On n'a pas eu d’hiver...

Parler pour rien dire

Mado Lamotte
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C’est officiel, c’est confirmé mes tout-p’tits, cette année on n’a pas eu d’hiver. Eh que chu donc déçue! Moi qui adoooore descendre les pentes de ski des Laurentides à -50 et faire des huit en patins au son de la version instrumentale de Titanic sur l’étang raboteux du parc Lafontaine, je sais pas comment j’ai fait pour survivre au temps doux et à l’absence quasi totale de neige. Pis moi qui m’étais acheté une belle paire de raquettes neuves! C’est donc d’valeur! Pas de tour de reins à force de pelleter et pas de calcium sur mes bottes, ça c’est plate! Avoir su qu’il n’y aurait pas d’hiver, je serais allée passer les mois de janvier et février à la baie James ou au Groenland! Bon, ça va faire le niaisage, parce qu’y’en a encore qui vont prendre tout c’que je dis pour du cash. Voyons mes minous, vous me connaissez mieux que ça, j’espère. J’passe mon temps à chialer quand le mercure descend sous zéro, pis j’ai passé la moitié de ma vie à voyager dans des pays où la seule neige qu’on retrouve se vend au gramme et au kilo. Ça fait que si y’en a une qui est ben contente qu’y‘ait pas fait frette c’t’hiver, c’est moé, viarge! Par contre, on peut pas dire que ç’a pas brassé dans cabane ces derniers temps. Tabaslack, y pouvait-tu avoir plus d’action dans nos clubs du Village depuis une couple de mois? Le défunt et de plus en plus regretté Unity, qui n’a jamais réussi à marcher en club straight; la nouvelle discothèque et le cabaret du Sky, qui ne semblent pas, au goût de certains, à la hauteur des attentes; Lucie, la mère des clubs de brouteuses, qui s’est associée récemment au beau Louis-Alain pour transformer son Sisters en Splash, le premier bar gai pour les 18-25 ans (au moins icitte c’est clair, les gars y’ont pas de poil pis pas de totons); la Track, toujours aussi populaire avec ses soirées Woolco, qui ne sait plus sur quel pied danser pour attirer la clientèle (Mississippi, Backtrack, Complexe Bourbon, le Zone, y’a-tu quelqu’un qui peut me dire comment ça s’appelle, c’te place-là?); le Magnolia qui est vite devenu un incontournable pour toute lesbienne qui se respecte; l’Aigle Noir, qui se refait une beauté tout en cuir, (grrrr! emmenez-en des beaux poilus qui sentent le d’ssous de bras, chu capable d’en prendre); le Parking de l’ami Greg qui retape son espace mâle au sous-sol (hum, le retour des vieux barils du KOX, était-ce vraiment nécessaire?), qui se prépare à rénover l’étage discothèque (enfin!) et qui ne cesse d’attirer les mecs les plus hots en ville; et pour finir, le cabaret l’Entrepeau qui r’vire en café In qui redevient le Cabaret l’Entrepeau pis qui va bientôt devenir le cabaret à... (oups! j’allais vous donner un scoop moé là). J’pense qu’y’a juste le Stud qu’y’a pas bougé un meuble mais qui fait toujours mon bonheur et celui de ma sœur Nicole quand il s’agit de se la couler douce (c’est-à-dire de câler une douzaine de shooters) en compagnie des employés et du gérant (Mario, on t’aiiiime!) les plus sympathiques au monde. Et comme si c’était pas assez, j’ai entendu dire entre les branches que des promoteurs européens seraient à la recherche de pas un, mais de deux endroits pour s’installer dans le Village. Ouains ben, cet été les touristes risquent pas de se plaindre qu’il n’y a pas de choix pour sortir à Montréal. Mais je le sais, il y a pas juste les clubs dans la vie, et sachant très bien que vous êtes des dizaines de milliers à me lire sans fréquenter le Village, je ne vous embêterai pas davantage avec mes histoires de bars. De quoi j’pourrais ben vous parler d’abord? Ma chum Bridgit voudrait ben que je vous transmette toute son admiration pour les jeux de Salt Lake City qu’elle a trouvés extraordinaires, mais comme je les ai pas vraiment regardés, je me trouve très mal placée pour parler de quelque chose que j’ai à peine vu et qui, de toute façon, ne m’intéresse pas du tout. Moi, les sports d’hiver, ça