Au-delà des frontières

Droits gais = Droits humains

Yves Lafontaine
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À Sao Paulo, au Brésil, en 1999, un goupe néonazi a déposé une bombe dans les bureaux de Amnesty International. Personne ne fut arrêté ou inculpé. Le groupe poursuit ses activités en menaçant la vie des activistes travaillant pour les droits des gais et lesbiennes, des noirs et des Juifs brésiliens.

Au Liban, le directeur du fournisseur Internet du site gai et le directeur de l’organisation libanaise des droits de la personne ont été récemment traduits devant un tribunal militaire et accusés d’avoir «terni la réputation de la brigade des moeurs» en publiant un texte dénonçant une descente de cette brigade dans les locaux du fournisseur Internet. Ils purgent actuellement une peine de trois ans et trois mois de prison.

Enfin, à Guatemala City, deux transsexuels ont été assassinés l’été dernier, ce qui porte à six le nombre de ce type de meurtres commis cette année. La police les soumet d’ailleurs à divers abus incluant les menaces, le harcèlement et le viol, comme elle est soupçonnée de complicité de meurtre. Des millions de gais, de lesbiennes, de bisexuel(le)s et de transsexuel(le)s, partout dans le monde, ne peuvent même pas imaginer la possibilité de faire leur sortie, craignant que cette révélation de leur véritable identité résultera en mépris et en persécution.

Cette peur est justifiée. Non seulement les personnes qui sont soupçonnées d’être gaies, lesbiennes, bisexuelles ou transgendrées sont-elles soumises à du harcèlement, à une sévère discrimination et à des violences de la part des autres citoyens, mais, dans plusieurs pays, elles peuvent être battues, emprisonnées et parfois tuées par leur propre gouvernement uniquement pour avoir eu des relations homosexuelles. Bien que des lois nous protègent maintenant au Québec et au Canada, les gais et les lesbiennes comprennent la peur que ressentent ceux qui vivent dans le secret, car ils ont tous vécu une telle expérience à divers niveaux.

Je me rappelle aussi, lorsque j’étais plus jeune, avoir été choqué par des injustices que l’on faisait subir à quiconque paraissait différent, soit parce que cette personne était immigrante, d’une autre ethnie ou appartenant à une minorité raciale. Quand je réfléchis sur la raison qui me poussait à m’intéresser à d’autres cultures, à l’injustice et à cette notion de différence, je crois que c’était là un moyen de reconnaître en moi la différence. Je sais maintenant non seulement reconnaître et être fier d’être gai, mais admettre également qu’il n’existe aucun moyen de fuir l’injustice et la violence vécues au quotidien et que nous devons travailler ensemble à faire du monde un endroit sécuritaire et tolérant.

La communauté gaie et lesbienne est un microcosme de la société. Nous devons considérer nos droits comme partie intégrante des droits humains de tous, affirmer que notre identité, au-delà de tout, est humaine et ne concerne pas seulement les problématiques gaies et lesbiennes. Ainsi, nous devons apprendre à voir au-delà des frontières, quelles que soient ces frontières. Cela signifie que nous serons touchés autant par la torture et le viol subis par ce couple de lesbiennes dans une prison brésilienne ou l’exécution de ces hommes accusés de sodomie par le gouvernement de l’Afghanistan que nous l’avons été par les actes de violence qui font les premières pages de nos quotidiens.

Nous devons protester contre le meurtre haineux du transsexuel de Harlem ou du Guatemala aussi rapidement que lors de la mort brutale de Matthew Sheppard (le jeune étudiant du Wyoming). Quand nous considérons nos droits comme partie intégrante des droits humains, nous reconnaissons notre lutte comme inextricablement liée à celle de tous les droits humains. De cette manière, notre demande de tolérance et de respect doit aussi affirmer sa solidarité avec l’humanité entière.