Le métal précieux devenu quotidien

Aluminium et design

Claudine Metcalfe
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Aussi précieux que l’or, lorsqu’on a commencé à le produire en Europe au milieu du dix-neuvième siècle, l’aluminium fait maintenant partie de notre vie quotidienne. Avec Aluminium et design, le Musée des beaux-arts a rassemblé 180 œuvres utilisant l’aluminium réalisées de 1850 à nos jours. Cette exposition montre comment l’aluminium et ses propriétés particulières ont inspiré les créateurs dans des domaines aussi divers que la sculpture, le mobilier, la joaillerie, l’architecture, la mode, ainsi que dans des outils industriels, dans la robotique et l’industrie spatiale. À la fois brillant, solide, léger, conductible et résistant, l’aluminium est une matière privilégiée par bien des créateurs. L’exposition Aluminium et design regroupe d’ailleurs des œuvres conçues, entre autres, par des créateurs aussi célèbres que René Lalique, Jean Prouvé, Marcel Breuer, Frank Lloyd Wright, Russel Wright, Gio Ponti, Ludwig Mies van der Rohe, Charles Eames, Eero Saarinen, Philippe Starck et Isamu Noguchi.
Avec le plastique, l’aluminium est le matériau qui a le plus marqué le monde industriel et la vie quotidienne des cent dernières années. Bien que les savants et chimistes connaissaient l’existence de l’aluminium présent dans la croûte terrestre, ils ne savaient pas comment en l’extraire. En 1854, le Français Henri Sainte-Claire Deville met au point un procédé chimique permettant d’extraire des quantités suffisantes de ce métal, mais il faudra attendre 1886 pour que Charles Martin Hall (en Amérique) et Paul Héroult (en France) découvrent le procédé par électrolyse pour que commence la production industrielle de l’aluminium.
Dès 1906, on l’utilise en architecture. Dans les années 1930 et 1940, il symbolise la modernité. Les créateurs et les fabricants exploitent pleinement ses qualités pratiques, notamment dans la sphère domestique. En Amérique du Nord, l'aluminium se prête parfaitement à l'esthétique du Streamline et à ses lignes pures, lisses. Après la guerre, les cuisines se remplissent de casseroles et d’ustensiles en aluminium, sans compter les appareils ménagers, les BBQ et le mobilier. L’Américain Warren McArthur construit des sièges élégants en tube d’aluminium ainsi que les designers européens comme Marcel Breuer et Charlotte Perriand.
Depuis, l’aluminium a trouvé sa place dans tous les domaines grâce à la facilité avec laquelle on peut le recycler, des contenants de Coke aux châssis d’automobiles. La mode s’est emparée du matériau et, en 1999, Paco Rabane a créé une robe en aluminium et acier qui peut se marier aux sacs à main et chaussures de Ferragamo!
De nos jours, l’aluminium est partout et le mobiler en aluminium ne se démode pas, au contraire, il revient en force dans les boutiques, tant dans les brocantes offrant le style fifties que dans le mobilier actuel. C’est son aspect solide et durable qui le met et le remet à la mode, mais également sa brillance.
Plusieurs pièces de mobilier figurent dans l’exposition, dont l’étonnante chaise longue Lockheed Lounge (1985) de Marc Newson, à l’aspect aérodynamique, et les chaises de Ron Arad, d’abord fabriquées en aluminium, puis en plastique.
Les amoureux de design seront ravis par la commode Alba, d’Andrea Anastasio (réalisée en 1999), faite de bois laqué, de placage d’aluminium et de résine. De forme simple, la commode, éditée en 12 exemplaires, est remarquable par la brillance que reflètent ses surfaces lisses comme un miroir.
De l’Américain Forrest Myers, on pourra admirer l’inusité tabouret Thicket (en 1991) en aluminium anodisé. Composé de fils pourpres et verts qui serpentent sans début ni fin, ce tabouret est surprenant et annonce le mobilier curieusement dématérialisé des années 1990.
Le Japonais Shiro Kuramata expose sa chaise Miss Blanche (de 1988), faite d’acrylique, de fleurs de papier et d’aluminium anodisé.
Pour sa part, Edgar Bartolucci, un Américain, présente sa chaise longue de salon, la bercante Barwa conçue en 1947. Sa structure tubulaire a fait école et des milliers d’édules sont apparus depuis, tant pour l’extérieur que l’intérieur.
Tout au long du vingtième siècle, l’aluminium a connu les aléas des cycles économiques et a dû s’adapter à l’évolution des modes de vie et de consommation. Il a été perçu différemment selon les gens et selon les époques.
Une chose est certaine: sans ce métal, la vie au vingtième siècle aurait été très différente et le design moins étincelant...
ALUMINIUM ET DESIGN, jusqu’au 4 novembre 2001, au pavillon Michal et Renata Hornstein du Musée des beaux-arts de Montréal, 1379, rue Sherbrooke Ouest. Info : (514) 285-2000. Entrée : 12$.