Cinéma

Gouttes d’eau sur pierres brûlantes

Yves Lafontaine
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Après Sitcom et Les Amants criminels, François Ozon revient avec Gouttes d'eau sur pierres brûlantes, huis-clos dérangeant qui a reçu, en marge du récent festival de Berlin, le Teddy Bear du meilleur film gai ou lesbien de l'année. Ozon y réexplore le couple en cinéaste contemplatif et pervers.

Dans les années 70, en Allemagne, le jeune Franz et Léopold, âgé de 50 ans, se rencontrent, se plaisent, baisent ensemble et décident de se mettre en couple dans l'appartement de Léopold. Si les relations sexuelles sont pleinement satisfaisantes, au quotidien, leur relation se déteriore rapidement. Léopold, un homme plein de cruauté, abuse de l'amour que lui porte Franz et le soumet en permanence à toutes sortes d'humiliations. Lorsque l'ancienne petite amie de Franz leur rend visite, elle essaie en vain de tirer Franz de ce mauvais pas, mais elle tombe également sous le charme de Léopold. L'entrée en scène de Vera, l'ancienne fiancée de Léopold, finira par révéler la cruauté du personnage. À la différence de Sitcom et des Amants criminels, Ozon s'est appuyé sur un texte déjà écrit pour le scénario de Gouttes d'eau sur pierres brûlantes. Il a adapté une pièce de Rainer Werner Fassbinder, que le cinéaste allemand a écrite à l'âge de 19 ans sans jamais la mettre en scène.
Une pièce d'une noirceur absolue et d'un pessimisme sur l'incapacité de l'être humain à retenir ses pulsions. Paradoxalement, on rit beaucoup en voyant Gouttes d'eau sur pierres brûlantes. Ozon désamorce toutes les scènes de tension en mettant en scène des fuites en avant très drôles : chaque scène de baise est d'ailleurs précédée d'une entrée en matière pour le moins déroutante.
En respectant les dialogues qui font mouche et en restreignant sa liberté d'action au huis-clos, le jeune cinéaste, auquel on a fréquemment reproché de se perdre dans un univers qui verse dans la psychanalyse, réussit enfin à garder la maîtrise sur l'exubérance de son univers cinématographique. Comme dans un rêve, la mise en scène fonctionne avec des ellipses et des raccourcis. Mais, s'il faut retenir une chose du film, c'est la magistrale interprétation de Bernard Giraudeau en véritable salaud. Un de ses grands rôles.