Montréal et ses quartiers

Quel est le quartier à la mode?

Claudine Metcalfe
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Plusieurs quartiers de Montréal semblent vivre un renouveau, passant de coin paumés à repaires huppés. On pense, bien sûr, au Plateau Mont-Royal avec sa progression dans Rosemont, au Centre-Sud avec son Village, mais aussi à l’est, dans ce qu’il est convenu d’appeler Hochelagai-Maisonneuve. Mais un des secteurs les plus en effervescence est sans doute le Centre-Ouest et son prolongement naturel autour du canal Lachine. Ce boum immobilier est relié à l’aménagement du canal qui devrait d’ici quelques mois, retrouver ses lettres de noblesse. Tout est donc lié aux travaux d’envergure de rénovation du canal. Après avoir été fermé durant 30 ans, le Canal Lachine revit. Ce site exceptionnel redeviendra un lieu vivant, ouvert à la navigation de plaisance et offrant des aires de pique-nique et de récréation.

Pour arriver à concrétiser ce vieux rêve, il a fallu cinq années de travaux et des investissements publics de plus de 100 millions de dollars, l'engagement de la communauté locale, la volonté réitérée de la ville de Montréal et la collaboration étroite de tous ses partenaires. L'objectif : faire en sorte que le canal Lachine, qui a jadis joué un rôle primordial dans le développement industriel du Canada, puisse à nouveau prendre part au développement économique de la région.

Inauguré en 1825 et agrandi à deux reprises, le canal contourne les rapides de Lachine et coupe en deux l’extrémité de l’île. Il compte cinq écluses permettant de franchir une dénivellation de 14 mètres. Le canal a permis à Montréal de jouer un rôle majeur sur le plan économique en s'imposant comme porte d'entrée du continent nord-américain.

Un grand nombre d'industries se sont installées le long de ses rives, notamment près des écluses situées dans la partie est. La navigation sur le canal a atteint son apogée entre les deux Guerres mondiales, alors que près de 250 entreprises y employaient près de 25 000 travailleurs. Les quartiers ouvriers avoisinants se sont développés au rythme de l'industrialisation afin de loger les milliers de nouveaux travailleurs et leurs familles.

L'ouverture de la voie maritime du Saint-Laurent, en 1959 sonne le glas du canal qui est définitivement fermé à la navigation en 1970. L'entrée est alors remblayée et dès 1960, les industries fermaient leurs portes. C’est dans ce secteur que se vit la gentrification actuelle.
Parcs Canada, Développement économique Canada ainsi que Travaux publics et Services gouvernementaux Canada ont investi 37 millions $ depuis 1997 pour rendre la voie d'eau navigable. L'ancienne Ville de Lachine, maintenant nouvel arrondissement de Montréal, a contribué pour un million de dollars aux travaux et les gens et organismes de la région n'ont épargné ni efforts ni imagination pour donner une seconde jeunesse au canal. Entre 1997 et 2002, d'importants travaux ont été effectués en bordure du canal afin de transformer le secteur et créer dans les quartiers environnants une nouvelle vitalité sociale et économique.

En plus de rouvrir le canal à la navigation de plaisance, on a rendu ses abords agréables et accessibles et modernisé les infrastructures environnantes avec 14 km de piste cyclable, des bassins pour les sports nautiques, des aires de repos. À cause des sédiments dans le fond du canal (des accumulations de près de 30 cm de déchets toxiques), la baignade ne sera évidemment pas permise. D’ailleurs, la navigation y sera bien surveillée afin d’interdire que les embarcations fassent des vagues et déplacent les sédiments.

Ces initiatives ont permis la réalisation de nombreux projets immobiliers, résidentiels et commerciaux, l'établissement d'un nombre croissant d'entreprises spécialisées dans la nouvelle économie, l'arrivée de nouvelles familles qui choisissent le secteur du canal comme milieu de vie et l'implantation d'entreprises culturelles et d'artistes qui contribuent au développement de l'industrie culturelle locale. On compte huit pôles, soit l’entrée à l’ouest avec le pôle Lachine, Lasalle, Gadbois, Cartier, Atwater, Saint-Gabriel, Peel et à l’est, le Vieux-Port.

Voilà un bel exemple d’une concertation qui contribue à améliorer un quartier, à dynamiser tout un secteur et à augmenter la qualité de vie pour les habitants de souche et les nouveaux arrivants.