Trois voix l'écho

Linda Gosselin
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Ce recueil de poésie de Germaine Beaulieu constitue la suite et la fin d'un triptyque qui débuta par De l'absence à volonté (1996), suivi de Entre deux gorgées de mer (1998). Troix voix l'écho rend compte d'une relation amoureuse passée, qui tente tant bien que mal de se raviver à travers la sexualité. Ces retrouvailles, régies par le deuil que les deux protagonistes portent en elles, souffrent d'un mode d'échange limité. Règne surtout le silence, thème récurrent du triptyque, qui s'accentue dans ce dernier recueil.
Bien que le constat de cette «passion bandée d'un linceul» ne se fasse pas sans affect, il n'y a pas dans Trois voix l'écho les bouleversements et les tiraillements qu'engendrait la rupture dans les deux premiers recueils. Par exemple, le temps, autre thème récurrent du triptyque, représenté comme un ennemi à déjouer dans De l'absence à volonté et Entre deux gorgées de mer, ne provoque pas le même désarroi ou la même résistance dans Trois voix l'écho. Il semble que les personnages aient enfin assimilé son influence. Le temps n'engendre pas que de la souffrance, mais également une certaine distanciation.
De l'écriture abondante du premier recueil au minimalisme de Trois voix l'écho, Germaine Beaulieu a affectué tout un parcours. Bien que cet épisode de son œuvre tire à sa fin, nous n'assistons pas réellement à un aboutissement, mais plutôt à un nouveau départ. Car, dans la troisième partie du texte, soit «des ombres grandes dans la gueule», la narratrice replonge dans un état de désir et de passion. Que cet état s'assouvisse avec l'ex-amante ou non dans un avenir proche ou lointain, peu importe. Ce qui devient signifiant, c'est qu'il se renouvelle, qu’il renaît de ses cendres. Cet affranchissement de la rupture et du deuil semble être la leçon à tirer du triptyque. Dans la transformation du désir, la démarche de Germaine Beaulieu prend tout son sens.
Persiste aussi, dans Trois voix l'écho, ce talent de l'écrivaine d'élargir le sens des mots, de leur inculquer une autre logique. «Des mots tabous», seule partie du recueil écrite en prose, fait état de ce travail sur le langage. L'écrivaine procède à une véritable redéfinition de mots courants, où elle emploie magnifiquement son flair pour l'inusité, qui atteint ici son apogée. En plus des définitions qu'elle nous offre, déconcertantes dans le bon sens du terme, les mots qu'elle choisit de redéfinir nous déboussolent autant. Qui aurait cru que le mot «rouille» pouvait être tabou? Même le mot tabou se retrouve ainsi dévié de son sens habituel.
On peut dire sans réserves que Trois voix l'écho est le digne descendant de ses prédécesseurs. Il s'agit du résultat éloquent d'une réflexion profonde sur la nature changeante du désir, cette source de vie qui, comme Germaine Beaulieu nous le suggère, est intarissable.
Germaine Beaulieu, Trois voix l’écho, Trois-Rivières: Écrits des Forges, 2000, 89 pages.