Bons baisers d'Australie

Skippy le kangourou

Mado Lamotte
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Ah! mes petits chéris d’amour que j’aimerais donc ça vous parler de bourgeons, de parfum de fleurs et de chaudes journées ensoleillées à me faire dorer le gras de bacon au parc Lafontaine, mais au moment où j’écris ces lignes, il fait un froid de canard, y’a encore de la neige au sol et ma pessimiste de soeur Nicole me dit que son Almanach du Peuple de mes deux fesses prédit que l’hiver durera jusqu’en mai!!! Hey! chus pas partie 3 mois, viarge! pour revenir en plein pôle Nord!! C’est qui le tarla qui passe son temps à dire que la planète se réchauffe, cibole!! En tout cas, j’espère seulement qu’au moment où vous lirez ces lignes, le printemps sera installé pour de bon et que Mère Nature aura fini de nous envoyer ses cochonneries sur la tête! Si ça vous dérange pas, je vais retourner un mois en arrière alors que je terminais mon odyssée extraordinaire dans l’autre hémisphère où j’ai passé 28 jours à triper comme une mongole dans un pays où les kangourous, les koalas et Kylie Minogue sont rois. D’abord, pour répondre aux dizaines de emails qui me demandent si je suis allée chanter I Will Survive avec ma perruque rose et mes souliers plates-formes dans le désert près de Ayers Rock comme les folles du film Priscilla : NON! je ne suis pas allée faire une folle de moi juste pour vous faire plaisir. De toute façon, j’ai à peine eu le temps d’aller plus loin que Melbourne, parce qu’imaginez-vous donc que je suis débarquée en Australie en plein Mardi Gras, l’équivalent de notre fierté gaie, en 10 fois plus gros. Mais gardons le meilleur pour la fin et parlons justement de cette charmante ville qu’est Melbourne. Comment vous décrire Melbourne en quelques phrases? Sûrement aussi belle que Sydney, un peu plus petite par contre, mais avec un cachet européen en prime. Et croyez-moi, les Australiens ne se gênent pas pour être flyés, car c’est là, en plein centre-ville, que j’ai vu un panneau publicitaire gros comme la toile du stade avec la drag queen internationale Dame Edna qui vante les mérites d’une marque de char quelconque. Vraiment too much darling! Et quelle ville propre, mes tout-p’tits! J'ai passé la semaine nu-pieds, même en plein centre-ville! J'ai fait du vélo le long de la Yarra River, qui longe le superbe Royal Botanical Gardens où j'ai pu admirer le vol de milliers de chauves-souris géantes au coucher du soleil à l'ombre des hibiscus, les pieds dans un p'tit lac rempli de grands cygnes noirs. Mais la cerise su'l sundae, c'est que j'ai rencontré un homme, un vrai, avec du poil sur le torse, des p'tites poignées d'amour, pis des fesses dodues comme une dinde de l'Action de grâce! J'peux-tu vous dire que j'en ai profité comme une grosse lâchée lousse dans une usine de chocolat. Je l'ai même violé en pleine forêt tropicale où on s'est ramassés flambant nus dans une petite rivière au pied d'une chute magnifique. J'vous mens pas, un vrai décor de Lagon Bleu. Ah! Sainte-Misère-du-Bon-Dieu, pourquoi ça m'arrive toujours à moi, ça? Je rencontre un gars qui m'intéresse une fois tous les dix ans, et il faut qu'il habite à 30 heures d'avion de chez nous. Côlasse! Après mon séjour à Melbourne, je suis allée me perdre dans les spectaculaires Blue Mountains où j'ai vu mes premiers kangourous. Des heures complètement seule à brailler mon bel adonis dans la forêt tropicale entourée d'eucalyptus gigantesques, de cascades d’eau pure; à écouter le chant des perroquets, des perruches, des cacatoès et d’autres oiseaux exotiques multicolores, dont un p'tit moineau tout mignon qui sonne comme une cloche quand il crie ( ils l’appellent le «bellbird»), et au milieu des serpents, des lézards qui ressemblent à des bébés dinosaures et des araignées poilues grosses comme mon poing. J'haïs pas ça, d'abord, ces bibittes-là! C'est comme leurs coquerelles, grosses comme des dattes d'Algérie, et, en plus de ça, elles volent les p'tites crisses.
