«Swinging in the rain»

Pour en finir avec le défilé

Mado Lamotte
Commentaires

La vie reprend son cours normal. J’dis pus rien sur le Gai Pride, j’veux pus rien savoir, j’prends un break de tapettes pour un bout et je retourne voir mes p’tits danseurs straights se shaker le hot-dog au Stock. (surtout depuis l’arrivée de la danse à 10$, ils n’ont jamais été aussi cochons, grrrr!) Chicanez-vous tant que vous voulez à savoir si c’était vraiment une des parades les plus plattes qu’on ait vue, mais si vous avez regardé passer le cortège de chars les bras croisés le long du boulevard René Lévesque, j’veux pas vous entendre chialer.

Oui, c’est pas mal moins flyé qu’avant pis j’trouve ça aussi effrayant que vous autres que CKOI et Coca Cola se retrouvent là juste pour faire de la pub, mais si les gouvernements donnaient autant de subventions à Divers/Cité qu’aux festivals de Jazz et Juste pour Rire peut-être que Divers/Cité aurait les moyens d’engager un directeur artistique qui pourrait aider les groupes communautaires à faire des plus beaux chars. Pis si les clubs avaient pas boycotté pour une niaiserie de cash ça aurait sûrement fait une différence. Faudrait peut-être aussi que le monde qui regarde le défilé se déguise, danse, crie, siffle, fasse du bruit, lance des confettis, des serpentins, des ballounes pis je sais pas, moi, mais ça m'exaspère toujours de voir que ceux qui critiquent le plus ce sont souvent ceux qui en font le moins. Le jour où vous mettrez autant d’énergie à organiser un des plus gros festivals gais d’Amérique, vous viendrez me revoir pour vous plaindre. En attendant, moi, j’m’en vas profiter des derniers jours de l’été. Là, j’veux juste m’effouerrer la bédaine à l’air devant l’étang du parc Lafontaine à regarder les familles de canards et les pédalos jaune banane se la couler douce. J’aime aussi faire le tour du parc à vélo et observer les gens. J’aime bien voir comment les gens passent le temps. Je laisse mon âme vagabonder à travers les chemins de plus en plus dépourvus d’arbres du parc Lafontaine. Ce que j’aime surtout, c’est d’y aller quelques heures avant que le soleil se couche. J’m’allume un bon pétard, j’me fous de la techno dans les oreilles et je buzze. J’arrête un peu partout et j’observe. Je ris beaucoup aussi. Je sais pas si c’est le pot, mais c’est tout de même fascinant, les niaiseries que le monde peuvent faire pour se distraire. Une gang de macro-biotiques et d’anorexiques de 40 ans font du Tai-Chi à côté de la statue de Félix Leclerc. J’me retiens pour pas leur rire en pleine face. Deux super blondes en maillot fluo font du ballet jazz en roller blade. J’me retiens pour pas les pousser dans l’gazon. Je croise une trentaine de pitounes de 16 ans en robe cocktail, pantalon capri, talons hauts ou running shoes plate-forme. J’me retiens pour pas foncer dans l’tas. Un gros monsieur et sa grosse madame mangent des sandwichs pas de croutes sur une table à pique-nique à côté du stationnement. Ca vaut la peine de se ramasser dans un parc pour manger en face d’une rangée de chars. Je roule à toute vitesse sur le terrain de pétanque. Je soulève un nuage de poussière et les insultes me retombent dessus avec l’accent de Marseilles. S’ti que chu baveuse. I love it! Pendant que de jeunes Joni Mitchell en robe indienne se shakent le cul pieds nus dans l’herbe, des dieux hippies tapent sur des tam-tams une rouleuse au coin de la bouche. Je bande. Viarge que c’est beau de voir ça, la jeunesse qui s’éclate. Moi je comprends pas les gens de mon entourage qui me disent qu’ils ne voudraient jamais revivre l’époque de leurs 18 ans. À moins d’avoir été un jeune martyr, à 18 ans, on découvre la vie, on apprend, on expérimente, on