Les gais et lesbiennes et le recensement canadien de 2001

Il faut bien commencer quelque part...

Yves Lafontaine
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Le 15 mai prochain sera jour de recensement au Canada. À cette occasion, quelque 30 millions de personnes seront conviées à remplir et à retourner leur questionnaire par la poste. Vous savez probablement que, pour la première fois, on recueillera, grâce à ce recensement, des renseignements sur les partenaires de même sexe. À titre de gai ou de lesbienne, vous vous demandez peut-être pourquoi cela est important pour vous et quel usage sera fait de l’information obtenue. Tous les échelons des gouvernements utilisent les données du recensement afin de prendre des décisions en matière de programmes socioéconomiques. D’ailleurs, les données du recensement sont liées à plus de 80 lois fédérales et provinciales ayant trait notamment aux paiements de transfert, à la Sécurité de la vieillesse et aux langues officielles. Depuis 1990, les groupes de lutte pour la reconnaissance des droits des gais et des lesbiennes avaient plusieurs fois demandé que soient reconnus symboliquement leurs couples dans le recensement. On a finalement décidé de recueillir ces renseignements pour répondre aux nouvelles demandes de données provenant des secteurs public et privé, ainsi que pour répondre aux besoins suscités par des lois fédérales et provinciales qui accordent déjà des droits et des avantages aux partenaires de même sexe. Les données du recensement seront donc utilisées notamment par les ministères du Développement des ressources humaines, de la Santé, de la Citoyenneté et de l’Immigration, des Finances et de la Justice, afin d’administrer leurs programmes.
Pour que les résultats de ce recensement soit valables, il faut évidemment que les gais et les lesbiennes qui vivent en union de fait se déclarent comme tels. Dans le cas contraire, les statistiques de 2001, pourront seulement être considèrées comme une indication partielle. C’est d’ailleurs la crainte que plusieurs activistes partagent avec les responsables d’organismes gais. D’autres regrettent que les données recueillies ne concernent que les conjoints de fait. Seuls les couples, en s’identifiant, annoncent leur orientation sexuelle. Ainsi le recensement ne pourra servir à évaluer l’importance de la communauté gaie et lesbienne dans sa totalité. Toutefois, on se doit de rappeler qu’il s’agit là d’un effort pour mieux prendre en considération l’existence des conjugalités gaies.
Mais les statistiques obtenus seront-ils réellement représentatifs? Pouvons-nous espérer que tous les conjoints de fait de même sexe se déclarent? Une proportion inconnue de gais et de lesbiennes voudront sans doute garder l’anonymat. Est-ce à dire que les données sur les partenaires en union libre de même sexe, qui seront produites par Statistiques Canada, seront totalement inutiles? Évidemment que non. Ces données pourront à tout le moins servir d’indication d’une réalité qui émerge. Dans cinq ans, on peut facilement imaginer qu’ils et elles seront proportionnellement plus nombreux à se déclarer comme conjoints de fait et encore plus nombreux dans dix ans.
Tout comme la société et les gouvernements ont pris du temps à reconnaître notre existence, il faut que la communauté se donne aussi le temps de s’acclimater à ces changements. Cela dit, il faudra s’assurer que l’on n’utilise pas les données de ce recensement pour diminuer l’importance (au niveau du nombre) de la communauté gaie, mais bien pour faciliter la pleine intégration des gais et lesbiennes à la société, comme n’importe quel autre citoyen.


En vertu de la loi, chaque ménage doit fournir les renseignements demandés dans le
questionnaire du recensement et, en vertu de la même loi, Statistiques Canada doit
protéger les renseignements personnels que lui fournissent les répondants.