Enfin de retour à Sydney, il me restait un gros deux semaines pour profiter au maximum des deux cents partys, spectacles, expositions et autres activités qui font partie des festivités du Mardi Gras. Heureusement qu’il y avait ma chum, la grande Harold et son mari, le beau Brad, pour m’aider à me trouver une chambre au Chelsea Guest House où j'ai logé chez les adorables et surtout très sexys Chris et Steve, parce que si vous réservez pas une chambre deux mois d’avance, vous risquez fort bien de vous retrouver à coucher tous les soirs au sauna. Pis icitte, c’est pas comme chez nous, les chambrettes appartiennent à tout l’monde, ça fait que vous êtes mieux d’arriver de bonne heure si vous voulez pas dormir dans une cabine de toillette! Mon premier party, je l’ai passé avec 800 mâles stéroïdés au Arq ( le Unity de la place ) où j'étais la seule maigre avec 5 filles, 2 drags queens et le gros qui a jamais osé enlever son t-shirt. Plus musclés les Australiens? Viarge! J'me sentais comme un schtroumpf dans un party de Godzillas! Moi qui ai passé ma vie à chialer contre les muscles, j'peux-tu vous dire que dès que les effets de la deuxième pilule se sont fait sentir, j'étais la première à me laisser barrouetter d'un bord pis de l'autre par les gros bras sans que je sache trop à qui appartenaient les mains qui se promenaient dans mes culottes. Étaient-ce celles des beaux bébés du Bad Boy Club que j'ai rencontrés par hasard au zoo et qui voulaient que je parle d'eux-autres dans mon article? Ou était-ce plutôt le Chinois de Hong-Kong qui m'a liché les oreilles toute la soirée pendant que je laissais traîner mes doigts sur le bout des seins de l'Allemand de 6 pieds 22 qui me répétait sans cesse «use your nails, your nails, shieze!» Plus grand cibole! J’étais obligée de grimper sur un speaker pour le frencher, viarge! Trois jours après, ça recommençait au Harbour Party, mon meilleur party du Mardi Gras, un dimanche après-midi dans le port, avec l'Opéra House et le pont de Sydney comme décor de fond. Seize heures à disloquer mon corps frêle de patineuse artistique. Malade, vous dites? Essayez plutôt, «la pilule était-tu bonne?». Quand est-ce qu’ils vont se décider à amener la fierté gaie dans le Vieux-Port ou sur l’île Sainte-Hélène, viarge! Si on pouvait arrêter nos petites guerres de clocher et tous s’entendre pour célébrer notre fifure en harmonie, on n’aurait plus rien à envier à personne parce que, croyez-moi, mes chéris, j’ai fait le tour de la planète, pis y’a pas beaucoup d’endroits où ça fête fort comme à Montréal. Et pour couronner le tout, comme si j’avais pas eu assez de fun, j’ai terminé mes deux semaines de débauche au party de clôture du Mardi Gras qui a eu lieu aux studios Fox où quelque 25 000 personnes se sont envoyées en l'air au son de la meilleure musique des meilleurs DJ de la planète (qu'ils disaient, même si j'en connaissais pas un maudit et que le très usé Believe de Cher et les remixes de vieilles tounes de Whitney Houston ne font pas partie de ma définition de «meilleure musique»). Douze heures de party non stop, enfermée dans le noir à m'épivarder comme une hirondelle au printemps, squeezée entre des milliers de corps gluants de sueurs d'extase appartenant à de trop beaux garçons qui fixent le plafond avec leurs yeux gros comme des pamplemousses. Le tout agrémenté de performances de 5 minutes chacune, pas plus (si la gang du Black & Blue pouvait comprendre un jour), données par des chanteuses locales (pas de Kristine W qui vient chanter pendant une demi-heure ses vieux hits d’il y a 4 ans) qui ont chanté des tounes, très quétaines j’avoue, mais que tout l’monde connaissait par cœur, pour finir par une performance-surprise de Sheena Easton (plus quétaine que ça, tu meurs!) qui est super-populaire là-bas avec sa nouvelle toune qui, heureusement, ne joue pas trop ici, la preuve qu’on a encore beaucoup de goût. Chus sortie de là à 10h30 du matin sur l’air du Tournesol de Nana Mouskouri (quand je vous disais qu’ils étaient flyés, les Australiens) encore ben buzzée, les jambes molles, les reins en compote, la plotte à terre, pis les ovaires en d'ssous du bras! Et c'est sans compter que tout ca avait commencé des heures plus tôt, sur un balcon de la Oxford Street, à regarder passer leur trop longue parade mais combien plus flyée que la nôtre. Ah! mes enfants, c'est tellement génial. Le défilé a lieu le soir, les chars sont illuminés, y'a de la musique qui arrive de partout (un peu trop tout l’temps la même toune de Kylie Minogue par contre), y'a des feux d'artifices qui pètent aux quinze minutes; tout le monde est déguisé, certains sont installés le long des rues depuis midi, ça chante, ça danse, ça rit, ça crie et ça tripe vraiment, mais vraiment très fort. Quand tu penses que ça dure un mois, c'te Mardi Gras-là, tu te demandes comment ils font pour se rendre jusqu'au bout. J’peux-tu vous dire que je vais garder des souvenirs mémorables de c’te voyage-là, c'est certain. Vivement l’été, que je recommence à m’envoyer en l’air!
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