La Brève histoire d'un prince

Benoit Migneault
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Nous sommes en 1972. Walter, contrairement à ses camarades, ne se passionne que pour deux choses : le ballet classique et Mitch. Et, évidemment, les deux sont intrinsèquement liés. En effet, Mitch et lui prennent des cours dans la même école de danse, en compagnie de Susan, avec laquelle ils forment un trio inséparable.
Vingt-trois ans plus tard, l'existence de Walter ne correspond en rien à ce qu'il s'était imaginé adolescent. Il s’aperçoit qu'il a passé la majorité de sa vie à travailler dans un magasin de miniatures pour maisons de poupées. Ses rêves d'être danseur étoile d'une compagnie de danse sont bien loin. À la suite à un événement bouleversant, il a en effet laissé tomber cette ambition qu'il nourrissait. Il n'a toujours personne dans sa vie et quant à Mitch...
C'est alors qu'il décide de revenir dans la région où il a vu le jour pour occuper un poste d'enseignant de littérature anglaise dans un collège et, par la même occasion, renouer avec un passé qu'il a pendant trop longtemps tenté d'écarter. Le récit est donc divisé entre l'époque contemporaine et 1972, l'année où tout s'est joué pour Walter. Il y découvre l'amour, l'amitié, la trahison et établit peu à peu son identité propre. C'est également l'année où Daniel, son frère aîné, se meurt d'un cancer généralisé. Un événement duquel Walter se sent étrangement détaché au départ, mais dont les conséquences le rattraperont rapidement. L'un des intérêts principaux de ce roman se situe sans aucun doute au niveau des personnages. Ceux-ci sont particulièrement bien campés — même ceux qui n'ont qu'un rôle très secondaire — et contribuent à tisser des liens privilégiés avec le lecteur. La lecture du synopsis pourrait par ailleurs laisser croire que l'on s'aventure dans un mélodrame dégoulinant de guimauve fondante, mais il n'en est rien. Le récit évolue à un rythme qui est soutenu mais nullement précipité : les réflexions de Walter occupant en effet une part déterminante du roman, le lecteur a ainsi le loisir de pénétrer au coeur des motivations profondes des personnages. De nombreux temps forts parsèment le roman, particulièrement dans les passages mettant en scène Daniel et Susan. Il s'agit en fait de l'un de ces romans duquel on ne peut se détacher dès que l'on en a commencé la lecture, tant le destin des personnages attise notre curiosité et notre sympathie. Cela est sans aucun doute explicable par à la technique du flash-back utilisée par l'auteure. Le lecteur sait ce qu'il advient des personnages, mais le pourquoi lui échappe, et ce n'est qu'en poursuivant la lecture du récit qu'il parviendra à étancher sa curiosité. Un roman fort intéressant qui saura sans nul doute vous toucher.
La brève histoire d'un prince / Jane Hamilton. Paris : l'Archipel, 2001. 389p.