À propos des défilés...

Chu donc fière d’être de même

Mado Lamotte
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Comme toute Québécoise nationaliste ex-séparatiste-indépendantiste qui se respecte, au mois de juin dernier, je suis allée voir la parade de la St-Jean Baptiste. Hein, toi, Mado Lamotte, la snob du Plateau Mont-Royal qui boude tout ce qui a un certain rapport avec le peuple quétaine dont tu adores te moquer? Ben voyons, vous me connaissez mieux que ça. Rassurez-vous, mes chéris, je ne me suis pas tapée le cortège de chars allégoriques et de clowns sur la rue Notre-Dame. Moi, ce genre de parade-là, ça m’aliène au plus au point. Plutôt passer des heures à regarder les grosses baleines défiler en serviette au sauna Centre-Ville que de baîller aux corneilles devant une parade de chars en papier mâché. Comme au défilé de la Fierté gaie, je préfère être dans le show que mêlée à la foule massée sur le trottoir. D’ailleurs, au moment où vous lirez ces lignes, je ne sais toujours pas si TQS va finir par se décider un jour à me la faire animer pour vrai, cette belle parade de moumounes-là? J’ai rien contre les Pénélope McQuade et autres Copines d’abord qui s’improvisent, le temps d’un défilé, meilleures amies des gais, mais si y en a une qui connaît le monde qui œuvre dans notre communauté, c’est ben moé! J’peux même vous nommer tous les danseurs du Taboo par leur p’tit nom, viarge! Même ceux qui ont pas encore commencé à danser! Mais en attendant de savoir si je serai derrière le micro ou sur le top du char de mon Cabaret, ben j’vas me contenter de vous raconter mon expérience au dernier défilé de notre fête nationale. Comme je disais, je n’ai même pas pris la peine de me mêler aux badauds le long de la rue Notre-Dame parce que quand y’a trop de monde autour de moi, j’étouffe. Croyez-moi mes tout p’tits, c’est pas évident quand tu mesures 5 pieds 6, pas de talons, de se retrouver squeezée entre deux grands Jack de 6 pieds 6 et une toutoune de 300 livres. Pis là j’vous parle pas des enfants qui courent partout, des bébés qui braillent, des colons qui rotent leur King Can de Labatt Bleue en gueulant à tue-tête Gens du Pays..., des vieux bougonneux qui te soufflent leur boucane de cigarette dans la face, des vieilles frustrées qui sont installées sur le bord de la rue cinq heures avant la parade et qui chialent à chaque fois que quelqu’un s’enfarge dans leur chaise pliante, des épais qui passent à travers la foule de 50 000 personnes avec leur vélo, des vendeurs de t-shirts "J’aime le Québec" à 10 piastres, des chiens qui te reniflent le fond de culotte et j’en passe. Mais même si j’étais pas sur la rue Notre-Dame ce soir-là, ça m’a pas empêché de voir la parade passer. Confortablement assise avec une bonne Heineken froide à la main (même pas une bière québécoise, shame on me!), sur la terrasse du Stud avec ma chum de femme, Madame Pic Pic, on a assisté à une belle tranche de vie bien de chez nous en regardant passer la mer de monde qui revenait du défilé. Et croyez-moi mes tout p’tits, cette parade-là était tout aussi colorée que l’autre. J’vous mens pas, la rue Papineau a jamais accueilli autant de quétaines en une seule soirée. Et s’il y en a une qui s’y connaît en matière de quétaine, c’est ben moi, viarge! J’peux pas vous décrire en quelques lignes tous les spécimens d’êtres humains et de bibittes extraterrestres qui sont passés devant mes yeux ébahis, mais j’peux juste vous dire une chose, il y a bien des modes que je croyais dépassées qui se sont révélées encore très actuelles. S’ils s’étaient adonnés à passer dans le coin, Linda et Elvis Gratton auraient même pas eu l’impression de s’être trompés d’époque. Et moi, j’aurais jamais cru revoir un jour des bottes de cow-boy zébrées noir et blanc sur un gars qui arbore sans gêne la moustache frisée par en haut avec le toupet gonflé au blower et la queue de rat style Longueuil qui pend dans le cou. Pas plus qu’une pitoune bleachée avec la grosse repousse dans le fond de la tête, frisée comme Farrah Fawcett et qui exhibe fièrement ses nouvelles boules remplies de jello dans une camisole à franges, la noune bien définie dans un jeans qui laisse entrevoir une cheville grosse comme un cure-dent garnie d’un joli bas en dentelle blanche qui repose délicatement sur un soulier rose bonbon à talon aiguille. À côté de ça, Anne-Marie Losique aurait eu l’air d’être dix ans en avance sur son temps.

