L’homophobie

Pour vaincre l’«homophobie ordinaire»

Denis-Daniel Boullé
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Deux Américains, au coin des rues Sainte-Famille et Sherbrooke, sont agressés par plusieurs jeunes alors qu'ils se dirigeaient tranquillement vers le Centre-Ville. L’un deux a dû subir trois opérations d'urgence. Dominic Brunet, photographe à qui l’on doit la majorité des couvertures de Fugues depuis 3 ans, a été battu sauvagement par au moins deux gars, à proximité du Canal Lachine. Il est amnésique et souffre de multiples traumatismes crâniens, d’hémorragies internes et de fractures au visage qui ont fait craindre pour sa vie, pendant plus d’une semaine. On ne sait d’ailleurs pas encore s’il retrouvera l'usage de la parole ou s’il restera paralysé du côté droit. Des actes isolés? Difficile à vérifier, car la police ne tient pas de registre spécial pour les agressions homophobes. Par ailleurs, trois discothèques s’adressent aux hétéros dans le Village. Depuis le début de l’été, on peut constater un regain de tension en fin de soirée. Les insultes, les plaisanteries douteuses, l’intimidation, les bousculades dont sont victimes les gais se multiplient. Bref, s'amuser à «casser du pédé», physiquement ou verbalement, reste encore un sport pratiqué par de jeunes hétéros voulant se rassurer à peu de frais sur leur virilité.

S’il faut en croire le sondage commandé par le Journal de Montréal, ce serait là les signes d’une homophobie ordinaire dans une société de plus en plus tolérante. Tout de même, toujours selon ce sondage, le quart des Québécois montrent de l’intolérance face à l'homosexualité. Une intolérance qui se manifeste de plusieurs manières, allant du mépris non exprimé au passage à l'acte, comme pour les deux touristes et pour Dominic. Dans nos sociétés où l'on privilégie le respect et la protection des droits de la personne, on peut s'étonner que nul n'ait vu, dans les résultats de ce sondage, un problème. Un problème grave et inacceptable. Malheureusement, l'homophobie est une valeur que partagent encore de nombreuses cultures et groupes religieux traditionalistes. C'est ce que montre, entre autres choses, le documentaire L'homophobie : ce douloureux problème (qui sera diffusé lors d’Image + nation, ainsi qu’à Télé-Québec, le 27 septembre et le 2 octobre).

On commence à parler d'homosexualité dans les écoles et peut-être verrons-nous un jour un enseignant dans une cour d'école primaire expliquer à des bambins la méchanceté qu’il y a à traiter de tapettes les autres garçons plus faibles, plus efféminés... différents. Mais, pour l'instant, les initiatives des associations qui démystifient l'homosexualité sont encore trop peu nombreuses et ne sont pas généralisées à l'ensemble des commissions scolaires de la province. Il faut convaincre aussi les comités de parents que parler d'homosexualité n’est pas synonyme de prosélytisme.

Dans le combat contre l'homophobie, il faut que nos gouvernements, qui sont les gardiens des valeurs humanistes de notre société, relèvent le gant et s'engagent un peu plus qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent. Si l'alcool et la cigarette tuent, l'intolérance peut avoir des conséquences tout aussi tragiques. On a produit — avec des résultats quelquefois encourageants — des campagnes nationales contre le tabagisme, la vitesse, l'alcool, le jeu, le racisme, le sexisme. Mais jamais on a mis sur pied de telles campagnes contre l'homophobie. Il est grandement temps de le faire. Le respect des différences passe essentiellement par l'éducation, l'information et la sensibilisation de la population. C’est l’étape par où notre société doit aussi passer pour devenir une société réellement tolérante. Une société où l’on peut se promener sur la rue sans se faire battre avant de se retrouver à l’hôpital ou à la morgue.