me laisse de glace. Chu plus du genre sports d’été en camisole moulante sur un tapis de gymnastique ou en p’tit costume de bain Speedo sur un tremplin. (Mon Dieu, faites que le trop cute Alexandre Despatie soit gai!) Je sais juste qu’il doit y avoir ben d’la patineuse de fantaisie en herbe qui devaient être heureuses qu’on rende à César ce qui appartient à César, c’est-à-dire la médaille d’or au couple Salé-Pelletier, mais même ça, j’peux pas dire que ça m’a fait un pli sur les ovaires. Je les ai vus patiner, ils étaient ben bons mais ils ont pas réinventé le monde du patinage artistique. On a eu droit à un beau programme clean, sans tambours ni trompettes, au son d’une musique vraiment pas originale. (Love Story, au secours, sortez les mouchoirs Kleenex avec lotion!! ) Et si je vous causais télé à la place? J’aimerais bien vous dire que je suis accro de la nouvelle série de Star Trek, Entreprise, mais j’la j’pogne même pas sur mon câble à 30 piastres par mois parce qu’asteur pour pouvoir regarder une émission qui a de l’allure, ça prend, soit une antenne satellite, soit un décodeur, ou ben un package de 150 postes dont t’as pas besoin pantoute mais que t’as pas le choix de prendre parce que le canal qui t’intéresse est seulement disponible avec un tas de cochonneries de postes plates que personne regarde. La télé à la carte, une belle façon de crosser le monde, si vous voulez mon avis! Hon, je l’sais, j’pourrais peut-être parler de Music Hall, la nouvelle série de Lesbienne Farouche? Non, j’ai peur de dire des choses qui dépassent ma pensée. Plus plate, cibole! On dirait qu’elle réécrit le même scénario depuis 10 ans. Et il me semble que ses intrigues se résument pas mal trop souvent à «Tu me dois 5000 piastres pis si tu me les donnes pas tout d’suite, j’vas te casser la yeule!». Si on en juge par les cotes d’écoute au-dessus du million de téléspectateurs à chaque fois qu’elle lance une nouvelle télésérie, j’dois ben être la seule qui aime pas ça. Et Il faudra vraiment qu’on m’explique un jour c’est quoi l’engouement des gens de la télé pour Claude Blanchard? Si ça c’est un acteur, moé chu chanteuse soliste à l’Opéra de Montréal! J’vous l’dis mes tout-p’tits, des fois j’me sens comme Lara, je suis une incomprise qui souffre dans l’ombre de vedettes plus populaires que moi! J’voudrais ben bitcher sur les Oscars mais comme chu obligée de remettre mon article trois semaines avant la parution du magazine, au moment où j’écris ces lignes, les trophées ont pas encore été remis. Tout ce que je souhaite, c’est qu’Amélie Poulain gagne l’Oscar du meilleur film étranger et Moulin Rouge, celui du meilleur film de l’année. Pour le reste, j’m’en fous pas mal parce que, comme d’habitude, chu sûre que ça va être des acteurs qu’on connaît à peine pis des films qui ont pas marché chez nous qui vont gagner. Moé, si Nicole Kidman arrive en belle robe transparente décolletée jusqu’au nombril avec les cheveux gonflés à la Farrah Fawcett, j’vas être ben contente, parce que j’ai beau trouvé que c’est pas la meilleure actrice au monde, avec elle, Jennifer Lopez et Kylie Minogue dans un lit, ça m’en prendrait pas gros pour r’virer lesbienne! Ouais ben, ça a l’air de rien, mais à force de rien dire, j’me suis toujours ben rendue à la fin de mon article sans m’en rendre compte. Après ça, mes amis se demandent encore pourquoi j’me roule toujours un p’tit pétard avant d’écrire. Y’en a que ça endort; moi, ça me fait jaser.

Joyeux printemps, mes p’tits poussins.

P.S. Manquez pas mon Bingo en Blanc, le 28 mars, à 20 h, au Spectrum de Montréal (790-1245 ou www.vippasses.com) avec Nana, Nicole et toute ma gang de chums drag-queens. Ç’a l’air que les billets s’envolent aussi vite que le nouveau CD de Céline. Mais moi, j’vous promets que vous aurez pas l’impression que je chante la même toune depuis 10 ans!

P.P.S Et si vous passez par Paris au mois d’avril, vous viendrez m’entendre chanter et rire des Français, les 9 et 10 avril, au bar le Tango, rue des Vertus.