Moumoune Land

En cette période de déménagement...

Mado Lamotte
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Sur ma planète il y a des choux et des roses. Le chou est grandiose. Il est robuste et fier. La rose est magnifique. Elle est fragile et délicate. Le chou et la rose s’aiment. Quelques fois le chou aime un autre chou et la rose s’endort dans les bras d’une autre rose. Et c’est très bien comme ça. Mes p’tits chéris d’amour, comment allez-vous? La mauvaise température des dernières semaines ne vous démoralise pas trop? Moi pas du tout. J’ai le pied dansant et le coeur tout léger. Mais non, je ne suis pas en amour. En fait, oui je suis en amour, avec la vie.
Ah la joie d’être moumoune! La fête de la fierté gaie bat son plein et je célèbre la vie, entourée d’amis. Bout de viarge que c’est too much de fêter l’amour en harmonie. Aye, ça a vraiment l’air super cool la vie de tapettes! «Mais ce l’est Mado, ce l’est!» En tout cas, c’est ce que semble croire une de mes chums de femme avec qui je discutais du sujet. Moi, d’un bord, je me plains que les gais sont de plus en plus straights et que tous les beaux gars sont hétéros et elle, de son côté, me dit que ce n’est pas vrai, les gais sont beaucoup plus beaux et plus épanouis que les hétéros. C’est vrai que le gazon est toujours plus vert dans la cour du voisin et en pleine fierté gaie, c’est ben difficile de penser le contraire.
Montréal est une ville de plus en plus reconnue pour son ouverture d’esprit, sa joie de vivre et ses belles femmes (en tout cas, c’est ce que disent tous les Français qui viennent s’installer ici), mais côté beaux mâles, j’vous dis que ça va prendre du temps avant qu’on arrive à la cheville des Espagnols et des Italiens. Mais je dois quand même avouer qu’on retrouve bon nombre de beaux spécimens de bébés parmi nos chères moumounes adorées. Le hic, c’est que le Village est bien petit et qu’on en a vite fait le tour. Et dans mon cas, plus je vieillis, plus le choix est réduit. Soit que je les ai tous passés ou soit que ça fait tellement longtemps que je les croise dans les bars que j’ai l’impression d’avoir gardé les moutons avec eux. Mais patience, Madeleine, la fierté gaie devrait t’amener ta dose de beaux touristes pour te rassasier jusqu’au prochain Black & Blue.
Eh oui, mes cocos, la semaine de fierté gaie s’en vient, et si les patrons de bars qui refusent de faire la parade (qu’ils ne passent pas un an à organiser sans subventions) parce qu’ils n’ont plus les profits de la bière vendue à l’extérieur (qu’ils vont vendre à la tonne, de toute façon, cette semaine-là, à l’intérieur de leurs bars bourré à pleine capacité) décident enfin de se rallier derrière la gang de Divers/Cité (qui fait quand même une cristie de bonne job avec les peanuts qu’ils recoivent des gouvernements) ben on risque d’avoir un ben beau party! Force est de constater que le «gai pride» est en train de devenir un des plus gros happenings du genre en ville avec son demi-million de personnes qui célèbrent un peu partout dans les rues de Montréal. J’imagine que les gens qui regardent ça chez eux, devant leur télé, se disent qu’on est un méchante gang de beaux trippeux.
Oui, je vous l’accorde, les gais aiment faire la fête et s’envoyer en l’air. Mais n’est-ce pas dans la nature de tous les humains? Qu’on soit homo, hétéro, bi ou aux autruches, on aime tous rire, s’amuser et baiser, non? Faut pas se le cacher, mes touts p’tits, s’il existait des saunas mixtes, chu à peu près certaine qu’ils seraient plein à craquer tous les soirs. En tout cas, moi je serais la première à me garocher. Peut-être que je pourrais enfin vivre mon fantasme de ménage à trois avec un couple d’échangistes! Parce que j’ai beau rêver que je m’abreuve au bénitier d’une gazelle, mais ça me prend quand même mon bâton de chair d’orignal pour me rincer la bouche entre chaque gorgée!
Comme je le faisais remarquer à ma chum de fille, l’avantage du gai sur l’hétéro, c’est qu’il peut vivre sa sexualité un peu partout où bon lui semble. Par exemple, quand ma coloc est en manque de peau, elle se crosse. Moi, par contre, quand j’ai envie de m’envoyer un 8 pouces derrière la cravate, il y a le sauna, le peepshow, les lignes érotiques, les danseurs, la nature, les toilettes de chez Simmons et la rue Panet. Mais est-ce une bonne raison pour dire que les homos sont plus épanouis que les hétéros?
