Croatie

Le référendum contre le mariage homosexuel porte un coup aux droits des gays en Croatie

L'agence AFP
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Hana et Iva sont deux Croates qui vivent ensemble depuis six ans et souhaitent se marier. Un voeu qui risque d'être compromis par la tenue dimanche en Croatie d'un référendum contre le mariage homosexuel, une démarche dénoncée comme discriminatoire par la communauté gay locale.

Cette consultation, approuvée par le Parlement début novembre, intervient à la demande d'un collectif conservateur baptisé "Au nom de la famille" qui a rassemblé sur une pétition quelque 700.000 signatures.

Les votants devront répondre à la question: "Êtes-vous pour que soit introduite dans la Constitution la disposition stipulant que le mariage est une union entre un homme et une femme?". L'actuelle Constitution ne dispose d'aucune définition du mariage.

"A la base, le problème est que l'État ne nous reconnaît pas et ne protège pas nos familles", confie Iva, une traductrice de 41 ans de Zagreb. "On vit relativement librement dans notre petit nid, mais, sorties de là tout s'écroule", dit-elle. Iva se réfère aux situations des couples homosexuels que la loi ne couvre pas, telle la question de l'héritage en cas de décès du partenaire, ou de la prise de décision en cas de maladie grave de ce dernier.

"Le plus dur c'est qu'il nous est interdit d'avoir des enfants et pendant ce temps notre horloge biologique est en marche", dit Hana, une journaliste de 40 ans. Selon un récent sondage, 53% des homosexuels de Croatie, pays très conservateur de 4,2 millions d'habitants, dont près de 90% sont de confession catholique, souhaiteraient se marier et plus d'un tiers voudrait avoir des enfants.

L'ex-république yougoslave qui a adhéré à l'Union européenne en juillet a parcouru un long chemin depuis sa première Gay Pride, en 2002, lorsque les participants à la marche ont été agressés par des extrémistes. Depuis, l'attitude envers les droits des gays s'est graduellement améliorée.

En 2003, la Croatie a accordé aux couples du même sexe les mêmes droits qu'aux hétérosexuels vivant en union libre, dont une sorte de reconnaissance de la communauté de biens. "La visibilité des personnes LGBT en Croatie s'est améliorée de manière significative au cours des dix dernières années", déclare Ljubomir Mateljan, un militant pour les droits des homosexuels. Des Gay Pride sont organisées régulièrement, les médias traitent du sujet plus souvent et les homosexuels qui déclarent publiquement leur orientation sexuelle sont de plus en plus nombreux.

Selon un sondage, 37% des homosexuels de Croatie ne cachent pas leur orientation sexuelle. Néanmoins, l'enquête révèle que 74% des homosexuels sont victimes de certaines formes de violences et 17% ont été victimes d'agressions physiques. "A la place des insultes directes, les homophobes utilisent désormais des méthodes plus subtiles tels que les appels à la protection de la famille et des valeurs traditionnelles", estime Gordan Duhacek, écrivain et militant pour les droits des homosexuels, en parlant du référendum.

Le gouvernement, de concert avec des militants éminents pour les droits de l'Homme ont exhorté les électeurs à dire "non" lors du vote de dimanche à une disposition qu'ils qualifient de discriminatoire pour la communauté homosexuelle. En revanche, la très influente église catholique croate, qui a publiquement qualifié l'homosexualité de "perversion" ou encore de "handicap", a appelé ses fidèles à voter "oui".

"Avant cette campagne et avec l'adhésion à l'UE, il nous semblait que la société était devenue plus tolérante et que la Croatie ne permettrait pas que nous nous sentions comme des citoyens de second ordre", fait valoir Iva. "Quoi qu'il arrive, nous continuerons à nous aimer et nous aurons nos familles que personne, ni l'État, ni les extrémistes de droite ne pourront nous prendre", souligne sa partenaire, Hana. Selon un sondage, 54% des électeurs disent vouloir voter "oui" dimanche contre 30% qui diront "non".