Reconnaissance de nos conjugualités

Victoire historique

Yves Lafontaine
Commentaires
Le 7 juin restera une date historique pour les communautés gaies et lesbiennes du Québec. Dans la conquête des droits civiques, l’adoption de la loi sur l'union civile marque une étape importante dont on ne perçoit pas encore toutes les conséquences, sans doute parce que nous sommes encore sous le choc. Et si certains sont incapables d'en comprendre la portée hautement symbolique, sociale et légale, c'est qu’ils sont, ou aveugles, ou trop centrés sur notre propre nombril. L'union civile est à l'avant-garde de tous les projets de partenariat, contrat, pacte, voire mariage, proposés par les autres pays. Car que ce soit par leur titre, ou par le contenu, ils différencient toujours les conjugalités homosexuelles de la conjugalité hétérosexuelle : le royaume des Pays-Bas permet le mariage, mais ne reconnaît pas l'adoption ni la filiation à deux hommes ou à deux femmes mariés; le mariage du Vermont n'a aucune incidence sur la fiscalisation; enfin, les régimes spécifiques pour les couples de même sexe (tels que ceux des pays scandinaves et de l’Allemagne) entérinent l'inégalité entre deux types de conjugalité.

L'union civile québécoise évite tous ces écueils. Ne pouvant modifier la définition du mariage, qui est de compétence fédérale, le parlement québécois a instauré un régime ouvert aussi bien aux homosexuels qu'aux hétérosexuels dont le contenu est calqué sur celui du mariage.

Il y a encore de nombreuses raisons de s'étonner et de se féliciter.
D'abord, le projet de loi a été adopté à l'unanimité, alors que l'avant-projet de loi, beaucoup moins progressiste, avait suscité des résistances de la part de parlementaires. Les audiences publiques qui ont eu lieu cet hiver ont révélé la capacité des femmes et des hommes politiques a évoluer dans des domaines qu'ils connaissaient peu ou mal. Cette empathie face aux réalités gaies et lesbiennes témoigne d'une évolution peu banale de la société et de ceux et celles qui la représentent. Il faut en particulier rendre hommage à Paul Bégin, le ministre de la Justice, qui a fait preuve d’une écoute très attentive et d’une grande ouverture d’esprit.

Dans ce dénouement rapide, à peine six mois, il ne faudrait pas oublier l'extraordinaire travail de la Coalition québécoise pour la reconnaissance des conjoints et conjointes de même sexe, qui a su, avec simplicité mais conviction, dire aux parlementaires et au ministre de la Justice présents, la réalité, celle des couples, des familles. Sans ces témoignages, l'union civile aurait assurément été amputée de l'adoption et de la filiation, n'aurait pas été ouverte aux couples hétérosexuels et n'aurait pas eu cette couleur profondément égalitaire. Un nom court sur toutes les lèvres, celui d'Irène Demczuk, véritable cheville ouvrière durant tous ces derniers mois. Nous nous devons de souligner la qualité de son travail et lui rendre hommage.

Finalement, l'appui des grands partenaires sociaux (syndicats et groupes de lobbys sociaux) et la solidarité communautaire ont, sans conteste, joué un rôle essentiel et déterminant dans ce tournant crucial de notre histoire, de l'histoire du Québec.