Bons baisers

Asie, mon amie

Mado Lamotte
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Bon, par où je commence? Depuis notre dernier rendez-vous, il s'en est passé des choses, mes tout-p’tits. D'abord, où en étions-nous? J'ai quitté Bangkok à la fin janvier, seule, sans mes copines, Madame Simone et ma sœur Nicole, qui sont rentrées après trois semaines de délire et d'enchantement. J'avoue que ça n'a pas été facile au début de me retrouver seule avec moi-même et mes 450 kilos de bagages (bon, c'correct, j'exagère, disons plutôt mes 200 kilos?) Par contre, que de souvenirs mémorables je garde de nos expéditions dans le nord de la Thaïlande, à Chang Mai (ou Nicole avait réservé par internet un shack dans un jardin avec douche sur le toit et bécosse au fond de la cour ) et tout particulièrement à Chiang Rai (où Madame Simone insistait pas mal trop à notre goût pour aller voir de plus près l'anatomie des jeunes danseurs du seul club gai de la ville, lequel comme par hasard se trouvait juste à côté de notre hôtel!). C'est aussi dans cette magnifique région qu'on a lunché à 100 mètres de la frontière Birmane, sur les bords d'une rivière tellement polluée que les poissons devaient marcher sur l'eau pour avancer. On a aussi vu le plus beau des temples bouddhistes, juché sur le top d'une montagne tout près du petit village de Mae Salong, où nous avons fait la connaissance de «mama», une espèce de vieille chinoise pas de dents, complètement folle, qui nous a fait goûter ses 175 sortes de thé et autres potions magiques «pour stimuler la libido de ton homme ou argent remis». Pas besoin de vous dire que j'ai pas attendu d'être rendue à des centaines de milliers de kilomètres pour tester sa douce médecine chinoise, parce que les remboursements par la poste, moi, je fais pas confiance à ça. J'oubliais, est-ce que je vous ai dit qu'on s'était payé un guide privé qui nous a fait voir le vrai pays dans sa Jeep décapotable, loin des trappes à touristes, des maudits marchés d'artisanats et des buffets de cafétéria? Non? Ben, là, vous savez avec qui j'ai fait l'essai de la potion d'amour aux hormones de rhinocéros de la vieille chinoise. Pis, j'vous dis qu'elle n'a pas eu besoin de me remettre mon argent, parce que quand tu sais plus si ce que tu tiens dans tes mains, c'est l'érection matinale de ton mec ou le bras de vitesse de sa Jeep, ça doit être parce que son sirop stimulant commençait à faire effet. J'en ai acheté une caisse! Et, mon doux, que les habitants du nord sont plus sympathiques et acccueillants que ceux du sud! Pis, c'est-tu moi, mais il me semble qu'ils sont plus beaux aussi. Il faut aimer les Asiatiques évidemment, et si vous êtes comme moi, friands de rouleaux printaniers et autres délices orientaux, vous ne seriez pas déçu en Thailande, mes chéris, parce qu'ils ont un «je ne sais quoi» dans leur regard pénétrant et leur sourire à faire mouiller une vieille sèche de 95 ans, auquel on ne peut résister. Même Madame Simone, qui ne jure généralement que par le fouet de son «master» d'Amsterdam, était d'avis que les Thaïlandais sont un maudit beau peuple. Attention cependant, quand je dis qu'ils sont moins accueillants dans le sud, c'est parce qu'il y a tellement de touristes qui envahissent les îles thaïlandaises que chu à peu près sûre que ça doit finir par leur taper sur le système, à la fin. Surtout depuis le dernier navet de Dicaprio, The Beach, ça a l'air que c'est la folie furieuse. On a pu constater effectivement qu'il y a beaucoup plus d'Européens (ben des Scandinaves) et d'Australiens que de gens du pays. Ça nous a pas empêchées de nous trouver un p'tit coin de paradis bien à nous, loin de la foule et du crisse de ping-pong de plage, à Ton Sai Beach, au milieu des jeunes escaladeurs de rochers et des fumeux de pot. Alors, si l'envie vous prend d'aller fêter votre premier anniversaire de vie conjugale dans le sud de la Thaïlande, évitez les îles très commerciales de Kho Phi Phi (deux jours suffisent pour apprécier toute la beauté de cet endroit réputé) et de Phuket (Acapulco, Old Orchard et la Floride au complet réunies