Pis voulez-vous ben me dire c’est quoi c’te trip-là d’antennes en forme de fleur de lys lumineuse sur la tête d’une adolescente presque adulte? Demandez-vous pas, après ça mes cocottes, pourquoi vous êtes encore vierges à 18 ans! Pourtant, même Britney Spears a compris que faire la plotte, c’est plus payant. Pis y a tu quelqu’un qui va m’expliquer ce qu’il y a de buzzant à se promener le corps couvert de drapeaux du Québec et de colliers vert fluo qui brillent dans le noir? La science-fiction serait pas en train de vous rendre un peu gaga, mes p’tits nerds chéris? Donnez-leur du pot quelqu’un mais de grâce, faudrait qu’on leur dise qu’Annie Brocoli pis les Télétubbies, c’est pour les enfants de prématernelle ou les jeunes qui se tiennent au Bamboo bar du Unity. Et comme si c’était pas assez, vous auriez dû voir la face des "450" dans leur char pour comprendre que pour ben du monde, on est encore une belle gang de weirdos venus d’une autre dimension. C’est comme si c’était la première fois qu’ils voyaient des ho-mo-se-xu-els d’aussi proche. J’vous mens pas, y manquait pus juste qu’ils nous gârochent des peanuts pis des bananes et on se serait cru au parc Safari. Mais savez-vous quoi? À mon grand étonnement, on n’a pas entendu une seule fois les mots tapette, fif, pédé ou suceux de batte. Rien. Même pas de "wouh, salut les filles!" Pis des Gino Camaro et des amateurs des Grandes Gueules, en voulais-tu, y en avait. Faut croire que même si les modes reviennent, les temps changent et la société évolue. J’peux-tu vous dire que c’te soir-là, j’étais pas gênée pantoute d’être quétaine. Même que c’te soir-là, j’étais fière en ciboire d’être québécoise!

C’est dur, dur d’être une drag queen
Bout de viarge, si on m’avait dit que c’était pour être tough de même la vie de tenancière de club, je serais rentrée drette-là chez les soeurs! Quoique j’aime trop les hommes pour imaginer ma vie sans eux, enfermée dans un couvent avec une gang de femmes aux jambes poilues. Mais même si j’ai déjà la plotte à terre et les ovaires en d’ssous du bras, ça ne m’empêchera tout de même pas de vous inviter à venir fêter la semaine de la Fierté gaie à mon Cabaret (j’y serai tous les soirs), et s’il reste des billets, ne manquez surtout pas mon Bingo au Casino le lundi 29 juillet; sinon, vous pourrez vous en mettre plein la vue au Mascara le samedi 3 août, le plus gros spectacle de drags queens en Amérique. J’me vante oui, mais si les gens du Bad Boy Club et du Bal en Blanc le disent pour leur party, j’peux ben faire la même chose pour le mien!

Pis à part de ça, avec plus de 25 000 personnes dans la rue l’année dernière, je peux d’ores et déjà vous dire que c’est le plus grand show de drag queens au monde! We are the world, we are the children, we are the Queens of the world!

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