Oh soleil, soleil !

Un bel après-midi de printemps...

Mado Lamotte
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Aujourd’hui, je suis allée écrire au parc Lafontaine et, trop stone pour composer quoi que ce soit, j’ai fait le tour du parc à vélo et j’ai observé les gens. J’aime bien voir comment les gens passent le temps. J’ai laissé mon âme vagabonder à travers les chemins de plus en plus dépourvus d’arbres du parc Lafontaine. Il faisait un soleil de plomb. Ce que j’aime surtout, c’est d’y aller quelques heures avant que le soleil se couche. J’m’allume un bon pétard, j’me fous de la bonne techno dans les oreilles et je buzze. J’arrête un peu partout et j’observe. Je ris beaucoup aussi. Je sais pas si c’est le pot, mais c’est tout de même fascinant les niaiseries que le monde peut faire pour se distraire. Une gang de macro-biotiques et d’anorexiques de 40 ans font du taï-chi à côté de la statue de Félix Leclerc. J’me retiens pour pas leur rire en pleine face. Deux super blondes en maillot fluo font du ballet jazz en rollerblades. J’me retiens pour pas les pousser dans l’gazon. Je croise une trentaine de pitounes de 16 ans en robe cocktail, pantalon capri, talons hauts et running shoes plates-formes. J’me retiens pour pas foncer dans l’tas. Un gros monsieur et sa grosse madame mangent des sandwichs pas de croûtes sur une table à pique-nique à côté du stationnement. Ça vaut la peine de se ramasser dans un parc pour manger en face d’une rangée de chars. Oups, j’ai échappé mon sac de popcorn juste à côté d’eux autres. Oh non, y vont pas être envahis par les mouettes et les pigeons? Je me sauve et je roule à toute vitesse sur le terrain de pétanque. Je soulève un nuage de poussière et les insultes me tombent dessus avec l’accent de Marseilles.
S’ti que chu baveuse. I love it! Pendant que de jeunes filles granolas en robe indienne se shakent le cul pieds nus dans l’herbe, des dieux hippies tapent sur des tam-tams, une rouleuse au coin de la bouche. Je bande. Viarge que c’est beau de voir ça, la jeunesse qui s’éclate!
Moi, je comprends pas les gens de mon entourage qui me disent qu’ils ne voudraient jamais revivre l’époque de leurs 18 ans. À moins d’avoir été un jeune martyr, à 18 ans, on découvre la vie, on apprend, on expérimente, on s’émerveille, on s’excite, on pense pas avant d’agir, on analyse pas tout et, surtout, on est pas encore blasé. J’dis pas qu’à 30 ans on s’ennuie, mais quelques fois, j’trouve qu’on réfléchit un peu trop longtemps et qu’on agit de moins en moins. C’est bon de temps en temps de se laisser aller à ses impulsions du moment. Improvisez, mes chéris! Agir sans réfléchir, ça peut avoir des conséquences, mais viarge! que c’est excitant.
Ceux qui me disent qu’ils attendent d’avoir une stabilité et une sécurité financière pour faire quoi que ce soit m’exaspèrent. Cibole, c’est quoi ce trip-là d’attendre à 65 ans pour commencer à profiter de la vie? Wake up and smell the tequila, darling. À quoi ça sert d’avoir deux chars, une maison, une piscine creusée, un chalet, un yatch, pis un membership au plus chic club de golf des Laurentides si tu passes ta vie à rembourser des dettes! Arrêtez d’investir dans votre futur, pis profitez un peu du présent, viarge!
Madeleine, du calme, tu vas passer pour une révoltée, pis tu vas encore te faire gârocher des butchs de cigarettes quand tu passes en face du Presse Café.
Ah, mes chéris, comme c’est donc bon de suer à grosses gouttes en plein mois de mai. Si on est chanceux, mère nature (que je soupçonne de plus en plus d’être une gentille drag queen) va répéter l’exploit de l’été 99 alors qu’il a fait beau et chaud du début mai à la fin septembre. Ah la canicule, comme c’est agréable. Ça me donne une raison de regarder les pitounes du canal Météomédia nous annoncer le plus sérieusement du monde de la pluie dans les heures qui suivent, alors qu’il n’y a pas un nuage dans le ciel et que ça fait une semaine qu’elles disent à peu près n’importe quoi pour essayer d’intéresser les quelque 23 auditeurs qui perdent encore leur précieux temps devant ce canal de télé inutile.
