Pourquoi le monde est sans amour?

Les chums...

Mado Lamotte
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Les premiers jours de froid, ça me r’vire tout’ à l’envers. Je regarde ce qui s’en va, ce qui s’en vient. Je pense à ce que j’ai manqué, ce que j’ai oublié, ce que j’aurais voulu faire pis que j’essaie de faire en panique dès que le soleil se montre la face. On dirait que je cours après le temps. Quand je sens que le froid va bientôt s’installer, j’me sens comme une poule pas de tête. Je pars dans toutes les directions sans vraiment aller nulle part. Je voudrais rattraper le temps perdu, mais c’est comme si j’avais décidé inconsciemment qu’il était déjà trop tard. Je me fais mille et une promesses de mieux organiser mon temps l’été prochain. Pis j’me crois comme si c’était la première fois que je disais ça en 15 ans. J’dis de moins en moins: «un jour à la fois doux Jésus», et de plus en plus: «pourquoi remettre à demain ce que je peux faire aujourd’hui». Et dans un dernier geste de désespoir, j’me gâroche à terre, la face à un pouce de mon tapis de la Sainte-Vierge que j’ai ramené du Mexique, pis je la supplie de pas m’abandonner et de m’envoyer une couple de belles journées chaudes pour me laisser encore faire du vélo sans mon foulard et mes mitaines, me permettre de voir les feuilles changer de couleur au chalet de ma coloc à Saint-Adolphe, me laisser écrire mes articles une dernière fois au grand air dans le parc Lafontaine ou devant le p’tit lac du parc Angrignon, de pouvoir dormir encore quelques nuits la fenêtre ouverte et surtout, de m’accorder la grâce de manger encore un p’tit peu des repas cuits sur le barbecue. Mais ne vous en faites pas, les remords ne durent généralement pas plus longtemps qu’une averse de fin de soirée, car j’ai aussi mes moments de: «je m’effouerre devant la télé avec mon pot de dill pickles pis j’bouge pus de là jusqu’au mois d'avril». Voyez-vous mes chéris, le froid, moi, ça me fait pas. Dès que le mercure descend sous zéro, mon vieux sang d’Italienne circule plus, ma batterie tombe à plat, j’ai le coeur congelé, j’ai frette à l’âme, pis je bande plus, viarge! J’vous dis que chu vraiment pas faite pour passer mon temps enfermée dans une maison. Pis parlez-moi pas du plaisir des sports d’hiver pis de la beauté de la neige qui tombe comme de la ouate un soir de Noël. D’abord, moi pis le sport, c’est deux. Descendre la même montagne 25 fois sur deux bouts de bois à -40 pis les tourniquettes en patins de fantaisie sur d’la musique d’ascenseur, très peu pour moi, mes chéris. J’aime autant passer mes journées à tricoter des pantoufles en phentex que de pogner une pneumonie à faire ma fraîche au Mont Tremblant ou à me geler les pieds en faisant des 8 sur un étang raboteux. Pis la belle ouate qui tombe à Noël, ben on en reparlera quand vous vous farcirez des tours de reins à pelleter mes escaliers. Non, plus j’y pense, plus je réalise que chu vraiment pas une fille d’hiver. Amenez-moi des canicules pis des sécheresses tant que vous voulez, mais gardez vos tempêtes pis votre verglas pour les Esquimaux du Pôle Nord. Pis là, allez pas penser que chu en train de pogner la déprime du mois de novembre. Chu pas down pantoute, ok! J’ai juste le goût de toute crisser là pis de sacrer mon camp à San Francisco pour l’hiver! J’entends déjà ma coloc me dire: «ben oui, mais Mado, l’hiver c’est pas si pire que ça, tu peux faire plein de trucs intéressants comme aller au cinéma, aller danser, recevoir des amis à souper ou aller manger en tête-à-tête au restaurant, ou encore mieux, passer la journée en pyjama à faire l’amour». Le cinéma, la danse, le resto c’est ben beau tout ça, ma noire, mais faut d’abord que j’me rende. À ce que je sache, ils ont pas encore trouvé le moyen de nous téléporter d’un endroit à un autre en l’espace d’une seconde. Pis faire l’amour toute la journée, chu ben d’accord, à condition