Ôde au printemps

Mado Lamotte
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Des fois la neige tombe jusqu’en Juin. Des fois la lune cache le soleil. Quand j’vois la passion dans vos yeux, j’me dis qu’l’amour c’est pas niaiseux. Des fois j’me dis que toute ça c’est pour moi. Mais ça se passe pas toujours comme ça. C’est ben correct, parce que j’ai pas besoin de tout ça pour être heureux. Un peu d’amour, un peu d’affection, du bon vin et de bons amis. Ah oui mes enfants, l’amour est dans l’air, tout partout autour de moi. Je sais pas ce qui m’arrive, tout à coup je me sens revivre. Fini l’hibernation et les longues heures à jouer aux cartes sur mon ordinateur. Au matin quand je m’éveille, avec les premiers rayons du soleil, je sais pas si j’ai des visions, est-ce un rêve ou une illusion, je le sais pas si je deviens folle ou ben donc si c’est l’alcool, mais me semble qu’il y a quelque chose de changé dans l’atmosphère. Les bourgeons sont à la veille d’éclore, on entend déjà les petits gazouillis des zoiseaux, le printemps n’est pas loin, ça se sent. Ca sent donc bon le printemps. Enfin on respire un peu d’air frais. Ca fait changement des -40 degrés du mois de Janvier où je me gelais les poils de nez à chaque respiration. Les villageois ont retrouvé leur sourire, les pigeons reviennent nous envahir, les vélos surgissent de tous les coins de rue et les squeegees sont de retour au poste. Ah j’vous dis que j’hésiterais pas longtemps si un de ces sexys petits ramasseux de butchs de cigarettes offrait de me lécher le pare-brise. Grrr, n’importe quand mon minou. Oui mes amours, aujourd’hui tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, et moi je dis, “Bonjour la vie”, miaooooow! J’ai enfin rangé ma grosse peluche en chinchila rose et mes bottes lunaire en poil de lama. J’enfile une petite laine, j’garoche ma chatte Shirley dans le fond de son pousse-pousse “Hello Kitty”, je remplis ma fausse sacoche Louis Vutton de condoms, je prends une bonne sniffe de feuilles pourries et je m’en vais faire la Ste-Catherine en gambadant gaiement comme une jeune pucelle de couvent, le cul en l’air, prête à me faire renifler la rosette par le premier mâle en chaleur venu. Je m’arrête un instant pour reluquer les bobettes dans la vitrine de chez Priape, je bave devant les formes trop parfaites du mannequin. Viarge, me v’là en train de bander devant un bonhomme en plastique. Vite à l’Adonis pour calmer ma faim. Quand je suis en manque de même, je m’enferme avec Nana ou Lady Vidanges, mes chums de brosse, et je me fais swingner une couple de p’tites graines bien fraiches dans la face pendant une couple d’heures. Que voulez-vous, je suis une obsédée sexuelle qui s’affirme et ça me prend ma dose de chair crue le plus souvent possible. Je poursuis mon chemin et je croise un couple de jeunes moumounes. On discute beau temps, chiffons et p’tits bedons. Eh oui mes enfants, le doux printemps ne signifie pas seulement le retour de la belle saison et les nouvelles collections. C’est aussi la panique chez tous ces beaux garçons qui sont, à mon avis, un peu trop soucieux de leur apparence physique. Je ne veux pas vous faire “rusher” les boys, mais il vous reste à peine quelques semaines pour vous débarrasser de votre gras d’hiver et de ces vilaines poignées d’amour qui vous donne des allures de bouée de sauvetage. Et vous mesdemoiselles, vite au gayrobic de ma chum Katherine St-Jean pour faire disparaitre cet encombrant bacon de cuisses si vous voulez être en mesure de parader dans vos jupettes Diesel sur la terrasse du Unity cet été. Non mais ce qu’on peut être vaniteux! Et comme on peut en perdre du temps à se regarder le nombril mes touts petits. C’est presque désolant de voir à quel point nous sommes obsédés par notre corps. Moi