Marche de solidarité et reconnaissance totale

Une conjugalité qui fait peur

Yves Lafontaine
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Après avoir habité plus de dix ans au centre-ville, mon conjoint et moi faisions l’acquisition, il y a deux ans, d’une maison dans le Nouveau-Rosemont, un quartier calme, habité principalement par des pré-retraités et des familles avec ados. Si quelques voisins se sont montrés d’une extrême froideur depuis qu’ils se sont aperçus que Jean-François et moi formions un couple gai, la majorité ont toujours été très cordiaux. Nous ne sommes pas tombés, fort heureusement, sur des voisins comme ceux de Theo Wouters et Roger Thibault, ces résidants de Pointe-Claire dont la vie paisible fut brisée, en 1997, par l’arrivée d’homophobes. Et ils ne sont pas les seuls, s’il faut en croire les nombreux témoignages de lecteurs qui ont été sensibles à la situation du couple de Pointe-Claire. Contrairement aux quartiers centraux et cosmopolites où les gens ne connaissent généralement presque pas leurs voisins, la vie hors du centre est plus marquée par le voisinage : l’entretien de la maison et de la pelouse, le jardinage et l’enlèvement de la neige sont autant de moments où les gens socialisent, apprennent à se connaître et constatent les différences ou les ressemblances qu’ils ont avec ceux qui les côtoient. On le sait, la société québécoise est plus ouverte que par le passé aux réalités gaies et lesbiennes, les sondages d’opinion nous le rappellent régulièrement. Il n’en demeure pas moins que les comportements homophobes — gestes et paroles — sont une réalité peut-être plus flagrante hors du centre-ville.
C’est pourquoi il est important de participer à cette marche de solidarité qui a été organisée et se déroulera le dimanche 27 mai afin de soutenir le couple de Pointe-Claire (voir article en page 44). L’occasion est idéale pour exprimer à la société que l’homophobie est inacceptable. Un crime homophobe n’est pas un simple crime sur la personne, c’est aussi un crime haineux contre une communauté.
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Depuis quelques années, plusieurs pays occidentaux ont accepté de considérer la possibilité d’accorder une forme de reconnaissance juridique aux couples de même sexe. Contrat d’union civile, contrat de partenariat, concubinage homosexuel, autant de mots pour décrire une réalité de conjugalité en tout point semblable à la conjugalité hétérosexuelle, mais que les législateurs se refusent, au nom de la morale, à nommer mariage (sauf aux Pays-Bas). Parmi toutes ces nouvelles législations, trois (la France, le Vermont et les Pays-Bas) ont retenu l’attention d’Ann Robinson.
Dans un texte fort bien documenté — que nous publions dès aujourd’hui sur notre site Internet www.fugues.com/mariage/suite.html —, elle fait ressortir que, peu importe la formule retenue pour reconnaître la conjugalité de même sexe, l’égalité n’est jamais totale, jamais réelle.
Que ce soit par l’expression de gestes homophobes ou par la réticence des gouvernements à nous accorder les mêmes droits qu’aux autres citoyens, il est indéniable que nos conjugalités font malheureusement encore peur.