Une campagne d'information destinée aux jeunes hétérosexuels des écoles secondaires

Pour contrer la peur de virer fif

Yves Lafontaine
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En vue de désamorcer la peur qu'éprouvent bon nombre de garçons envers l'homosexualité et de favoriser l'acceptation des jeunes gais, la Fondation Émergence, avec l’aide financière du ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration, a lancé, le 15 avril dernier, une campagne intitulée "Ça s’attrape pas!" Si la reconnaissance sociale de l’homosexualité a fait des progrès énormes au cours des dernières années, elle n’a toutefois pas atteint tout le monde. Victimes de peurs multiples, les garçons semblent échapper à cette évolution lorsqu'ils arrivent à l’adolescence, entre 12 et 17 ans. Dans le cadre d'une recherche effectuée pour le compte de la Fondation Émergence de Gai Écoute, des groupes de discussion dirigés par Léger Marketing ont permis d’identifier que les garçons de cet âge avaient "peur de virer fif" et peur que, s’ils fréquentent un gai, "il va peut-être les toucher"!

Un sondage réalisé également par Léger Marketing révèle par ailleurs que 77,9 % des Québécois et Québécoises estiment que le fait, pour un garçon, d’avoir un ami homosexuel n’influencerait pas son orientation sexuelle. Ils ne sont toutefois que 48,8 % des adultes à penser qu'un garçon accepterait facilement, quant à lui, d’avoir un ami homosexuel de son âge. La perception des adultes aussi bien que celle des jeunes dénotent donc le malaise que ressentent les jeunes hétérosexuels à côtoyer de jeunes homosexuels.

Comme le déclarait, lors de la conférence de presse, Laurent McCutcheon, président de la Fondation Émergence, "il peut sembler étonnant de lancer une campagne d’information qui cible les jeunes hétérosexuels. Il faut comprendre que le problème n’est pas l’homosexualité en soi. Ce qui fait problème, ce sont les manifestations d’hostilité et le rejet dont les jeunes sont victimes."

Des affiches et des dépliants ont été acheminés dans toutes les écoles de niveau secondaire afin de favoriser le dialogue entre jeunes hétérosexuels et homosexuels! "Pour cela, nous devons faire comprendre aux garçons hétérosexuels que l’on ne devient pas homosexuel en la présence d’un gai, que l’homosexualité ne s’attrape pas et qu’il n’y a donc pas de raisons d’avoir peur", a précisé M. McCutcheon.

Le ministre délégué aux Relations avec les citoyens et de l’Immigration, André Boulerice, s’est dit particulièrement touché par la campagne, ajoutant que "les jeunes gais sont des citoyens à part entière qui ont droit au respect et à la considération. Les 60 000 $ investis dans cette campagne par le MRCI contribueront sans aucun doute à l’inclusion des jeunes gais dans la société québécoise".

Le porte-parole de la Fondation Émergence et de Gai Écoute, Daniel Pinard, s’est dit quant à lui heureux de voir les progrès accomplis par la société. "Si une telle initiative était impossible lorsque je fréquentais l’école, je me réjouis à l’idée de voir l’école s’ouvrir aux nouvelles réalités. J’invite très fortement les directions d’école à collaborer à la campagne et à prendre les mesures nécessaires pour que le matériel soit mis à la disposition des jeunes. Je leur rappelle qu’ils ont l’obligation d’assurer la protection des jeunes gais comme ils le font déja pour tout autre groupe."

La Fondation Émergence a également profité de cette conférence de presse pour dévoiler un signet destiné aux personnes en difficulté : "Reste pas avec ça! Parler, ça fait du bien". Au verso de ce signet apparaissent les coordonnées du service d’écoute téléphonique et de renseignements Gai Écoute ainsi que celles de trois autres services téléphoniques couvrant l'ensemble du territoire québécois : Tel-jeunes, Drogue - aide et référence et l'Association québécoise de suicidologie.