Le golf

Un sport de plus en plus couru

Claudine Metcalfe
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Quand les touristes viennent ici, ils sont tous étonnés du nombre de clubs de golf que nous avons. Bien sûr, nous avons l’espace, l’inspiration des Américains et leurs champions impressionnants et nous profitons d’une qualité de vie exceptionnelle. Il est bien loin le temps où ce sport excluait les femmes, les gais et les pauvres. À la lecture des revues gaies américaines, on pourra se surprendre de voir le nombre de tournois organisés pour et par des lesbiennes; c’est que le golf est très populaire auprès d’elles. À Provincetown, la célèbre semaine des femmes, en octobre, culmine avec un prestigieux tournoi. Ces tournois, où des milliers de lesbiennes viennent encourager leurs idoles et jouer au golf, revêtent une importance comparable aux circuit partys haut de gamme des gais, comme le White Party de Miami.

Geneviève, 46 ans, aime ce sport "qui n’est pas trop exigeant, tout en demandant une bonne forme physique. J’aime ce sport parce qu’il se pratique en solitaire ou accompagnée de quelques intimes, comme le vélo, le patin à roues alignées. C’est idéal pour une femme d’affaire comme moi, qui a besoin de détente, mais sans être mêlée à la cohue", dit-elle.

Sur les terrains, il n’est par rare de croiser des lesbiennes. Robert, de la boutique Golf USA à Laval me confiait qu’il remarque souvent des couples de lesbiennes et des regroupements de clientes qui sont de toute évidence lesbiennes. "Le golf est un sport de plus en plus populaire, et bien sûr, nous voyons des groupes qui auparavant ne pratiquaient pas ce sport : plus de femmes, plus de gais. Avant, ils ne se sentaient peut-être pas dans leur univers, je crois. Mais cela a changé", me dit Robert.
En effet, le golf est le sport dont la popularité a le plus augmenté depuis 10 ans au Québec. Dans son immense boutique, le débutant comme le pro trouveront les conseils appropriés, le service personnalisé, des bâtons sur mesure et toutes les marques possibles.

Stéphanie, jeune optométriste de 33 ans, aime ce sport. "Je le pratique depuis que j’ai 21 ans. J’ai toujours été attirée par les grands espaces verts bien aménagés, la vie qui règne chez les membres, j’aime le style de vêtements. D’ailleurs, même quand je ne jouais pas, je portais des vêtements de style tennis ou golf : bermuda, polo (avec un nom prestigieux de préférence), souliers confortables, bas assortis. C’est distingué et chic", conclut Stéphanie. "Peut-être que ce style un peu masculin m’a attiré à l’adolescence, sans que je sache vraiment que j’étais lesbienne, parce que je me retrouvais dans les référents. Un sport réservé jadis aux hommes, maintenant accessible... il y a quelque chose de sexy là dedans", affirme-t-elle.

Peu de modèles féminins peuvent inspirer les femmes. Certes, nous avons eu notre Jocelyne Bourassa, mais il n’y a pas de vedettes. Et quand une vedette lesbienne s’affiche, le sport qu’elle pratique devient presque fétiche pour la communauté. Pensons à Martina Navratilova qui a produit toute une génération de lesbiennes amateures de tennis, partout dans le monde.

Il y a sept ans, la grande championne américaine Muffin Spencer-Devlin a fait sa sortie. Ce qui l’a motivé était de libérer toute l’énergie que lui demandait de garder le secret de son orientation. La célèbre golfeuse de 44 ans y a pensé pendant cinq ans avant de trouver le bon moment pour faire sa sortie. Ce fut un long processus tout en réflexion pendant lequel elle aurait bien préféré ne pas devoir le faire publiquement. Elle en avait marre et trouvait difficile de devoir mentir quand les journalistes lui demandaient si sa conjointe était sa coloc ou une parente… Ses grands succès professionnels lui ont donné le courage et la force d’être vraie. C’est lors d’une entrevue dans le Sports Illustrated qu’elle s’est livrée.

Évidemment, les lesbiennes ne sont pas les seules à aimer ce sport. Plusieurs gais, principalement des professionnels confessent le pratiquer.

"J’ai commencé à pratiquer le golf pour les affaires; je suis représentant pour une importante entreprise de génie-conseil, et plusieurs contrats se signent après ou avant une partie de golf", explique Carl, 46 ans. Mais avec les années, j’y ai vraiment pris goût, au point où je planifie certains de mes voyages en fonction des parcours de golf. L’an dernier, j’ai passé un mois en Angleterre, le paradis des golfeurs. Pour moi, le golf est une détente, une manière de vivre à un rythme plus humain."

Angèle, 52 ans, aime ce sport pour la concentration qu’il exige. "On n’a pas le choix d’être concentrée, détendue. Alors, on ne pense pas au travail, aux problèmes. C’est extrêmement bénéfique de prendre le temps et de le voir passer, ce temps si précieux, dans un environnement si luxuriant", dit-elle. "Je côtoyais de belles femmes, j’aime ça. Mais c’est un sport qui coûte cher et je dois me restreindre."

S’il est vrai que certains endroits ne sont réservés qu’aux gens riches et célèbres, ce sport se démocratise de plus en plus, et un équipement de base se déniche à environ 300$. Daniel L’Écuyer, de Oberson Sports, remarque un plus grand achalandage de gais et de lesbiennes, "qui ne semblent pas nécessairement riches. De plus en plus, le golf devient un sport abordable."

Les parties coûtent environ 25$ les week-ends. Afin d’économiser, on peut jouer en semaine ou durant les heures moins achalandées. Il ne faut pas se gêner pour utiliser des bons-rabais. Des livres de bons-rabais sont vendus 22$ et vous feront économiser des centaines de dollars. Il faut envisager la possibilité de faire partie d’un groupe qui fonctionne sur le principe d’une co-op: pour 200$, on est membre d’une vingtaine de clubs de golf et on peut y aller selon un horaire pré-établi, un peu comme le principe des condos à temps partagé. C’est l’idéal pour les nomades qui aiment découvrir de nouveaux parcours.