Salò ou les 120 journées de Sodome

Yves Lafontaine
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À l'occasion du 80e anniversaire de la naissance de Pier Paolo Pasolini et coïncidant étrangement avec la tenue des célébrations de la fierté gaie et lesbienne, le cinéma du Parc présente l’ultime film de Pier Paolo Pasolini, Salò ou les 120 journées de Sodome, adaptation libre d’une œuvre de Sade. La violence esthétique et politique de Salò est resté intacte, j’en suis certain, même si je ne l’ai pas revu et que je n’en ai pas l’intention. Je n'ai vu Salò qu'une fois et je ne le reverrai probablement jamais. Car il y a eu pour moi un "avant Salò" et un "après Salò", et on ne peut pas être transformé deux fois par la même chose. Ce n'est pas un film dont on discute beaucoup après avec des amis. Ou alors en regard de la cruauté du film et de la terreur qu’il diffuse. C'est un film de la terreur. Je "savais" ce qu'était le fascisme, mais dans les livres, je ne l'avais jamais ressenti auparavant. Parce qu'il fonctionne sur le mode de la dénonciation et de la fascination, le film agit. En tout cas, il ne décrit pas. Devant l'écran, il est très troublant de voir comment le cerveau humain peut déraper. À quel point c'est facile, proche. À quel point ça peut être nous. À quel point il n'y a que la raison qui peut nous sauver. Les scènes de violence ne sont pas ce qu'il y a de plus violent dans le film. Les scènes de merde ne sont pas ce qu'il y a de plus dégoûtant. La violence et le dégoût sont ailleurs, dans les textes lus calmement, dans ce qui organise le film. Des collègues, critiques de cinéma, soutiennent que la mise en scène n'est pas extraordinaire, que ce n'est pas un si bon film que ça. Étrangement, je ne m'en souviens plus très bien. Parce que Salò, pour moi, dépasse le cinéma. Je reste persuadé que c'est un film qu'on doit montrer et voir. De même, je crois que c'est un film qu'on doit voir seul, pour ne pas avoir le regard d'un autre sur soi pendant qu'on regarde ces images. Pour ne pas être au cinéma et faire semblant de ne pas y croire.