La vie, c’est supercalifra-gilisticexpidilicieux

Mado Lamotte
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Un jour, mon prince viendra, et puis il me dira, da, da, di, da, da… Au moment où une partie de la communauté gaie de Montréal se réjouissait de l’obtention des Jeux gais pour 2006, la vieille sacoche que je suis est allée s’épivarder à Disneyworld. Je sais pas pourquoi j’ai attendu tout ce temps-là avant d’aller serrer la pince à Mickey et sa bande de joyeux gais-lurons. Peut-être est-ce parce que j’avais tellement peur de m’ennuyer à mourir ou de trouver ça trop quétaine qu’au moment de choisir ma prochaine destination voyage, je rayais systématiquement Orlando de ma liste de choix possibles. Pourtant, Dieu sait que je possède la moitié des films d’animation de ce bon vieux Walt Disney et que l’univers des bandes dessinées est beaucoup plus proche de mon quotidien que celui des romans Harlequin. C’est donc à la suite des recommandations de ma chum de Bingo, Nana, que nous sommes parties avec nos 14 sacs d’épicerie remplis de linge à la conquête du monde merveilleux de Disney. Quatre jours féeriques de pure magie et d’émerveillement total que je ne suis pas prête d’oublier de sitôt! J’vous dis, mes tout-p’tits, il faudrait vraiment renier l’enfant qui sommeille en chacun de nous ou être dépourvu de toute fantaisie pour ne pas apprécier ne serait-ce que le quart de ce que la région d’Orlando offre à ses dizaines de milliers de visiteurs quotidiens. Parce qu’Orlando, c’est pas seulement Disneyworld, mes chéris. Oh que non! Du parc thématique en veux-tu en v’là! Aquariums, zoos, aquaparcs, studios de cinéma, manèges, terrains de golf, centre commerciaux, tout y est! Des grands boulevards bordés d’hôtels bon marché, de mini-putts, de magasins de cossins, de marchés aux puces et de restaurants graisseux. Exactement le Orlando quétaine que j’imaginais. Le paradis de la matante bleachée qui collectionne des tasses en forme de flamant rose et des sous-verres en coquillage, et surtout le royaume des amateurs de friture et de Pepsi en format deux litres! C’est pourquoi il n’était pas rare de rencontrer les plus beaux hommes de la planète au bras de femmes tout ce qu’il y a de plus moche (et quand je dis moche, je suis vraiment polie, mes chéris!) Plus gros, le monde icitte! Moi pis la Nana on avait l’air de deux anorexiques qui ont débarqué par erreur dans une convention de Weight Watchers. Comme dirait la Nana: bienvenue à Disneyland of the fat! Ça fait que pour se mettre au goût du jour et faire de vraies Floridiennes de nous autres, on s’est envoyé tout ce qu’il y avait de cochonneries qui font engraisser dans l’estomac parce que, de toute façon, y avait rien d’autre à manger que du fast food et, à moins que j’me trompe, la bouffe végétarienne et la cuisine minceur n’ont sûrement pas été inventées dans le coin. Je savais déjà par expérience que les États-Unis n’ont pas la cote en matière de fine cuisine, mais est-ce encore possible à notre époque de manger aussi mal? Pour m’écœurer davantage, la Nana s’est même tapée la spécialité locale sous mes yeux dégoûtés, le smoked turkey leg, une espèce d’amas de tranches de simili-dinde pressée (qui goûtait étrangement le jambon cuit ) enroulées sur un squelette de cuisse de volaille en plastique qui ressemblait beaucoup plus à un jarret de dinosaure, si vous voulez mon avis. Pis j’vous parle même pas de ses p’tits déjeuners composés de pas deux mais trois œufs, double portion de bacon, patates frites avec mayonnaise et saucisses trempées dans le ketchup. J’vous mens pas, mes enfants, j’ai jamais vu rentrer autant de gras dans un si p’tit corps de toute ma vie. J’peux-tu vous dire que ça sentait pas la rose dans notre chambre de motel à la fin de notre séjour. C’est pas mêlant, si vous me permettez de reprendre un gag de ma chum Marièle Léveillé, la Nana mangeait tellement gras que lorsqu’elle pétait, elle glissait en bas de sa chaise! Mais que d’agrément nous avons eu ensemble malgré tout. Et