À propos dDe mariage, des enfants et de l’argent

Qui a dit que nous étions différents?

Yves Lafontaine
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Les gais et les lesbiennes, seuls ou en couples, s’aperçoivent qu'ils sont aussi des parents potentiels, des nouvelles familles de demain. Ils sont de plus en plus nombreux(ses) comme France, Claudine et David à vivre cette aventure. Les gais et les lesbiennes n'ont plus à faire le deuil de l'enfant comme les générations passées. Ils ont maintenant le choix de succomber ou non à leur désir de parentalité. Enfin presque... Puisque les législations actuelles ne les favorisent aucunement — elles les découragent devrait-on même dire — au niveau des droits parentaux, de l'insémination et de l'adoption.

À côté de ces familles, Michael et René — comme d’autres couples plus silencieux — réclament le mariage. Le mariage officiel d’un couple qu’ils forment de fait depuis 28 ans. Rien n'est plus banal dans notre société qu'un couple qui décide de se marier, sauf quand les partenaires sont de même sexe. Bien que l’institution du mariage se soit adaptée à l’évolution de la société par le passé (les tâches et le rôle de la femme, les mariage interraciaux, etc.), les législateurs hésitent encore à en finir une fois pour toutes avec la question des droits et refusent de reconnaître le mariage entre personnes de même sexe.

En somme, rien, dans nos sociétés, n'est moins bien partagé que les valeurs du mariage ou que celles de la famille. Pour nos gouvernants, il semble que ces valeurs doivent rester essentiellement hétérosexuelles, bien qu’une majorité de Canadiens et de Québécois soit en faveur du changement.

Le gouvernement du Québec serait prêt à déposer un projet de loi créant un contrat d’union civile pour encadrer les unions de même sexe et élargir ainsi la reconnaissance de ces couples. Mais ce contrat, a-t-on appris, évitera d’aborder la question des enfants. Pourtant, nombre d’entre nous en ont, voudraient en avoir ou en auront. Et quelle valeur ce contrat d’union, spécifique aux homosexuels, aura-t-il? Ne sera-t-il qu’un moyen supplémentaire de nous faire sentir différents des autres?

On nous donne l’impression que, comme groupe particulier, on ne peut obtenir que des droits particuliers, un statut particulier.

Dans un tout autre ordre d’idées, nous avons appris, au cours du dernier mois, que Montréal accueillera plusieurs événements gais internationaux. Non seulement Montréal a été choisie ville hôte pour les 7e Jeux gais qui se tiendront en 2006, mais elle accueillera également le Festival de chorales gaies et lesbiennes, la Conférence annuelle d’Interpride, le Festival International gai de danse et musique country et la Conférence des directeurs et managers de chorales gaies et lesbiennes. Les gouvernements ont été parmi les premiers à se réjouir. Ils n'ont surtout pas hésité à souligner les importantes retombées économiques pour Montréal et le Québec. Ils sont donc conscients que nous sommes une communauté qui contribue grandement à l’économie de la province et du pays.

Visiblement, l'argent n'a pas d'orientation sexuelle. Les lois si. Si certaines changent — les lois 23 et 32 ont permis la reconnaissance des conjoints de fait —, certaines restent hétérosexuelles, au mépris des Chartes des droits qui existent pourtant. Nous sommes en droit de nous demander si nous ne sommes des citoyens à part entière qu’au niveau économique.