et des lesbiennes à travers le monde. Loin de là. Nous marcherons parce que si les motivations pour marcher diffèrent pour chacun des participants, il n'en demeure pas moins que le défilé de la fierté gaie est avant tout la réitération d'une sortie du placard collective.

Nous marcherons parce qu’il s’agit d’une célébration commune et libératrice du bonheur d’être ensemble et d’exister ouvertement, en dépit de la stigmatisation. Parce que le défilé diffuse le sentiment d’intérêt partagés, à préserver et à élargir. Parce qu’il défend la fierté identitaire comme contre-feu à la honte. Ainsi s’exprime, non pas une communauté organique fermée, mais une appartenance communautaire ouverte; non pas une identité exclusive, mais une référence identitaire.

Chaque participant gai et chaque lesbienne partage une partie de mémoire commune avec ses voisins et ses voisines, celle de la différence toujours née dans la souffrance, la peur, le rejet, la honte, l'humiliation... Un passé parfois tu, parfois reconnu, mais semblable à celui du gars de cuir à moto, à celui du boy toy s'agitant sur les rythmes du jour, à celle de la lesbienne et de sa blonde, accompagnées de leurs enfants, à celui du couple de gais de banlieue...