Ó Reykjavík! Ó Reykjavík!

L’islande

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L’intérêt général pour l’Islande va en s’accroissant. Les organismes qui y sont responsables du tourisme l’ont d’ailleurs très bien compris. Ceux-ci jouent la carte des mythes les plus tenaces du romantisme nordique pour nous y attirer. L’Islande n’est-elle pas en quelque sorte une porte vers le passé? Qui n’a jamais imaginé ces quelques tableaux inquiétants sur lesquels on voit glisser silencieusement des drakkars menaçants parmi les brumes? Ces brumes du Nord ne sont-elles pas l’élément primordial de la mythologie germanique? La culture islandaise n’est-elle pas la représentante la plus avertie de cet héritage culturel? Oui, elle l’est et elle se révèle être bien davantage à qui la visite. Reykjavík n’est plus le petit village viking qu’il a sans doute déjà été, mais bel et bien une métropole moderne (osez dire postmoderne) où se côtoient tous les attraits des autres grandes villes de l’Europe continentale et ce, malgré sa surprenante petitesse. La capitale ne compte que 130 000 habitants et se compose d’un centre-ville historique ainsi que d’une périphérie à la sauce bourgeoisie tout ce qu’il y a de plus occidental. C’est le centre-ville et ses attractions que je vous décrirai, puisque votre voyage y débutera et que votre gîte s’y trouvera nécessairement. Cependant, notez que l’aéroport international se situe à Keflavík et qu’un trajet de quarante-cinq minutes vous sépare de Reykjavík. On vous renseignera sur place en ce qui a trait aux navettes et aux taxis.
Il n’existe pas de quartier proprement gai à Reykjavík. Il vous faudra donc, messieurs, affronter le grand monde (Mesdames, je ne m’inquiète pas pour vous). Cependant, je me dois de vous rassurer, même au risque de me faire jeter un hareng par la tête : il règne en Islande une tolérance absolue vis-à-vis de l’homosexualité. Et pour cause, les bars qui s’affichent comme gais sont remplis d’homme straights ainsi que de femmes de toutes «confessions». Les ghettos n’existent pas et, contrairement à toutes attentes, le plus avenant des Québécois peut être choqué de la bonne intelligence qui règne entre tout un chacun. (Du reste, je tiens à mentionner que la législation islandaise reconnaît les unions entre conjoints de même sexe.) Pour les avides de night-clubbing, je vous indique le Spotlight, au 8-10 Hverfisgata, ainsi que le 22 (Tuttugu og tveir), au 22 Laugavegur. C’est d’ailleurs le long de cette dernière avenue que s’égraine la vaste majorité des autres établissements que vous ne devriez pas négliger. Le club de cuir se réunit chaque samedi soir dans une pièce minuscule cachée derrière une porte cochère sur Ingólfsstræti. On peut y consommer et on y trouve infailliblement chaussure à son pied. Ne soyez pas timide, on vous accueillera chaleureusement.
On parle en Islande le norvégien du neuvième siècle. Les férus de linguistique souriront d’enthousiasme alors que ceux qui se posent des questions pourront s’ébahir devant l’ampleur des révélations qui vont suivre. Quelqu’un s’exprimant en islandais moderne pourrait entretenir une conversation avec un Viking né au Moyen Âge et jouir d’une compréhension mutuelle complète. L’islandais (íslensk) est un trésor linguistique très farouchement protégé. La langue compte une vingtaine d’emprunts tout au plus et n’a assimilé de l’anglais que les trois «hi», «ok» et «bye», dont l’emploi est regardé comme rustre. Cela dit, l’anglais est entendu absolument partout et par presque tout le monde, et c’est dans cette langue que vous devriez directement aborder les gens.
Quand devriez-vous vous y rendre? En raison de sa position septentrionale, l’Islande subit durant l’été le phénomène du soleil de minuit. Le soleil ne parvient plus à descendre en deçà de la ligne d’horizon et brille constamment. Il est donc très agréable et quelque peu surréaliste de pouvoir déambuler par les rues du centre-ville tout au long de la nuit en bénéficiant des teintes splendides d’une aube languissante. La saison estivale, bien qu’elle débute tard, se révèle fort clémente, et c’est en juillet ou en août que vous devriez visiter l’île. Le vent y est dès lors réconfortant et la pureté de l’air est manifeste. Reykjavík est la capitale européenne la moins polluée et, par une journée claire, on peut apercevoir la banquise du Groenland.
