L’ennemi que je connais

Benoit Migneault
Commentaires
Les cinéphiles reconnaîtront le scénario du film Full Blast à la lecture de ce roman, dont le réalisateur s’est inspiré. Il faut mettre l’accent sur le terme «inspiré», puisqu’entre le roman de Martin Pitre et le film de Rodrigue Jean, plusieurs nuances s’imposent : le personnage interprété à l’écran par Louise Portal n’apparaît que dans un paragraphe à l’intérieur du roman et la conclusion qui gravite autour du comportement autodestructeur de Steph face à son homosexualité latente fut complètement évacuée dans le film. Mais qu’importe! L’intrigue se déroule quelque part au Nouveau-Brunswick, dans un trou perdu, qui se distingue du fait qu’il ne s’y passe strictement rien. L’expression «au milieu de nulle part» décrit bien l’atmosphère de perdition qui y règne. On y suit Steph, Crevette, Piston, Chico et Charles qui, tous, se demandent quoi faire de leur vie et comment sortir de cette gangue de langueur extrême qui les y maintient prisonniers. Ils travaillent tous au moulin à bois local — la seule industrie de la ville — mais voilà qu’une grève sauvage se déclenche. La violence s’installe, Charles tentera de prouver son amour à Steph qui, de son côté, cherche à fuir les sentiments troubles qui l’habitent. Éventuellement, chacun fera face à son destin dans un bain de sang et d’extrême brutalité. L’écriture résolument moderne de ce roman, parsemé de moments de lyrisme, semblera déconcertante pour certains — dont je suis —, mais recèle tout de même un charme indéniable.
L’ennemi que je connais, Martin Pitre. Moncton: Éditions Perce-Neige, 1995 (réimprimé en 1999), 125 p.