Cubanissimo

Escapade au soleil

Mado Lamotte
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Ah! mes p’tits amours, me pardonnerez-vous un jour mon infidélité? Le mois dernier je vous ai abandonnés une fois de plus pour aller, non pas faire tourner des ballons sur mon nez, mais plutôt faire la guidoune sur une plage ensoleillée, remplie de coquillages et crustacés, et surtout, de beaux cubains toastés des deux bords, pour me remettre de mon p’tit blues du mois de novembre (que certains d’entre vous ont osé qualifier de dépression!). Franchement, moi, dépressive? Si vous arrêtiez aussi un peu de prendre tout ce que je dis au premier degré, vous finiriez par vous rendre compte que ça fait dix ans que j’vous niaise, viarge! Un clown ça peut pas être déprimé mes tout-p’tits. Le gars qui tient les ficelles, ça, c’est autre chose. Mais avant que je me mette à vous dévoiler les états d’âme de celui qui paye mon loyer, la station spatiale a le temps de quitter son orbite ben des fois. Je disais donc, je suis allée une toute petite semaine de rien du tout à Santa Maria del Mar, une belle plage à l’est de La Havane, où je me suis fait plotter par des dizaines de cubains de tout âge et de tout acabit sous l’oeil jaloux des vieux pervers et des divorcées qui bavaient d’envie devant cette mer splendide de corps chocolatés, de dos musclés et de fesses bombées. Oui, mes touts p’tits, les Cubains sont «hot» en tabaslack! Mais plus obsédés sexuels que ça, ils coucheraient avec leur mère, leur chien ou même le curé du village! J’vous mens pas, j’ai jamais été aussi populaire de toute ma vie. De 14 à 44 ans, tout ce qu’il y avait d’Homo Erectus dans un rayon d’un kilomètre autour de moi m’a fait des propositions. Y’ont beau parler ni français ni anglais, ils savent très bien se faire comprendre avec leur corps. C’est pas compliqué, en une semaine, j’ai vu plus de cigares cubains (pis là, j’parle pas de quéquettes de schtroumpfs, mes chéris) qu’il y a de sortes de saucisses différentes dans le comptoir à viande du marché Richelieu au coin d’Ontario et Saint-Hubert! Faire mon épicerie à ciel ouvert, surtout quand on me laisse goûter avant d’acheter, j’aime ben ça. Mais moi, la facilité, ça m’ennuie. J’aime le challenge. Désirer c’que j’peux pas avoir, c’est ça qui m’allume. Conquérir l’impossible, y’a rien de plus excitant. Quand j’ai juste à claquer des doigts pour avoir c’que j’veux, je débande ben raide. De toute façon, quelques heures en compagnie des jeunes dieux cubains m’ont suffit pour réaliser que si c’était pas moi, c’était un paquet d’os de 70 ans qui se retrouverait les pattes en l’air, pis la bouche pleine de lait de coco. Pis moi, le sable dans le nez, dans les oreilles pis dans la raie, c’est pas vraiment «my cup of tea». Comme il me reste une couple de décennies avant de profiter du rabais de 10% chez Jean-Coutu, j’ai passé la semaine à rire du monde de l’hôtel et à observer les faits et gestes de Claudette et Micheline, deux p’tites madames de banlieue lâchées lousses au pays de l’adonis au Speedo bien garni et du rhum à 5 piastres la bouteille. C’est que, voyez-vous, j’ai encore fait la gaffe d’aller dans une formule tout compris. Je l’sais, j’apprendrai donc jamais. Mais c’te coup-là, j’ai pas perdu mon temps à regarder le monde danser la Macarena autour de la piscine. J’ai ben failli me retrouver dans un cours d’aérobie aquatique bien malgré moi, mais quand j’ai vu la grand-jaune arriver, (rien à voir avec notre Denise), une espèce de moumoune milanaise aux cheveux brûlés par le bleach qui servait de g.o. pour les groupes d’Italiens qui s’en venaient faire honte à mes ancêtres, ça pas été long que j’ai sauté dans mes gougounes fleuries pis j’ai pris la direction de la plage, sans passer go et sans réclamer 200$. J’aurais jamais cru un jour être gênée de même de dire que chu italienne. Si vous pensiez