Lutte contre le VIH

Des traitements plus efficaces

André-Constantin Passiour
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Dr Réjean Thomas
Photo prise par © L'actuel

Cofondée en 1987 par les Drs Réjean Thomas et Michel Mar-chand, la Clinique médicale l’Actuel est encore, aujourd’hui, l’une des cliniques traitant le plus les patients atteints du VIH-sida au Canada. Si on mourait du sida avant l’apparition des trithérapies, en 1996, la recherche a fait des avancées et si bien d’ailleurs, que maintenant, certains patients ne prennent qu’une pilule ou deux par jour combinant ainsi les traitements.

Avec le temps, on a réussi à diminuer les effets secondaires nuisibles et la toxicité qu’entraînaient certains médicaments. Ces percées font que certains patients devant prendre plusieurs médicaments par jour autrefois peuvent maintenant bénéficier d’un traitement plus simple. Mais tout réside dans le dialogue avec son docteur. Nous avons ainsi rejoint le Dr Réjean Thomas afin de nous entretenir sur l’état actuel des traitements. 


Si une des nouvelles directives internationales veut que l'on traite plus tôt les patients infectés pour «booster» leur système immunitaire, le fait que les traitements ont été modifiés et sont plus faciles à prendre doit aider à la fidélité et ainsi améliorer l'état des patients, non?
 

On traite les patients plus tôt parce que le VIH détruit toujours le système immunitaire et que l’on veut stopper cette destruction et parce qu’on a de meilleurs traitements et plus simples maintenant. Ceci, évidemment, améliore la prise de médicaments, c'est clair. 

En quoi est-ce bénéfique, par exemple, pour un patient qui suit un certain traitement depuis des années, de changer pour une prise de médicaments à pilule unique ou deux par jour ?
 

Ceci n'est pas possible pour tous les malades. Il faut avoir un virus sans mutations. Mais si le patient n’a pas de mutations, alors c’est possible certainement. Il faut en discuter des différentes options avec son médecin. 

Autrefois, le régime de prise de médicaments était plus lourd et ceux-ci étaient plus toxiques, ce qui amenait une certaine réticence et hésitation chez les patients. En regard à leur simplicité, est-ce que cela encourage les patients à être plus fidèles et ainsi améliorer leur santé ?
 

Absolument. Autrefois, c'était compliqué, il fallait prendre de multiples médicaments à différentes heures et avec beaucoup d'effets secondaires. Aujourd’hui, ce n'est plus le cas. Les traitements sont de plus en plus simples et avec très peu d'effets secondaires. Ceci encourage les gens à se faire dépister et traiter plus tôt et à mieux suivre leur traitement.

Et ceci améliore la qualité de vie et la durée de vie des malades. Aujourd'hui, on dit qu'une personne séropositive avec un bon système immunitaire, donc sous traitement, a la même espérance de vie qu'une personne qui n’est pas séropositive. Les progrès sont immenses. Et en plus, le traitement réduit de façon très importante le risque de transmettre le VIH. 

Est-ce que ce genre de médicament a, également, facilité la tâche de médecins qui n'oeuvrent pas particulièrement en cliniques spécialisées comme l'Actuel, pour ce qui est de la relation médecin-patient aussi ?
 

Bonne question. Ça devrait, mais encore trop de médecins croient que traiter le VIH est compliqué. Ce qui n'est pas le cas. Cependant, les médecins en VIH comme ceux oeuvrant dans les cliniques spécialisées ont développé une expertise qui attire les malades. Par contre, c'est plus difficile en région. 

Est-ce qu'on utilise, justement, un traitement simplifié (une pilule par exemple) pour la PPE (prophylaxie post-exposition) ?
 

Pas encore. Le traitement recommandé demeure le Truvada et Kaletra car c'est plus sûr. Surtout si une personne avait été en contact avec un virus mutant. Les inhibiteurs de protéase comme le Kaletra sont préférables pour le moment. Cela étant dit, ça viendra probablement un jour. 

Est-ce qu'on observe toujours le même nombre d'infections à la clinique ou cela a-t-il diminué ?
 

Je dirais qu’il y en a, malheureusement, trop. Chaque cas est un cas de trop. Nous avons entre 10 et 20 nouveaux cas par mois. 

Est-ce que les jeunes font encore partie du lot de personnes infectées annuellement et en quelle proportion à peu près ?
 

Oui, les jeunes et les moins jeunes. Le groupe d'âge 30-40 ans est très touché. 

Depuis l'arrivée du test rapide de dépistage, est-ce que cela a encouragé les gens ou les jeunes à se faire dépister plus souvent et donc à se faire traiter plus tôt ?
 

Le test du VIH rapide est très important dans la lutte au sida. Des endroits comme «L'Actuel sur Rue» où l’on peut aller sans rendez-vous est intéressant. Mais il devrait y en avoir plus de ce genre d'établissement au Québec et pris en charge par la Santé publique. C'est quand même dispendieux pour L'Actuel. Aujourd’hui on dit que 25% des Québécois infectés par le VIH ne le savent pas et 15% chez les HSH (hommes gais ou bisexuels). Ça n’a pas de sens. Alors, il faut encourager le dépistage. 

En conclusion, nous avons fait des progrès énormes. Des traitements mieux tolérés, plus simples à prendre. Et dire que si on dépistait et traitait tout le monde le VIH n'existerait plus dans 10 à 15 ans. Car en plus, le traitement réduit de façon très importante le risque de transmettre le VIH.

Alors «Prévenir Dépister et Traiter» est la solution à la lutte au sida pour qu’on en finisse un jour avec cette maladie.

Et n'oublions pas tous ceux et celles morts du sida en ce 1er décembre Journée mondiale de lutte contre le sida. 


Pour terminer Dr Thomas, je crois qu’avec la technologie actuelle, on peut mieux s’informer par le web n’est-ce pas ? Par exemple, est-ce que le site internet de l’Actuel est très utilisé ? 

En octobre, le site a reçu 100 000 visiteurs durant le mois. Il s’agit d’un outil d’éducation et de prévention intéressant et efficace. Par exemple, nous avons développé une vingtaine de capsules vidéo de 2 à 3 minutes dans lesquelles un médecin expose un sujet particu-lier, par exemple, le dépistage, la PPE, la santé sexuelle LGBT. Le site présente également des dossiers plus complets, parmi lesquels l’éclosion du LGV (Lymphogranulome vénérien) à Montréal ou le VIH et le vieillissement. 

Infos : 514-524-1001 

www.cliniquelactuel.com