Beauté et santé : pour une approche globale

Yves Lafontaine
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Allons, allons, que vous soyez gais hors-Village, "ours", jeunes divas débutantes dans le milieu, accrocs des raves et des afters hours, gars de motos ou de cuir, fashion-victims ou drag queens, à peine majeurs ou proches de la retraite, il y a toujours un moment où, seuls dans votre salle de bain, loin du regard des autres, vous faites un examen de conscience corporel en tête-à-tête et corps à corps avec votre miroir. Pour certains, ce dialogue réfléchi est une occasion de se prodiguer mille et une attentions. Cette habitude prend alors des allures de cérémonial où sont convoqués pommades, onguents et crèmes pour relaxer et recouvrer une apparence plus saine, plus à l'image de ce qu'ils sont. C'est devant le reflet de soi-même, et dans cette intimité retrouvée, que de grandes décisions peuvent être prises. Évidemment, les cosmétiques et les médications ne peuvent tout résoudre. Et l'on pense à se passer des lentilles de contact, à se faire injecter du Botox pour effacer les striures du front, ou encore à éteindre la dernière cigarette pour retrouver un teint de pêche, des dents de neige et diminuer les risques de développer un cancer.

Pour d'autres, l'œil devient un juge impitoyable. La contemplation de soi ressemble à une entreprise de démolition en règle. Rien n'y échappe et tout est jugé sous l'angle négatif. Le moindre cheveu blanc devient une attaque prématurée de la vieillesse; le bourrelet, une agression au bon goût; et la ridule, une crevasse annonciatrice d'un désastre prévisible. Les crèmes, les colorants, les exercices et la diète servent d’armes contre les effets du temps, dans une guerre de tranchées dont on ne sort jamais vainqueur.

Chacun a un rapport différent avec son corps. Chacun trouve souvent une solution appropriée à un problème donné : la fesse trop molle, et hop! on ne travaille que les fessiers pendant deux mois; le teint cireux et couperosé, et aussitôt on arrête l'alcool pendant les fins de semaine; les lèvres trop minces, merci les injections de collagène...

Dans cette recherche de la beauté à tout prix, liée aussi à la pression sociale et à la tendance actuelle — jeune, mince et beau —, on oublie l'essentiel, et pire, on peut infliger à notre corps des blessures dont il aura bien du mal à se remettre: le mieux étant parfois l'ennemi du bien. Et si, seul avec soi-même, dans la salle de bain, on commençait simplement à l'aimer ce corps, à l'accueillir comme il est et surtout à le respecter, on comprendrait vite qu'il a besoin d'une approche globale et non pas l’approche fragmentée que commandent les angoisses du moment. Car la liposuccion est nulle si, d'un autre côté, on bouffe n'importe comment. Arrêter de fumer, c'est bien, surtout lorsque l'on ne compense pas par l'ecstasy toutes les fins de semaine, dans des partys au long cours. Les séances d'entraînement au gym sont inutiles si, pour aller chercher votre bière au dépanneur du coin, vous prenez l'auto.

Bref, il faut essayer de repenser votre corps en fonction de ses propres besoins et des vôtres. Il n'est pas un ennemi qu'il faut contrôler en permanence de peur de le voir vous trahir au moindre relâchement. Vous lui devez des égards qu'il saura vous rendre au centuple. Avant de lancer une armée de scalpels et de lipo-suceurs contre lui, avant de le laisser envahir par le collagène, le botox, les implants, les stéroïdes et les anabolisants, essayez de l'apprivoiser, de le comprendre, enfin de le surprendre agréablement. Lui seul saura mieux vous dire ce qui est bon pour lui. Et c'est en collaboration avec lui que vous veillerez à lui apporter le meilleur.