laissez-moi vous dire que quatre jours n’auront pas suffi pour tout voir, mais vous pouvez compter sur Nana pour vous organiser un horaire bien rempli avec une seule pause pour se ravitailler et deux autres pour se soulager, pas plus! À 9 h, tous les matins, nous étions donc les premières à faire la queue aux portes de Disneyworld pour être certaines de ne rien manquer. Vous auriez dû nous voir nous gârocher partout, on avait l’air de deux boulimiques lâchées lousses dans un magasin de chocolat. Première journée, ce fut le monde merveilleux de Magic Kingdom où j’ai valsé avec Cendrillon au pied de son beau château pendant que Nana se laissait tripoter par les nains de Blanche-Neige. J’ai ben essayé de frencher Mickey Mouse, mais cibole, y’est aussi «bodygardé» que le président américain. J’ai dû me contenter d’une polaroid en compagnie de Pluto (plus plate comme bonhomme) et d’un beau sourire de la petite sirène (pour ne pas dire la petite barbotte parce qu’à côté d’elle, Céline serait quasiment belle!). Le deuxième jour, ce fut au tour de Disney-MGM Studios où le coeur m’a lâché plus d’une fois dans l’ascenseur fou du Hollywood Tower Hotel et où j’ai bien failli laisser ma peau dans les montagnes russes d’Aerosmith, une ride heavy metal dans le noir à la blacklite au son de leur toune Rock this Way. Et laissez-moi vous dire qu’il n’y a personne comme les Américains pour vous en mettre plein la vue lorsqu’il fut question de nous éblouir au spectacle de fermeture du parc, Fantasmic, où feux d’artifices, projections sur murs d’eau, montagnes de fumée, parade de carosses flottants illuminés, dragon géant et lac enflammé accompagnaient les personnages de Fantasia et des films les plus populaires du maître de l’animation. Pour bien terminer notre fantastique odyssée au pays de Pinocchio et de la Belle et la Bête, la troisième journée, on est allées se paqueter au champagne, au vin cheap et à la bière importée au Food and Wine Festival de Epcot, une espèce d’Expo 67 où le pavillon du Canada nous représente encore comme des bûcherons qui vivent dans des cabanes en bois rond avec, en prime, présenté sur un écran 360 degrés, un film plate tout droit sorti des années 70. Full pas rapport genre! Des plans pour que les habitants de la planète pensent que tous les hommes canadiens se promènent encore avec les cheveux longs jusqu’aux fesses et que les femmes portent toutes la jupe en tissu indien et le poncho en macramé. Quoique ceux qui sont déjà allés à Vancouver me diront que ça ressemble pas mal à ça. Mais encore une fois, à lui seul, le spectacle de feux d’artifices à la fermeture du parc avait de quoi nous faire oublier toutes les quétaineries vues dans la journée. On a fini notre beau trip d’adolescentes au pays des merveilles au nouveau parc d’attractions de Universal Studios, Island of Adventure, qui valait bien le coût exorbitant du billet d’entrée. 50 piastres US pour une dizaine de manèges, mais quels manèges, mes enfants! Une ride débile à 200 à l’heure dans les montagnes russes de L’Incroyable Hulk. Une descente à 90 degrés dans le vide dans une espèce de pitoune où Nana a regretté de s’être installée à l’avant. La peur de notre vie, assises les pieds dans le vide à bord d’un wagon à tête de dragon qui vole et virevolte sur les rails d’une montagne russe à doubles voies qui se croisent et qui donnent l’impression qu’on fonce tout droit dans le wagon voisin. Et sans oublier le super manège de SpiderMan où la technologie du film en trois dimensions est si réaliste qu’on s’imagine vraiment qu’on fait partie du film. Pour terminer tout ça en beauté, on a pris une douche tout habillées dans les rapides de Popeye où on a compris à nos dépens pourquoi tout l’monde portait un imperméable en plein soleil. Ah oui mes tout-p’tits, j’peux tu vous dire qu’on a fait un maudit beau voyage et on aura beau les haïr tant qu’on voudra, lorsqu’il s’agit d’épater la galerie, crisse qu’ils l’ont l’affaire les Américains!
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