Cependant, l’Islande s’avère plutôt tropicale dans ses humeurs. Des averses d’une violence inouïe s’abattent soudainement sans aucun signe préalable. Tenez-vous le pour dit! Ces soubresauts durent rarement mais peuvent être très colériques. L’hiver, quant à lui, s’étire lourdement en travers du ciel qu’il rend obscur en permanence. C’est la saison des vents acharnés et du gazon croustillant. La neige tombe modérément et tout semble gris. Chacun trouve dès lors son réconfort dans ses bouquins tout en maudissant les ancêtres qui auraient bien pu, après tout, préférer la Normandie à ce trou paumé et maudit.
Effectivement, on aurait maudit les Islandais alors qu’ils venaient s’installer dans l’île. Cette malédiction, prononcée par un moine irlandais forcé de fuir devant l’arrivée de ces Norvégiens inopportuns, aurait été la cause de cette misère oppressante qui régna en Islande pendant 700 ans. L’île fut découverte au neuvième siècle de notre ère, et on s’y installa lorsqu’un changement politique majeur se produisit en Norvège : l’unification du pays par le roi Haraldur le chevelu. Les quelques insatisfaits qui se voyaient lésés par ce nouveau gouvernement vinrent tenter leur chance en terre de glace. Ils maintinrent durant les premières années un gouvernement parlementaire dont les qualités modernes stupéfient aujourd’hui les historiens. L’Islande fut la première vraie démocratie européenne du premier millénaire. Cependant, cet âge d’or ne sut perdurer face aux mésaventures politiques qui eurent lieu sur le continent. L’île fut rattachée successivement à la couronne norvégienne puis danoise. Assujettie, bafouée et méprisée, la nation dut subir les frasques des monarques danois qui allèrent jusqu'à y interdire le chant et la danse. C’est en 1944, alors que le Danemark était aux prises avec l’invasion nazie, que le peuple islandais déclara son indépendance. L’institution de la république est célébrée le 17 juin.
Si vous désirez vous initier à la culture islandaise, il existe des textes littéraires absolument incontournables que vous pourrez vous amuser à parcourir lorsque le cœur vous en dira. Je vous laisse donc ici quelques pistes qui vous aideront à discuter de choses édifiantes avec un flirt au-dessus d’une bière. L’Islande a produit l’un des trésors littéraires les plus prestigieux du Moyen Âge. Ce sont les fameuses sagas, véritable fleuron de la littérature nationale. Ces textes racontent l’histoire des héros ancestraux qui entreprirent de grandes expéditions d’exploration et de colonisation de par les mers. Je vous en conseille fortement la lecture. C’est en outre grâce à un de ces écrits que nous apprîmes que les Islandais avaient bel et bien découvert l’Amérique cinq cents ans avant Christophe Colomb. De plus, je vous recommande vivement de vous familiariser préalablement avec le plus grand des écrivains islandais : Halldór Laxness. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1955, il a légué une œuvre époustouflante au sein de laquelle évoluent citadins, bourgeois de province et culs-terreux avec l’ensemble de l’histoire nationale en toile de fond. Perçu comme un héros par toute la nation, il est vénéré dans chaque foyer tel Apollon à Delphes.
Icelandair est la seule compagnie aérienne à desservir le pays. Du Canada, les vols vers l’Islande se font à partir de Halifax. Il est cependant tout aussi commode de passer par Boston. La traversée ne dure que cinq heures et le voyage est grandement agrémenté par le confort de l’appareil ainsi que par la splendeur des hôtesses qui ont des airs de walkyries. Icelandair offre aussi des tarifs très avantageux pour tous les voyageurs désirant se rendre en Europe continentale et qui veulent éviter les cauchemars que sont les aéroports de Londres et Paris. Vous trouverez tous les renseignements nécessaires sur le site d’Icelandair.

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