La thérapie par l’image

La télé... oui encore la télé

Mado Lamotte
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Ça y est, c’est officiel, l’automne est bel et bien arrivé, mes chéris. Après un été pourri à attendre qu’il fasse beau, j’espère juste que l’hiver nous tombera pas dessus avant l’Action de Grâce, viarge! Ça fait que, fini les folies autour de la piscine creusée du parc Fullum, fini les partys improvisés en face de l’étang du parc Lafontaine, fini les beuveries dans la ruelle de Walt Disney derrière la Track et, surtout, fini de tourner en rond autour de l’usine C complètement saoûle à chercher un coin sombre pour me faire pomper le dard par une vieille matante pas de dents. Bientôt, la moitié de la planète va se remettre à engraisser devant son téléviseur, cet objet de culte qui a remplacé les bouddhas et autres p’tits Jésus de plâtre dans la plupart des foyers du globe. Hey, j’vous dis qu’on est rendu loin des crucifix en épingles à linge que faisait mon comique de père, devant lesquels je m’agenouillais pieusement chaque soir avant de me laisser emporter dans les bras de Morphée.
Bientôt, chips graisseuses, popcorn au simili beurre de Orville Redenmachinchouette et gros Pepsi vont remplacer les céleris croustillants, les sacs de p’tites carottes, les sandwichs aux tomates toastés et les gros melons d’eau juteux dans l’alimentation quotidienne de milliers de gens.
Virginie et Ally McBeal redeviendront le centre des conversations de bureau pendant que les cruches de La Fureur et les épais de Piment Fort continueront à nous faire honte.
Et c’est certainement pas les singeries de Martin Petit, Paul Houde et ma mère spirituelle (qu’est-ce que t’es allée faire là, ma noire?) Michèle Richard qui vont améliorer notre image. J’vous mens pas, viarge, quand je regarde les «Gingras-Gonzales», j’ai l’impression de revivre l’époque des Brillant. Après ils viendront me dire que je suis trop flyée pour animer une émisssion de télé! Crisse, il faudrait peut-être que les diffuseurs arrêtent de prendre le public pour des cons. Mais pourquoi essayer de faire compliqué quand tu peux faire simple?
Faut pas se leurrer, mes tout-p’tits, la subtilité n’a jamais fait partie de nos mœurs télévisuelles. Plus on a l’air colon, plus on aime ça. Ce qui me fascine, c’est de voir à quel point on peut devenir accro de tant de bêtises et de conneries inutiles. Moi la première, la reine des chialeuses, je finis toujours par me laisser ensorceler par cette grosse boîte à images abrutissantes. Oui, je l’avoue, par moments il m’arrive même de me laisser charmer par la vulgarité que me renvoie mon écran cathodique au point où je peux difficilement me passer des éructations d’Homer Simpson et des flatulences de Cartman dans South Park. Il m’arrivera même de décliner certaines invitations sous un quelconque faux prétexte pour ne pas manquer mon rendez-vous hebdomadaire en compagnie de Scully et Mulder, de la Capitaine Janeway et de la belle «7 of 9» de Star Trek : Voyager. (En passant, si y’a quelqu’un qui peut me dire où je vais pouvoir regarder la suite de Star Trek, j’apprécierais beaucoup, parce que ce cher canal 12, «the One to boycott», a décidé d’arrêter de présenter la série alors que l’équipage de Voyager entame sa 7e et dernière saison!) Ah divertissement populaire quand tu me tiens!
Qu’est-ce que je vais faire quand la télé satellite envahira notre quotidien? La Femme Bionique et les Charlie’s Angels en stéréo sur écran géant sur 12 chaines en même temps, hum... Oui Papa!
