André Patry, Monsieur Cuir Montréal 2002

Un ambassadeur de choix

Denis-Daniel Boullé
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L'élection d'André Patry comme Monsieur Cuir Montréal 2002 a dû en surprendre plus d'un. On connaissait plus cet enseignant de 43 ans pour son engagement gai à l'intérieur du mouvement syndical que courant les rencontres des hommes en noir. Pour ceux qui y verraient une contradiction, André Patry n'y trouve qu'une simple complémentarité. Et, tout comme il se bat à faire tomber les mythes sur l'homosexualité en milieu syndical et scolaire, il pense aussi faire tomber un certain nombre de préjugés sur le monde, parfois moins connu, des adeptes du cuir. Militant serein, cet enseignant du secondaire pour enfants handicapés intellectuels ne s'éparpille pas, bien au contraire. Les différentes casquettes, même en cuir, lui vont bien. Mais si le costume change, si les tribunes se transforment en scène, André Patry n'oublie jamais qu'il est profondément engagé socialement. "Dans chacune de mes démarches, le rôle politique est important", conclura-t-il à la fin de l'entrevue. André Patry n'est pas un novice dans le monde du cuir. Si, depuis deux ans, les organisateurs du concours l'approchaient régulièrement pour se présenter, c'est qu'André Patry avait été proche des groupes cuirs dans les années quatre-vingt. "Je suis originaire de Québec, et il y a plus de quinze ans, avec deux amis, nous avons créé l'Escouade Québec, le premier groupe cuir à Québec", se souvient le lauréat. "Il existait à cette époque une dizaine de groupes différents, regroupés sous un interclub, une fraternité, dont j'ai été le secrétaire. C'est pour cela que je suis connu par beaucoup de membres." Avec humour, André Patry se demande si l'expérience qu'il a développée à rédiger des procès-verbaux de rencontres de délégués de groupes cuir n'a pas suscité une autre vocation : son entrée dans un syndicalisme actif.

Membre du Comité sur la condition des gais et des lesbiennes de l'Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, du Comité gais et lesbiennes de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), du Forum des gais et lesbiennes du Québec, la liste des différentes instances auxquelles il siège est impressionnante. Une constante chez André Patry, un réel désir mais aussi un réel plaisir, à faire changer le regard que l'on porte sur l'homosexualité. À quinze ans, il se faufilait au bar le Ballon Rouge de la rue Saint-Jean; quelques années à peine plus tard, il fréquentait les groupes cuir tout en terminant ses études. Entre sa vie professionnelle et sa vie privée, il n'a jamais installé des frontières imperméables. Et alors que d'autres cachaient leur orientation sexuelle, lui en parlait. Il est un des tous premiers professeurs à en avoir parlé à ses collègues, mais aussi aux parents et, bien entendu, aux étudiants. Cette volonté d'apparaître lui-même au grand jour a sûrement joué pour beaucoup dans son action syndicale. Certes, il y défendait les intérêts de tous les salariés de l'éducation, mais il a été un des quelques pionniers à parler de la situation des gais et des lesbiennes en milieu de travail. Il fallait en premier lieu combattre les préjugés ayant cours dans les syndicats et sans avoir forcément l'appui des autres syndiqué(e)s qui, encore dans le placard, préféraient adopter un profil bas.

C'est dans le même état d'esprit qu'il aborde son nouveau rôle de Monsieur Cuir Montréal. "Il y a aussi des mythes et des préjugés à faire tomber sur le monde du cuir. Et je pense peut-être en donner une image qui corresponde plus à la réalité. Mais, aussi, le fait d'avoir à représenter Montréal dans différents événements me permettra de parler de Montréal, du Québec et de tout ce qui s'y passe pour les gais et les lesbiennes", affirme-t-il. D'ailleurs, pour lui, il y a des points communs entre s'adresser à une salle pour parler de revendications, ou se retrouver sur une scène pour parader tout de cuir vêtu. "Je me prépare mentalement de la même façon, il faut avoir des habiletés pour que les gens t'écoutent, comme il faut en avoir pour retenir leur attention sur une scène."

Le prochain grand rendez-vous est le concours international de Chicago, qui se déroulera au moment où vous lirez ces lignes. André Patry se confrontera à une soixantaine de candidats et serait déjà très content d'être dans les vingt finalistes. La formule est toujours la même, un show en cuir, puis une entrevue, seul le temps consacré à chacun des tableaux diffère d'un concours à l'autre. À Montréal, il avait 7 minutes pour sa présentation dansée, il n'en aura qu'une seule à Chicago. Une minute seulement pour convaincre un public d'aficionados : gros défi.

Le titre de Monsieur Cuir Montréal vient toujours avec un carnet de bal bien rempli. André Patry sait déjà qu'il sera des défilés de la fierté d'Ottawa et de Québec, sans oublier celui de Montréal. Le porte-parole du Forum des gais et lesbiennes du Québec aura un choix à faire, entre ses obligations liées à son élection et celles liées aux syndicats. Mais il se devra d'être de tout événement cuir, assister à une traditionnelle soirée cuir dans un camping gai, répondre aux invitations des groupes, participer au concours Monsieur Uniforme, être présent lors des grands événements organisés par le BBCM. Lui qui aime la foule, qu'elle soit revendicatrice ou festive, ou les deux à la fois, va être largement servi cette année. "C'est une question d'organisation entre ma vie professionnelle et ma vie militante, mais c'est tout à fait faisable", confesse-t-il.
André Patry ne cherche pas à tout prix les défis, mais les relève dès qu'ils se présentent sur son chemin, surtout quand ils peuvent se conjuguer avec son engagement auprès des gais.