La bitch

Living la vida loca

Mado Lamotte
Commentaires
Viarge que j’haïs ça, le mois de février! On dit que c’est le temps de l’année où les gens dépriment et où il y a le plus de suicides. J’pense que je commence à comprendre pourquoi. Mais ne partez pas en peur, mes chéris, et n’allez surtout pas répandre la nouvelle que j’en ai assez de vivre. Au contraire, moi c’est le temps de l’année où je prépare mes nouveaux projets pour le printemps, et y a rien qui m’excite plus que de savoir qu’il y a du nouveau qui s’en vient dans ma vie. Ça fait que ceux qui pensaient se soulager de leur trop plein de frustrations sur moi en me traitant de nulle et d’incompétente quand ils me croisent dans un bar du Village, je vous conseille de vous trouver un autre punching bag parce que ma bonne humeur du moment risque de vous mettre encore plus down, si ce n’est de vous achever complètement. Question d’oublier pour un temps que le doux hiver qu’on connaît cette année risque fort d’être suivi d’un été pourri, le mois dernier je suis allée me payer une toute petite semaine de repos au Mexique. Ben oui, je sais, j’avais déjà dit que je ne retournerais plus à Puerto Vallarta parce qu’il commençait à y avoir pas mal trop de grosses moumounes américaines à mon goût, mais disons qu’il n’y a que les folles qui ne changent pas d’idées. Comme c’est la troisième fois que j’y vais, nul besoin de vous répéter les mêmes histoires de touristes quétaines qui sont déjà en bikini à Mirabel, qui applaudissent quand l’avion atterrit et qui passent la semaine à boire des marguaritas gratis autour de la piscine de leur hôtel formule tout compris. Par contre, je peux vous dire ceci : si vous n’y avez pas encore mis les pieds , dépêchez-vous avant que ça devienne hors de prix parce que moi, un voyage au Mexique au prix d’un séjour sur la Côte d’Azur, c’est pas ma définition de vacances pas chères dans l’Sud. Crisse c’est pas supposé être un pays sous-développé icitte? Quand c’est rendu que la Corona pis les shooters de Téquila coûtent plus cher qu’à Montréal, y a comme quelque chose qui cloche. J’veux ben croire qu’il en faut pour tous les goûts, mais quand il reste plus juste le Mc Do pis les hot dogs sur le coin de la rue à prix raisonnable, j’me demande à quoi ça sert d’aller si loin pour s’empoisonner avec la même junk qu’on peut retrouver chez nous. C’est pas mêlant, même les colliers de boules de bois qui sont très populaires auprès des jeunes coûtent plus cher que chez nous si vous négociez pas le prix. Pis ça, c’est rien parce que j’vous parle même pas des restaurants ben ordinaires à 40 piastres le couvert, pis des tours de parachute sur l’eau à 35 dollars US. Et si vous prévoyez ramener des souvenirs à la famille et aux amis, il vous faudra beaucoup de patience pour dealer vos cochonneries mexicaines avec les vendeurs de plage qui sont ben aliénants, soit dit en passant («Non, j’en veux pas de vos crisses de lunettes fumées, tu vois pas que j’en ai déjà une paire dans face pis une autre sur la tête, viarge!»), et qui vendent vraiment n’importe quoi : bijoux, chapeaux de paille, paréos, couvertes tressées à la main, dauphins sculptés en bois d’ébène, rideaux de dentelle, assiettes décoratives, fleurs en papier, poupées de chiffon qui ressemblent à Bobinette, faux tatouages, nommez-le, ils l’ont! Hey, vous pouvez même avoir votre nom sur un grain de riz, cibole! J’espère juste que vous vous appelez pas François-Hugues Brisson-Soulières parce que ça va être une boite de Minute Rice au grand complet qu’ils vont avoir besoin pour écrire votre nom. À moins que vous soyez du genre à aimer payer le double dans une boutique de la ville pour une robe soleil qui vous coûterait probablement deux fois moins cher sur la rue Saint-Denis à Montréal, je vous conseille tout de même de faire vos achats sur la plage, surtout si vous êtes une belle pitoune comme ma chum Geneviève, parce