Pis là, je vous parle pas des info-pubs parce que c’est encore pire que de passer à travers un pot d’Hagen Daaz après avoir fumé un joint. Quand tu commences à regarder ça, tu peux pus décrocher. La formule est toute simple mais combien efficace, je vous dirai. Prenez n’importe quel «has been» de la télé, trouvez un quelconque produit-miracle à vendre, ajoutez une couple de très mauvais comédiens, quelques figurants à l’air insignifiant et le témoignage d’une vedette que tout l’monde a oubliée depuis des siècles (qui se souvient de vous Mlle Wonder Woman??) et vous avez la formule magique de la parfaite infopub. «Ma peau n’a jamais été aussi belle de toute ma vie!» «J’ai 90 ans et pas une seule ride!» «Oui, vraiment, Principal Secrets a transformé ma vie!»
Mais voulez-vous ben me dire d’où vient cet engouement soudain pour ces nouveaux charlatans; vendeurs de scrap, abuseurs de rêve, magiciens de l’amour, guérisseurs d’âme, brocanteurs de jeunesse éternelle, apôtres du corps parfait et autres guerdas de la beauté.
Qui peut bien s’intéresser aux cochonneries de Serge Laprade et de Louise-Josée Mondoux qui servent juste à remplir nos armoires de patentes à gosses qui vont nous servir une ou deux fois dans notre vie? Qui a encore besoin d’un dixième set de poêles qui ne collent pas, de nettoyant à tapis miracle ou de machine à raffermir la bédaine de bière? Surtout quand on sait que la plupart de ces produits, prétendus prodigieux, se retrouvent à moitié moins chers sur les tablettes de Zellers et de Wal-Mard. Serions-nous rendus désespérés au point de nous faire vendre n’importe quoi? Malheureusement, la réponse est : «Oui, mes tout-p’tits»!
Le pire, c’est que je suis la première à passer d’interminables minutes hypnotisée devant les inepties de Jojo Medium (I’m a Barbie Girl...), les âneries d’Anne Bisson (Ah ouach des œufs! ) et le Ab Roller de Suzanne Summers (Moi? 22 face-lifts? Jamais d’la vie!). Pourquoi? D’abord, parce que la nuit il n’y a pas grand chose de bon à la télé (à part les comics à Télétoon) et surtout, parce que c’est tellement mauvais, mal filmé, mal joué et mal traduit que c’en est pissant. (Surtout ben stone en rentrant des clubs!)
Les info-pubs, c’est le kitsch, le quétaine et le mauvais goût à l’état pur, mes enfants. Le plus extraordinaire, c’est que ces gens-là y croient. Ce ne sont ni des personnages de Michel Tremblay ni des acteurs de mauvais téléromans à TVA. Ces gens-là existent vraiment, et c’est ça qui rend le ridicule encore plus authentique et fascinant. Il faut voir ces ex-vendeuses de produits Avon alignées sur un même divan à imprimés fleuris «jaune moisson», le cheveu péroxidé et le sourire étiré jusqu’au front, en extase devant un éventail de pots de crème à se beurrer la face, en train d’expliquer le plus sérieusement du monde comment un «splash» de lait de coco et de graisse de bison des prairies ont transformé leur vie à tout jamais. «Tu te sens déprimée, t’as pas de job, t’as pas d’argent, ton chum te trompe, le chien de la voisine pisse sur tes bégonias? T’en fais pas, j’ai la solution à ton problème: une épaisseur de crème hydratante au sperme de béluga soir et matin et tu vas te sentir rajeunir de dix ans !!» C’est clair que ces télévangélistes de faux bonheur exploitent la crédulité des pauvres gens; mais ne sommes-nous pas tous un peu vulnérables lorqu’on nous promet amour, gloire et beauté?
Ce qui me fait le plus «rusher» dans tout ça, c’est que ces tristes individus sont devenus les nouveaux psychologues de l’an 2000. Au secours! Dis-moi pas que j’vas être obligée de raconter ma vie à mon blender!!
En attendant que la face du frère André apparaisse sur mon toaster, j’vas aller me pomper les totons, pis me durcir la bédaine, parce que dans très peu de temps, c'est la célébration annuelle de la pilule d’extase et du corps gras stéréoïdé qui prendra place au Stade Olympique.
Ah ouiiii, emmenez-en des méchants garçons, chu capable d’en prendre!
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