Bon an, mal an

Francis Lagacé
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Seul un abstème (joli mot à glisser dans nos conversations pour épater la galerie) ne saurait distinguer une année meilleure d'une autre. L'abstème est celui qui ne consomme aucun vin, aucun alcool. Ce vilain défaut était, semble-t-il, partagé par Jean-Jacques Rousseau. Pardonnons, mes frères, et trinquons à l'âme du philosophe! Comment savoir quelle année est la meilleure?
Les millésimes (chiffres des années) les meilleurs sont ceux où les conditions climatiques ont été idéales pour la production d'un vin particulier selon son terroir. On pense surtout à l'ensoleillement, mais dans le cas des sauternes, ces vins liquoreux dus à la pourriture noble (le Botrytis cinérea, une sorte de moisissure), il faut une certaine humidité à un moment précis de la maturation.
Les bonnes années ne sont pas les mêmes pour tous, puisque les climats varient selon les régions. Il faut aussi savoir qu'un vin a parfois besoin de vieillir avant de connaître son apogée (c'est le cas surtout des vins très tanniques comme les grands bordeaux, très durs en jeunesse). Par ailleurs, grâce aux techniques de vinification moderne, à la surveillance étroite de la maturation et à la cueillette au moment voulu, il y a rarement de très mauvaises années.
Dans les dernières décennies, nous avons connu successivement de très grandes années: 1988, 1989 et 1990, puis une année que nous pouvons considérer comme l'une des pires du vingtième siècle, 1992. Cette année-là, les éruptions du volcan philippin Pinatubo ont recouvert l'hémisphère Nord d'une couche de poussière qui a précipité les pluies pour transformer l'été en frigidaire. On trouve dans les guides et dictionnaires des tableaux des meilleurs millésimes, mais on doit se rappeler qu'un grand vin est toujours bon, même dans les petites années, alors qu'un petit vin peut être excellent dans les grandes années, mais ne durera pas longtemps, car il n'est pas fait pour vieillir. Les meilleures années du siècle? Pour les bordeaux rouges, 1982, 1961 et 1947. Pour les bourgognes rouges, 1990. Pour les vins d'Alsace, 1983.

La déception
Vous avez donc dans votre cave un Château Corbin Michotte Saint-Émilion, grand cru classé de 1990, et vous l'ouvrez pour faire plaisir à vos amis. Que faire si vous constatez qu'il est bouchonné? Eh bien, jetez-vous à terre et pleurez un bon coup. Puis, relevez-vous et trouvez consolation dans l'ouverture d'une autre bouteille. Ainsi va la vie!

Pour votre prochain marché
Voici quelques suggestions pour vos prochains achats. Le Bouzeron 1999 de la maison Faiveley est un vin blanc de couleur or très pâle. Il a un nez de beurre discret et d'agrumes charmants. En bouche, on dirait de l'agrume et de la peau d'amandes mariés à la pomme verte. Sa belle acidité lui donne du corps. Excellent en apéritif, avec les fruits de mer ou même les poissons en sauce. Il vous en coûtera 16,85 $ (no 882613). B
De la maison Mastroberardino, le Fiano di Avellino 2000 vient de la Campanie, dans la séduisante Italie. Aussi d'un bel or pâle, il révèle au nez comme une odeur de gélatine, de raisins confits et une touche d'éther. Très sec en bouche, il rappelle les fruits séchés sans sucre et saisit par sa finale noisettée. Idéal avec le thon. 21,10 $ (no 972851). B

Autre blanc, le Menetou-Salon au nom de Jacques Cœur 1999 est jaune clair. Il sent les agrumes, l'orange légère et apporte un soupçon qui rappelle le madère. Très rond en bouche, il se tient grâce à son acidité solide et évoque le fruit bien juteux. 20,35 $ (no 974477). B+
Un rouge à faire vieillir quatre ou cinq ans, le Château Cormeil-Figeac Saint-Émilion grand cru de 1997. De couleur rubis foncé, il a un nez qui évoque la laine mouillée, le poivron et la viande crue. En bouche, il est très tannique (il épaissit la langue) et vanillé. On y retrouve des touches de poivron vert et sa texture rugueuse le rend un peu rébarbatif. Je lui donne B- pour l'instant, mais rangez-le à l'abri et, en 2006, il fera B+, sinon A-. 31,25 $ (no 480046).

Bière à déguster
De la maison McAuslan, la Scotch Ale est offerte en succursale. Ambre foncé et donnant une mousse couleur de sucre d'érable, elle fleure le beurre, le bois et l'alcool avec une touche fraîche qui vivifie comme après le passage du produit ménager dans la salle de bain. La bouche est ronde et offre le plaisir d'un fruit mûr et confit, sa texture est onctueuse. Son amertume est bonne et désaltérante. 2,35 $ (no 688374). B

Au prochain numéro, ce sera déjà le printemps; la sève remontera dans les branches. Préparez-vous!

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