s’émerveille, on s’excite, on pense pas avant d’agir, on analyse pas tout et surtout, on est pas encore blasé. J’dis pas qu’à 30 ans on s’ennuie, mais quelquefois, j’trouve qu’on réfléchit un peu trop longtemps et qu’on agit de moins en moins. C’est bon, de temps en temps, de se laisser aller à ses impulsions du moment. Improvisez, mes chéris! Agir sans réfléchir ça peut avoir des conséquences, mais viarge que c’est excitant! Ceux qui me disent qu’ils attendent d’avoir une stabilité et une sécurité financière pour faire quoique ce soit m’épuisent. Cibole, c’est quoi ce trip-là d’attendre à 65 ans pour commencer à profiter de la vie? Wake up and smell the tequila, darling. À quoi ça sert d’avoir deux chars, une maison, une piscine creusée, un chalet, un yatch pis un membership au plus chic club de golf des Laurentides si tu passes ta vie à rembourser des dettes! Arrêtez d’investir dans votre futur pis profitez un peu du présent, viarge! Madeleine, du calme, tu vas va passer pour une révoltée, pis tu vas encore te faire garocher des butchs de cigarettes quand tu passes en face du Complexe Desjardins. Merde, c’est vraiment pas cool man, l’été est quasiment fini pis j’ai l’impression que je l’attends encore. Il pouvait pas pleuvoir plus, cibole! J’ai pas hâte de voir le moral du monde au mois de Novembre. Chu même pas allé à La Ronde, viarge, pis elle est déjà fermée! Il ne me reste même pas un mois pour faire tout ce que je m’étais promis de faire au début de l’été. Ça, c’est comme les résolutions du Jour de l’An, je fais même pas le quart de ce que je m’étais dit. Aye, je me suis même acheté le Guide du Québec, la folle. Cibole, tu voulais vraiment, Madeleine LaMotte! Peux-tu croire, ma noire, j’étais partie en peur quelque chose de rare, je voulais faire le tour du Québec à vélo. N’importe quoi! Pourquoi pas la traversée du lac St-Jean à la nage? J’avais même décidé de faire du camping, toé chose. Aye faut le faire, j’me suis même rendue chez Canadian Tire pour m’acheter une tente. Criss, m’acheter une tente! Non mais tu vois ben qu’est folle, viarge! À quoi j’ai ben pu penser moi là! Devenir comme ça «la Pocahontas des Cantons de l’Est»? Vraiment, des fois je pense que je devrais diminuer le cognac. À moins que ça soit le pot qui me fasse dire n’importe quoi. Faire du camping, penses-y deux minutes, maudite folle, t’as même pas été remplir la bonbonne de gaz du BBQ de l’été. J’espère que t’avais prévu de manger ben des sandwichs au jambon cuit ma cocotte. Tant pis, les Cantons de l’Est vont être encore là l’année prochaine, je suppose. En attendant, j’vais aller prendre des marches sur le Mont-Royal et dans les sentiers de l'Île Ste-Hélène. Pour évacuer le stress, y’a rien de tel qu’une bonne bouffée d’air frais dans les buissons du grand Montréal pour profiter des quelques jours de chaleur qu’il reste avant l’arrivée de la grisaille d’automne.

Mon CD de l’été : j’hésite entre les pitounes de Destiny’s Child et le suave dieu latin Elvis Crespo. Tout ce que je peux dire, c’est que si j’entends une autre fois l’ostie de toune énervante de Lara, tassez-vous de mon chemin, parce que j’casse toute!
Mes films de l’été : ex-aequo: les poules hilarantes de Chicken Run et les super héros en collants sexys de X-Men. Ah oui, Wolverine, griffe-moi, fouette-moi, vas-y, fais-moi mal mon gros méchant loup.
Le toune de l’été : même si chu pus capable de l’entendre, Desert Rose de Sting. Les yeux dans la graisse de bines sur la micro piste de danse du Stud pendant que je me fais flatter la bédaine par un beau poilu, c’est aussi bon que de se faire gruger le radis par un jeune fif bien chaud.
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