Ah! soleil, soleil, que j’aime ta chaleur et tes puissants rayons qui brûlent ma peau. Ah! l’été, c’est vraiment ma saison préférée. C’est tellement plus sympathique de faire son marché en plein air au milieu des guêpes et des chiens qui me bavent sur les mollets. Et y’a rien de tel que de m’installer à une terrasse de la rue Saint-Denis pour siroter une eau Perrier à 5 piastres le verre dans la boucane de chars. Courir les ventes de garage du quartier Hochelaga-Maisonneuve quand l’eau te pisse dans le dos et que l’odeur qui se dégage de mon dessous de bras me rappelle mes origines italiennes, ça, c’est mon genre de sport.
Vraiment, mes tout-petits, il fait bon vivre dans une ville où on peut vendre de la vaisselle cassée et des vieux disques de Nicole Martin sur le trottoir en face de chez soi. Ah! pis surtout, monsieur notre beau gros néphuphar de maire, n’ouvrez pas les piscines avant la date prévue, même s’il fait 30 degrés depuis le début mai. Mais c’est pas le moment de se plaindre, mes enfants, l’été est trop court à mon goût pour que je me mette à chialer. Je pense plutôt à la joie immense que me procureront les centaines de 5 à 7 (qui finissent presque toujours à 3 heures du matin) à boire de la Corona pis de la Sangria, dans la ruelle Walt Disney, derrière la Track, avec ma soeur Nicole ou ma chum Lady Vie d’Ange! Pis là, je vous parle pas des partys de balcon et des 1001 soupers sur le BBQ. Ah! le BBQ, quelle belle invention tout de même! Dès les premières chaleurs du printemps, le Québec en entier fait cuire ses roteux pis ses hambégueurs su’l charcoal. Une tradition aussi très répandue chez nos voisins du Sud qui ont vite compris qu’ils pouvaient tirer profit de notre amour de la viande carbonisée en nous envoyant leur cochonneries de BBQ à trois étages et de Red Devil qu’on peut utiliser même à l’intérieur de la maison! Aye! c’est rendu que tu peux faire rôtir une dinde de 40 livres et cuire un gâteau de noces sur le BBQ, non mais ça prend ben des Américains pour inventer une niaiserie pareille! Moi personnellement, j’me chauffe encore la saucisse sur mon p’tit hibachi à briquettes et j’en suis fort aise. Arrosez le tout d’une bonne caisse de 24 de Molson Ex et vous avez le profil du Québécois parfait. Mais voulez-vous ben me dire pourquoi dès que le soleil se montre la face, tout le monde perd la tête? Moi la première, et faites-vous en pas, j’en suis fière. Croyez-moi, mes poussins, plus d’une fois matante s’est retrouvée toute nue sur la table patio avec le plat de nachos sur la tête. J’pense que dans le fond, c’est ça qui rend notre peuple si attachant, plus on est saoul, plus on rit.
Les Québécois sont des tripeux qui pensent juste à se défoncer et à avoir du fun. Parlez-moi d’une société distincte! Imaginez s’il faisait chaud 12 mois par année comme en Floride! Montréal deviendrait ben la ville la plus hot de la planète!
«Nous autres on est pepés pepés, eux-autres sont pas pepés!» Comme je dis à mes amis depuis toujours, on n’a pas été mis au monde pour se faire chier, ça fait que moi, j’ai décidé de triper. Faites-en ce que vous voulez, mais c’est pas demain la veille que je vais arrêter d’avoir du fun. «J’aurais voulu être une artiste, pour pouvoir boire comme un tonneau, pour qu’mon nom se r’trouve sur un disque, comme la Dion et la Reno...»
P.-S. Avec le retour de la belle saison, la guerre des clubs est recommencée. Si je peux vous faire quelques petites suggestions, ne manquez pas la nouvelle soirée Atlantis de Stéphane Prince et Jacklyn Jet, au Groove Society, le jeudi soir; le retour de mes fameuses soirées Ciel mon Mardi! enrichies d’un spectacle de drag queens tous les mardis au nouveau Sky Pub; en juin, surveillez le lancement des nouvelles soirées d’humour du Unity Pub que j’animerai avec ma chum Marielle Léveillée; et pour tous ceux qui cherchent encore ce que j’ai l’air sous ma tonne de make up et mes robes cheap du Village Valeurs, c’est sur la piste de danse du Stud que vous me trouverez tous les dimanches soirs. Tourlou!
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