Homosexualité et Église catholique

Entre rejet et pitié

Yves Lafontaine
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Si le discours de l'Église catholique sur l'homosexualité a évolué depuis le Moyen ge, il condamne encore néanmoins les pratiques homosexuelles. Tout au plus, l'Église est "moins pire". Dans le catéchisme de 1992, le passage sur l'homosexualité s'intitule d'ailleurs "Chasteté et homosexualité". On annonce tout de suite ses couleurs: l'Église refuse catégoriquement toute relation sexuelle entre deux hommes ou deux femmes. Au Québec où il est question, d’ici l’été, d’autoriser l’union civile entre personnes de même sexe, les évêques, s'ils estiment qu'on peut respecter les valeurs d'engagement, de fidélité et de responsabilité qui se vivent dans certains couples homosexuels, n'approuvent qu'une éthique de l'amitié qui s'exerce dans une relation platonique. Mais l'Église ne peut se permettre de rejeter les homosexuels sans entrer en contradiction avec elle-même. "Un nombre non négligeable d'hommes et de femmes présentent des tendances homosexuelles. Ils ne choisissent pas leur condition homosexuelle; elle constitue pour la plupart d'entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect et compassion. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste", peut-on lire dans le catéchisme. L'Église effectue donc une subtile distinction entre l'homosexualité — c'est-à-dire les actes sexuels —, qui est condamnée, et les homosexuels, qui doivent être accueillis. La synthèse de tout cela, c'est que les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. "Par les vertus de maîtrise, quelquefois par le soutien d'une amitié désintéressée et par la prière, elles peuvent et doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne." L'homosexualité est ainsi mise au même niveau que des tentations contre lesquelles il faudrait lutter. Il faut dire que la sexualité, tant homo qu’hétéro, reste le continent noir de l'Église catholique. En dehors de la reproduction de l'espèce, l'abstinence est recommandée pour les couples hétéros. D'où la condamnation des relations hors mariage, de la contraception ou de l'utilisation du condom. En ne voyant dans l'homosexualité qu'une "épreuve" qu'il convient de "supporter", sans avoir de relations sexuelles, l'Église a un discours culpabilisant envers des gens qui ne devraient pourtant pas se sentir coupables, et rend plus difficile encore leur acceptation en leur refusant le droit d'aimer et de mener une vie normale. C'est pourquoi il paraît difficile pour un homosexuel de se sentir à l’aise au sein de cette Église. La seule possibilité qui reste à ceux qui ont la foi est de se tourner directement vers le Dieu en Qui ils croient. Et d'espèrer qu’Il écarte du revers de la main la pitié que nous renvoie le discours officiel de ses ministres pour mieux aider chacun à s’accepter comme il est et lui donner la possibilité d'exprimer son amour à qui il souhaite, quel que soit son sexe. Certains ministres du culte s'éloignent d’ailleurs du discours monolithique venant du Vatican pour pratiquer une charité bien plus proche de celle prônée par le Christ. Les professionnels de l'Église, comme les fidèles, se forment une théologie personnelle parfois bien éloignée du dogme de Rome : un prêtre espagnol revendique son homosexualité; des femmes allemandes réclament le droit à l'ordination; des curés tendent la main aux couples de gais et de lesbiennes sans pour autant s'immiscer dans leur chambre à coucher. Mais l'évolution est encore trop timide pour parler de révolution. Même si l'anathème n'est plus de mise sur les lèvres des religieuses et des prêtres, la ligne entre le discours et la pratique semble devenir floue, c'est ce qui ressort du documentaire de Joe Balass, Le diable dans l'eau bénite. La World Pride à Rome, en pleine année du Jubilé, aura, en ce sens, bousculé l'édifice séculaire, sans pour autant faire vaciller les évêques. On est ainsi encore bien loin du commandement du Christ: "Aimez-vous les uns les autres"... Les "saints évêques" l'auraient-ils oublié?