d’avoir un chum qui pense juste à ça comme ton Belge ou de rencontrer un gars qui s’est pas sauvé avant d’avoir passé le test des toasts le matin. Pis à part de ça, j’haïs ça ben raide passer la journée en jaquette dans des draps qui sentent le swing avec quelqu’un qui a les pieds frettes pis qui me répète sans cesse «je t’aiiiime» en me bavant dans l’cou, en me lichant les oreilles et en me soufflant son haleine de cendrier dans la face! Pis crois-moi, ma pitoune, c’est ben facile à trouver un chum quand tu passes ta vie à faire le clown pis qu’aussitôt que tu mets le pied dans un club il se trouve toujours une p’tite grande pour gueuler à travers le bar: «Tcheck, c’est Mado La Motte.» J’vous dis que c’est pas long que les cuirettes se retournent ben raide pour voir de quoi y’a l’air celui qui bitche le Québec au grand complet. Dès que le gars vient de se rendre compte qu’il est en train de frencher une drag queen, c’est pas long que mon étalon débande et jette son dévolu sur le premier bozo qui passe. Pour s’excuser, le mec va me dire que mes articles (qu’il n’a sûrement jamais lus) sont ben drôles, que mon Bingo au Casino était ben l’fun (même si chu à peu après certaine qu’il n’y est jamais venu), pis que je suis pas pire pantoute sans ma perruque. Pas pire? Plus insultant viarge! Pourquoi pas, moins laitte que j’pensais tant qu’à y être! Pas besoin de vous dire que j’passe le reste de la soirée à regarder ma chum de brosse, Mme Tourangeau, se faire pogner le cul par tout ce qui bouge. Parce que là j’vous ai pas dit que mon p’tit ami de gars est tellement pétard que j’ai l’air d’la Poune à côté de lui! Bon, bon, du calme, ma belle Madeleine, ça paraît que l’hiver est vraiment pas loin parce que je commence déjà à m’inquièter de passer la dure saison toute seule au lit. Heureusement, depuis que j’ai ma chatte Shirley (elle vient d’avoir 4 ans, ma p’tite poutine chérie), je n’ai plus de problème de draps trop froids, car elle a la délicatesse de réchauffer mon côté de lit avant que je m’y installe pour la nuit. Mais je sais que les échanges d’affection et le tripotage avec ma chatte ne remplaceront jamais la douceur et la chaleur d’un beau corps de mâle poilu. Comme tout l’monde, j’ai besoin de contacts physiques dans le sens de : «prends-moi dans tes bras, serre-moi fort, donne-moi ta bouche, tes seins, ta bite, fais-moi l’amour, je veux te sentir en moi...» Mais je sais, vous allez me dire, Mado il n’y a pas que le cul dans la vie, tu as besoin d’amour, de tendresse, de caresses, de dormir collée, de p’tits soupers en tête-à-tête, de fleurs à ta fête, de chocolats à la Saint-Valentin et de vacances romantiques à Hawaï. Vas-y, dis-le, t’es capable, Mado, tu veux un chum stable. Nooooooooon jamais! La stabilité, ça tue ma créativité et mon besoin d’indépendance. Oui, je suis heureuse célibataire et j’entends le rester le plus longtemps possible. D’ailleurs, je comprends pas c’est quoi le trip de vouloir se matcher avant 50 ans. J’ai ben trop de fun avec mes amis, mes jouets en caoutchouc et ma bouteille de popper pour laisser un intrus prendre le contrôle de ma vie. Le condo sur le Plateau, Le Devoir livré à ma porte, aller promener son chien à 7 h du matin pis laver ses bobettes pleines de pisse, non merci. Les compromis pis les sacrifices pour l’homme qu’on aime, je laisse ça aux bonnes femmes qui trippent sur les tounes de Linda Lemay. La vie de couple c’est ben beau dans les téléromans et dans les films de Meg Ryan, mais dans la vraie vie, c’est une tout autre histoire. Ça fait qu’en attendant que le prince charmant qui va m’aimer pour mon cul pis pour rien d’autre me tombe du ciel, je vais profiter au maximum de mes amants, car si y’a ben quelque chose qui excite les hommes haut plus au point, c’est une femme qui n’a pas peur de se donner entièrement pour une histoire d’un soir.
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