L'engrenage

Benoit Migneault
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Trois juges, la soixantaine avancée, sont condamnés à la prison pour divers motifs de peu d'intérêt. Ils sont si pleutres, si effacés et, jusqu'à un certain point, si ridicules que personne ne s'en préoccupe. Or voilà! Du fin fond de leur cellule, ils ont monté une escroquerie de haut niveau. Ils font passer de petites annonces dans des revues gaies et prennent au piège des hommes âgés qui sont toujours dans le garde-robe. À l'aide d'une complicité extérieure, rien n'est plus facile que de percer à jour l'identité des correspondants et d'exercer du chantage contre ces derniers pour regarnir leur compte bancaire. Cela se poursuit jusqu'au jour où le futur président des États-Unis est au nombre de leurs victimes potentielles. L'intrigue s'avère on ne peut plus alléchante mais là où le bât blesse, c'est dans le traitement que lui accorde John Grisham (à qui l'on doit également La Firme, L'Affaire Pélican, L'Associé, etc.). Premièrement, on assiste ici à un complot de la CIA pour faire élire le président qui lui semble convenir au pays, et je dois avouer que j'ai de plus en plus de difficultés à accorder une quelconque crédibilité à toutes ces histoires de complots gouvernementaux. Deuxiè-mement, si la CIA agit de la sorte, c'est pour avoir une marionnette qui doublera ainsi le budget accordé à l'armée parce que les méchants Russes et Chinois complotent une éventuelle troisième guerre mondiale. Boring! Il n'y a que la paranoïa américaine pour se complaire dans de tels lieux communs. Troisièmement, il aurait été pour le moins intéressant d'assister à l'évolution de la personnalité du futur président au niveau de l'acceptation ou non de son orientation sexuelle, mais celle-ci ne bouge pas d'un iota. C'est à se demander s'il y a quelque chose sous la boîte crânienne présidentielle. On assiste même à une conclusion où ce dernier, à l'instigation de la CIA, retourne joyeusement dans le placard présidentiel avec une épouse qu'on lui impose. Finalement, le seul intérêt de l'intrigue se retrouve dans les jeux de coulisses des trois juges et de la CIA qui complotent chacun dans le dos de l'autre. Pour le reste, on demeure sous l'impression de lire un roman écrit dans les années 50 où la psychologie des personnages avoisine le zéro absolu, la température où les électrons eux-mêmes cessent de bouger.
L'engrenage / John Grisham. Paris : Robert Laffont, 2001. 365p. (Best-Sellers)