sur une même île, ouach, ouach, ouach!). Allez plutôt faire la vache sur les plages quasi désertes au sud de Kho Lanta ou laissez-vous charmer par le paysage incroyable de l'archipel des îles de Krabi. Si c'est l'isolement que vous recherchez, sur une île sauvage, pas d'électricité et dormir dans un bungalow en terre cuite avec le mur de la toilette à moitié défoncé, juste à côté d'une «swump» et d'un nid de termites géants, ben, vous me demanderez de vous racontez mes trois jours d'enfer sur l'île de Kho Pu, pognée avec un vieux qui sniffait du gaz en se réveillant le matin, une chienne et ses neuf chiots, une chèvre, deux poules, un coq et une Norvégienne commère comme cinquante réciteuses de chapelet. Si, par contre, vous disposez d'un nombre illimité de jours de vacances, ditez-vous bien que vous-en aurez jamais assez pour voir ce merveilleux pays de fond en comble; faites donc comme moi à la place, gardez-vous en pour une prochaine fois (oui, je reviendrai ici, c'est certain); gâtez-vous en faisant un détour imprévu par la Malaisie où j'ai mangé les meilleurs pancakes aux bananes préparés soigneusement chaque matin par mon ami Matt au ETC café de Langkawi, où j'ai joué au pool tous les soirs avec Ina, ma chum lesbienne, au Arsenal Resort et où j'ai joui dans les bras du plus beau petit musulman que la ville de Kuala Lumpur m'ait offert pour mon anniversaire. Pour terminer mon périple sur le continent asiatique et avant d'attaquer l'Australie, je me suis donc permis d'aller me dépayser davantage en terre malaisienne où la plupart des religions d'Asie se donnent rendez-vous et où les femmes portent le voile accompagné d'un jeans et d'espadrilles à la mode ou agrémenté d'un quelconque chiffon de Christian Dior, cellulaire dernier cri à la main. Ce qui m'a frappée, ici, c'est vraiment le mélange des cultures: malaisienne, chinoise, arabe, indienne et occidentale qui se côtoient en parfaite harmonie, à ce qu’il m'a semblé. À Kuala Lumpur, la capitale, il y a autant de modernité, comme leur aéroport tout droit sorti d'un film de Star Wars et les tours jumelles Petronas, les plus hautes au monde, paraît-il, que de monuments plus traditionnels, comme les mosquées musulmanes, les temples hindous et les pagodes chinoises. Pis, ce qui est encore plus extraordinaire, c'est que tout ce beau monde là a vraiment l'air de s'entendre comme larrons en foire. Cinq jours et quatre nuits (dont une sans sommeil en compagnie de Rizal, une espèce de pétard de mannequin, beau comme une statue grecque) m'ont suffi pour profiter pleinement des charmes de la capitale malaisienne et ainsi me permettre une semaine complète de repos à Langkawi, une île perdue au mileu de la mer, située au nord-ouest du pays. J'aurais bien voulu voir la côte est comme on me l'a suggeré, parce que, paraît-il, c'est paradisiaque, mais c'était la saison des pluies et la plupart des îles étaient impossibles d'accès. J'ai tellement adoré Langkawi que je ne regrette pas du tout d'y être allée et si j'avais pu, j'y serais restée un mois. Pas que c'est particulièrement exceptionnel comme endroit, mais c'est vraiment agréable, très relaxe, pas trop de touristes, les gens de la place sont adorables, calmes, sereins, jamais pressés et toujours, mais toujours, souriants. Du monde fin de même, ça s'peut pas, mes enfants! Chanceuse comme je suis, y'est pas tombé une goutte de pluie en sept jours. Ça fait chier, hein? Vraiment, mes tout-p'tits, ç’a bien fini mon voyage en Asie. Le mois prochain, je serai déjà de retour à Montréal (snif! snif!), mais n'ayez crainte, je ne vous priverai pas du dernier mois mouvementé de mon odyssée extraordinaire, qui s'est terminée dans la déchéance et la débauche totales au célèbre Mardi Gras de Sydney. Ah l'Australie! pays des kangourous, des koalas et des beaux surfeurs! Là où l'eau tourne dans l'autre sens quand on tire la chaine et où ils mettent de la confiture aux fraises dans leur sandwich à la dinde fumée! Vous pensiez qu'on était flyé avec notre sauce pis notre fromage sur nos patates frites?

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