(et même ta mère!)

Y tu mama tambien...

Yves Lafontaine
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À première vue, on pourrait croire à un simple film pour adolescents dont le titre (rendu en français par Et... ta mère aussi!) ne prendrait tout son sens que vers la fin. Mais, à mesure qu'on se laisse entraîner dans ce road movie, on est séduit par l'énergie et la tendresse qui s'en dégagent, de même que par la façon plus ou moins directe d'envoyer promener certains tabous chers au Mexique. Dès les premières images, Cuaron filme ses jeunes acteurs comme des jeunes chiots faisant fi des convenances et baisant avec ardeur, ce qui ne va pas d'ailleurs sans quelques blagues de mauvais goût. Mais ça donne aussi cette fameuse scène de la branlette au bord d'une piscine qui se conclut sur une pirouette. Cuaron y va assez gaiement avec le thème des amours dites illicites. Mais on n'en est pas à un tabou près. Le plus tenace, l'homosexualité, avec lequel les Mexicains ne semblent pas très à l'aise, Cuaron se résoudra à s'y attaquer seulement à la fin. Ce qui séduit dans Y tu Mama Tambien, c'est le ton du film imposé par les deux principaux acteurs, Gael Garcia Bernal (Julio) et Diego Luna (Tenoch).

Ils ont quelques années de plus que leurs personnages. Mais, visiblement, ce ne sont pas les complexes qui les arrêtent. Julio et Tenoch, 17 ans, ne paraissent guère anéantis par le départ pour l'Europe de leurs petites copines. Eux aussi comptent bien profiter des vacances pour s'en oyer en l'air. L'occasion va leur en être donnée par la belle Luisa (Maribel Verdu). Ayant croisé, lors d'une fête, cette épouse délaissée du cousin de Tenoch, ils lui proposent à tout hasard de les accompagner sur une plage perdue du Mexique profond, dont ils improvisent le nom: la Boca del cielo (la bouche du ciel).

Cette expédition sert de prétexte à Cuaron pour dénoncer certains clichés tenaces concernant le Mexique. Ces représentants d'une jeunesse dorée traversent sans s'y attarder une campagne marquée par les inégalités, la répression et la misère comme s'il s'agissait, en somme, de simples touristes. On découvre à travers eux l'existence d'un Mexique à deux vitesses, celui des privilégiés et l'autre. Mais l'essentiel du film tient dans le récit d'un triangle sentimental entre deux copains et une fille de 28 ans qui, contrairement aux apparences, n'agit pas par simple impulsion.