qu’avec des boules, c’est encore plus facile de dealer. (Un p’tit truc : attendez après 5 heures quand il reste presque plus personne sur la plage. Ils veulent tellement vendre que vous pouvez avoir ce que vous voulez pour presque rien.) J’espère juste que vous êtes pas des acheteurs compulsifs comme moi parce que vous risquez de vous ramasser avec ben des cossins inutiles qui vont finir dans le fond d’un placard. (Un hamac! Cossé j’vas faire avec ça? J’habite au 3e étage, cibole!) Si vous avez un petit budget, oubliez le magasinage et tenez-vous en à votre formule tout compris. Par contre, évitez l’hôtel Meza del Mar, rebaptisé Mets-en d’la Marde par mon beau Charles-Antoine, à moins que vous aimiez vous faire réveiller par des perroquets à 6 heures le matin et que l’idée de passer vos vacances dans une prison où vous ne pouvez même pas recevoir un ami pour jouer aux cartes vous intéresse. Je vous conseille plutôt de choisir un endroit plus accueillant. Pour ma part, je vous suggère d’aller loger au Torre Malibu (demandez le condo 901 au dernier étage, la vue est débile, vous avez le coucher de soleil sur la terrasse, on s’endort au son des vagues et le lit est assez grand pour s’envoyer en l’air avec une troupe de danseurs mexicains au grand complet!) chez mes amis Suzanne le poodle et Denis la Boana, deux Québécois fort sympathiques qui pourront vous conseiller mieux que n’importe quelle blonde représentante (t’es dûe pour une teinture, ma noire!) de Vacances Air Transat sur ce qu’il y a de beau, bon, pas cher, à voir, à faire et à baiser à Puerto Vallarta. Si vous êtes chanceux, vous passerez la semaine en compagnie d’un beau Mexicain qui se fera un plaisir de vous initier au massage de pieds sur la plage au coucher de soleil, pendant que vous siroter une Corona d’une main et que vous dégustez son Burrito de l’autre! Mais attention, faites pas la même gaffe que moi de vous ramasser avec le pétard de la plage, parce que c’est pas long que, dès que vous aurez le dos tourné, il sera déjà en train de se faire gruger le chorizo par quelqu’un d’autre. Pis c’est pas nécessairement le plus beau et le plus jeune qui vous remplacera. L’amour, chez les jeunes Mexicains, ça se négocie comme une bague en argent ou un tapis de Bienvenue. Le spécial du jour ira au plus offrant. Et comme je ne suis pas présidente d’Hydro-Québec, ben j’ai dû me contenter de mon beau Carlos une seule soirée avant de le perdre aux bras d’une grosse torche américaine, d’un vieil Allemand pas de dents, d’un couple de gym queens du New Jersey, d’une p’tite grande huileuse comme un phoque qui faisait le bacon sur la piste de danse du Paco Paco, d’une matante ensevelie sous des tonnes de bijoux en or plaqué et, pour m’achever complètement, du seul Québécois que je trouvais de mon goût sur la plage. Une chance que chu faite forte parce que j’vous dis qu’y en manquait pas gros pour que j’me gâroche tête première dans une vague de 10 mètres pour que mon corps de vieille picouille finisse au fond de la mer avec les jelly fish et les carcasses de goéland. J’vous dis, y a vraiment rien à faire avec moi. J’ai beau dire cent fois qu’on ne m’y reprendra plus, mais c’est toujours la même chose. J’vois un bel adonis se faire pogner les fesses par n’importe qui pis j’me dis, lui, y me touchera jamais, mais quand il s’avance vers moi avec son sourire aux dents trop blanches et son regard intense qui réveillerait un mort, j’ai les jambes comme du mashmallow pis les babines qui coulent comme un orage de printemps. Pis pensez-vous que j’vas retourner au Mexique me perdre dans les bras de la première guidoune de plage? Ben voyons donc! C’est évident, c’t’affaire! À mon âge, on choisit pus mes chéris, on prend c’qui passe. Pis si vous aviez le choix entre une tranche de baloney sèchée ou une bonne poitrine de poulet bien juteuse, qu’est-ce que vous choisiriez? Merci, c’est c’que j’voulais entendre!