Je connais de plus en plus de gais qui jouent au bon petit garçon bien masculin qui refuse toute féminité, et j’en connais d’autres aussi qui ne jurent que par le modèle du petit couple straight de banlieue. Personnellement, j’ai rien contre l’idée de m’accoupler un de ces quatres, mais la banlieue ça me donne des boutons. Et je les trouve tout à fait mignons et charmants les p’tits garçons de bonne famille dans leur joli petit chandail polo fraichement pressé et leur chouette casquette de baseball qui est en train de leur faire perdre le peu de cheveux qui leur reste.
Mais cibole, les gars, essayez pas de changer la nature. Acceptez votre différence et arrêtez de faire semblant d’être autre chose en vous privant de faire la folle. J’en entends déjà me dire : «Oui mais Mado, c’est pas parce que je suis gai que je suis obligé d’être folle.» Je l’sais ça, mais t’es pas obligé de faire semblant d’être straight non plus!
Ça me fait un peu penser à certains Québécois qui vivent aux États- Unis et qui me disent : «Tu sais, Mado, moi, je ne me suis jamais vraiment identifié à la culture québécoise, un peu trop quétaine à mon goût. Dans le fond, j’ai toujours su que j’avais plus d’affinités avec la culture américaine.» Aye le snob, tu peux ben renier tes racines tant que tu veux, mais je sais pas si tu réalises que les Américains que tu chéris tant carburent au gras en format familial et au deux litres de Pepsi. Ils passent leur temps à s’envoyer chier en pleine télé, viarge! Et ils n’ont aucun respect pour la vie privée des gens. Dans plusieurs états même, l’homosexualité est encore condamnée, cibole! Et la moitié de la communauté gaie de Los Angeles vit sur les prozacs et les stéroïdes anabolisants. Un cristie de beau peuple! Il n’y a vraiment pas de honte à être unique et différent, vous savez.
La masse, c’est bon pour les suiveux et les gens sans imagination. Oui, oui, je sais, c’est partout pareil et y’a ben des straights qui sont encore plus pognés que les gais, mais il y a aussi des curés qui ne respectent pas leur voeu de chasteté.
La nature est ainsi faite, mes agneaux. D’un bord, il y a ceux qui font semblant et de l’autre, il y a ceux qui le font pour vrai!
Le problème, c’est qu’on a tendance à généraliser et à foutre tout l’monde dans le même bateau. Les gais qui s’affichent et les straights intolérants ne représentent pas l’ensemble de la population.
L’erreur de ma chum, c’est de comparer l’ensemble des hétéros avec les gais qui s’éclatent en discothèque. C’est comme si je disais que tous les hétéros sont cons après avoir visionné la vidéo des Boys. Ce que ma copine semble oublier, c’est qu’il y a une méchante gang de gais qui ne sortent pas parce qu’ils ont de la difficulté à accepter leur homosexualité ou qu’ils n’en ont rien à cirer d’aller cruiser; certains sont renfermés, gênés, insécures ou ont choisi de cacher leur identité sexuelle pendant que d’autres sont tout simplement en train de filer le parfait bonheur avec leur blonde ou leur chum. Et aussi, il y a ceux qui couchent avec des gens du même sexe mais qui n’ont pas envie de crier sur tous les toits qu’ils sont gais. Pis c’est ben correct de même.
La variété, c’est ça qui fait la richesse de notre communauté. Et c’est sûrement pas en se comparant aux autres qu’on va renforcer notre identité.
Bout de viarge! Mado Lamotte, veux-tu ben me dire ce que tu viens de fumer? Depuis quand tu philosophes de même, toé? Change pas de pusher, ma noire, t’es quasiment en train de dire quelque chose de sensé!
Dans le fond, mes touts p’tits, gai ou straight, l’épanouissement, ça commence par l’acceptation de soi et le respect des idées d’autrui. Mais voulez-vous ben m’dire pourquoi c’est quand ça parait si simple que ça devient si compliqué? C’est ce que j’aime de la nature humaine, dès qu’on pense qu’on a tout compris, on se r’vire de bord pis on r’commence à tout analyser.
Joyeuse fierté gaie, mes poussins.
[email protected] www.mado.qc.ca