que les Québécois sont les plus épais en vacances, mes chéris, c’est parce que vous avez jamais passé une semaine complète avec des Italiens. Fallait voir c’te meute de machos pas de classe, cigare au bec, gueuler à tue-tête, se battre à coups de condoms plein d’eau, simuler la copulation pour impressionner la trâllée de guerdas trop maquillées qui paradaient fièrement leurs implants de jello dans des bikinis vert fluo deux points trop petits, et surtout, se prendre pour les rois du monde sans jamais laisser une cenne de pourboire à la pauvre petite barmaid cubaine qui avait l’air ben découragée de se faire roter dans face en se faisant dire pour la centième fois: «tu mi amore», à chaque fois qu’elle leur demandait: «Qu’est-ce que vous allez prendre?» C’est là que j’ai compris, mes enfants, que les bédaines de bière n’appartiennent pas toutes à des Gérard et que les Ginette ne viennent pas toutes de Brossard. Et ceux qui croient encore que les plus beaux hommes de la planète sont tous italiens, c’est que vous n’êtes jamais allé à Cuba. Pis là, je parle pas de mannequins du Vogue Uomo retouchés à l’ordinateur et de stars de romans-photos aux yeux trop bleus. Je parle du vrai monde. Si, comme moi, vous aimez la peau foncée, les lèvres charnues, les yeux noir ébène, les dents trop blanches, les torses découpés et les p’tits culs ronds, vous allez être servis! Parlez-en à Madame Chirac, la propriétaire de la boulangerie Dalida dans le village, elle vous dira elle aussi que le paradis d’Adam et Ève se trouvait sûrement sur une plage cubaine. Mais bon, comme je ne voudrais pas passer pour une dévergondée qui pense juste à se faire renifler le bouton de rose par tout ce qui bouge de moins de 25 ans, je ne vais pas vous parler de l’incroyable scène qui s’est déroulée sous mes yeux, et ceux du couple Chirac et des amis Jacques et Robert, au coucher du soleil, alors qu’on a eu l’immense bonheur de recevoir une belle leçon d’humanité de la part d’un jeune éphèbe cubain qui était en train de se mousser le créateur devant nos yeux ébahis, avant de répandre son sirop de canne à sucre sur la sable fin, devant nos pieds engourdis. Non, je ne vous en parlerai pas, et ni du party dans un parc la nuit avec 1 000 beaux bébés en p’tite camisole Tommy où j’ai passé la veillée à frencher à gorge déployée tout ce qui mesurait un pied de plus que moé; non, je vous en parlerai pas parce que vous allez encore dire que je suis rien qu’une trainée. À la place, je vous dirai que si vous allez à Cuba, il ne faut surtout pas manquer de faire une petite visite à La Havane. C’est de toute beauté! Pour vous donner une petite idée, allez vous louer le très beau film Buena Vista Social Club. Ok, y’a ben de la cabane en décomposition, vous allez me dire, mais il faut voir l’architecture de ces maisons-là, mes chéris! Du palace, des villas, des églises baroques, pis du beau château, en veux-tu, en v’là. Cibolak, s’ils avaient les moyens de retaper toutes ces baraques-là ça serait ben Barcelone rencontre la Côte d’Azur aux Antilles! C’est vrai qu’ils ne sont pas riches, les Cubains, et j’peux pas vous cacher que le cœur m’a fait une couple de tours devant tant de pauvreté. Mais vous dire à quel point ils sont accueillants, gentils, charmants, et je pourrais utiliser tous les mots du dictionnaire des bonnes manières pour les décrire qu’il m’en manquerait encore une bonne douzaine, ça s’peut quasiment pas. J’vous mens pas mes tout-p’tits, du bon monde de même, on en voit juste dans les romans d’Arlette Cousture! Un beau pays, de belles plages, un peuple adorable et du soleil à profusion. Qu’est-ce que vous voulez de plus? Vraiment, mes agneaux, il ne se fait pas de meilleur remède pour se remettre d’un p’tit down et recharger ses batteries. Les cubains ont de quoi être fiers de leur pays.
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