14e conférence internationale sur le sida

Des chiffres encore alarmants

André-Constantin Passiour
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Avant et pendant ce congrès, des torrents de chiffres sur l'expansion de la pandémie ont circulé et alerté les experts réunis dans la capitale catalane. Si l'Afrique et ses 28,5 millions de personnes infectées, ainsi que l'accès aux médicaments, ont fait l'objet d'âpres délibérations, l'espoir naissait à nouveau de trouver un vaccin efficace, avec un test à grande échelle qui sera réalisé en Thaïlande. Cependant, le CDC des États-Unis révélait des données selon lesquelles plus de 50% des jeunes gais ont eu des relations non protégées. Alors que s'ouvrait cette 14e Conférence internationale sur le sida, qui s'est déroulée du 7 au 11 juillet à Barcelone (Espagne), des milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour réclamer des médicaments moins coûteux pour les millions de séropositifs et sidéens vivant principalement en Afrique sub-saharienne. Alors que, selon un rapport récent de l'ONU, la Chine, l'Inde et la Russie risquent d'exploser avec une pandémie galopante, on demande aux pays occidentaux de faire leur part pour tenter d'endiguer la progression de la maladie. À l'heure actuelle, plus de 40 millions de gens vivent avec le VIH/sida dans le monde, selon un rapport récent d'ONUSIDA.

Si rien n'est fait, 45 millions de personnes seront infectées ces huit prochaines années, a révélé le directeur d'ONUSIDA, Peter Piot. Selon ce haut responsable de la santé de l'ONU, le sida nécessiterait 10 milliards $US par an pour les prochains dix ans si on veut l'empêcher de s'étendre.

Côté gai, la situation n'est pas reluisante chez nos voisins du Sud. Une étude du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) montre que 75% des jeunes gais et bisexuels urbains qui sont infectés ignorent qu'ils sont porteurs du virus. Chez les jeunes gais Noirs américains, ces statistiques grimpent à plus de 90%. Cette étude a été menée auprès de 6 000 jeunes gais vivant à Baltimore, Dallas, Los Angeles, Miami, New York et Seattle, entre 1994 et 2000. De manière plus pointue, l'enquête démontre que chez les jeunes gais séropositifs, 91% d'Afro-Américains, 70% de Latinos et 60% de Blancs ignoraient qu'ils avaient été infectés. Plus de la moitié de tous les jeunes interrogés ont dit ne pas avoir utilisé de condoms lors de relations anales parce qu'ils ne croyaient pas qu'ils étaient à rique de contracter le virus.

"Cette étude nous aide à mieux comprendre pourquoi tant de jeunes gais et bisexuels américains deviennent infectés", a indiqué Duncan MacKellar, qui a mené l'enquête. Les responsables du CDC croient qu'il faudra de nouvelles campagnes de prévention aussi agressives que celles des années 1980-1990 si l'on veut éviter que des centaines de milliers de jeunes gais ne s'infectent.

Sur une note plus sereine, profitant de la conférence, la firme VaxGen a annoncé qu'un vaccin efficace sur les chimpanzés sera testé sur des humains, en Thaïlande, d'ici la fin de l'année. Donné en combinaison avec un autre type de vaccin, le prototype de VaxGen sera injecté à 16 000 personnes et les premiers résultats seront connus en 2003. C'est la plus vaste recherche d'un vaccin anti-VIH entreprise à ce jour sur des humains. Si tout va bien, VaxGen pense que le vaccin serait disponible d'ici cinq ans, soit cinq ans plus tôt que prévu.