la première, y’a pas une journée où je me tâte pas la bédaine en rêvant d’avoir un beau ventre lisse et dur d’adolescent. Voyons donc ma pauvre Mado, t’as pus dix-huit ans ma noire! Ah si seulement on enseignait aux gens à s’aimer tel qu’ils sont et si les maniaques du corps parfait passaient plus de temps à se muscler la cervelle, y’aurait un peu moins de nonos pour regarder “La fureur”. La tête légère et les cheveux dans le vent, je continue mon errance en direction de quelqu’endroit de chauds délices printaniers. Les hommes tournent la tête à mon passage. Un superbe arabe, le visage traversé d’un seul sourcil bien touffu, me fait un clin d’oeil à faire mouiller ma petite culotte. Ah mes chéris, moi la peau foncée, j’adooooore! Les fashions victims dans la fenêtre du Presse Café m’envoient la main. Doux Jésus, dis-moi pas que j’vais pogner cet été? Ca doit être le pousse-pousse qui les attendrit. J’admire ma réflexion dans les vitres teintées de l’Aigle Noir. L’image de vieille fille pochée que me renvoie la glace me fait penser à la reine de Blanche Neige qui réalise qu’elle ne sera plus jamais aussi attirante qu’elle le souhaiterait. Mais loin de me déplaire, ce nouveau visage un peu vieilli, mais combien plus épanoui, affiche une certaine maturité et de la sérénité. Sous l’éclat des rayons lumineux de ce chaud soleil de printemps, je vois défiler, sous mes longs faux-cils en papier argenté, le film de ma vie de starlette de cabaret et je me sens bien. Oh yeah baby, I feel good. T’as de beaux yeux tu sais ma chérie! Me v’là rendue que je me flatte l’orgueil maintenant. Et pourquoi pas? Si j’attends toujours après les autres pour me faire des compliments, je risque d’attendre longtemps. Allez, tous à vos miroirs et répétez après moi : Je suis belle et irrésistible... grrrrrr. Le printemps c’est aussi le retour de la drague en plein air et des insécurités sexuelles qui reviennent infailliblement après un dur hiver passé tout seul à se tripoter le minou devant les images déformées du canal 55. Mais attention mes enfants, je n’attendrai pas que la marmotte ait vu son ombre pour me lancer à la conquête d’un beau cochon pour calmer la fièvre animale qui habite mon corps tout entier. J’vous jure, si je me retenais pas, j’enlèverais ma blouse en taffetas, j’me sortirais les boules sur la Ste-Catherine pis j’crierais : “Y’as-tu quelqu’un qui a soif? Parce que j’ai un immense besoin d’me vider!” Ah cibole, j’pense que je viens d’attraper la fièvre du printemps! Comment vais-je faire pour résister à tous ces beaux machos qui vont bientôt déambuler fièrement, le torse bombé, la tête haute et le lunch bien en évidence? J’ai l’impression que ça prendra pas grand chose pour réveiller ma chatte endormie. Le premier p’tit poussin qui me dit allo, je l’emmène dans la ruelle en arrière du Sky pis j’y saute dessus. “Envoye mon minou, baisse tes culottes que j’te gruge la quenouille”. J’espère que la nouvelle saison nous amenera un peu de chair fraiche venue des régions pour agrémenter mes futures ballades dans les buissons du parc Lafontaine et les sentiers tortueux du Mont-Royal. Pas que je suis tannée des gars de Montréal, mais à l’âge où je suis rendue, ceux qui m’intéressent et qui n’ont pas encore vu la couleur de mon entre-jambes se font de plus en plus rares. Si comme moi, vous sentez monter en vous un désir incontrolable de vous faire brouter le minou, c’est le temps où jamais de sortir de votre trou. Avec le printemps qui s’installe, les mâles en chaleur vont bientôt quitter les salles de Gym et envahir les rues du Village. Garochez-vous, envoyez vous en l’air au max, soyez pervers, soyez guidounes, bandez, fourrez, plottez et tandis que vous y êtes, shootez en une à ma santé. Joyeux printemps mes p’tits cochons.