Gerontophilia - Entrevue avec Bruce LaBruce

Bruce LaBruce, éternel rebelle

Patrick Brunette
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Bye bye les scènes de cul osées de ses précédents longs métrages et place à une plus grande sobriété avec un film racontant la relation amoureuse de Lake, un jeune de 18 ans, avec… un vieil homme de 81 ans. Entrevue avec l’enfant terrible du cinéma canadien à qui aucun tabou ne résiste : Bruce LaBruce.

Il nous avait habitués à des films coup-de-poing, du cinéma queer provocant, dérangeant, jamais banal, avec des scènes de sexe qui ne laissaient rien à l’imagination. Ses personnages centraux étaient des skins, des prostitués, des punks et même des zombies, comme dans son précédent film lancé en 2010, L.A. Zombie, mettant en vedette l’acteur porno français François Sagat.
 
Mais voilà que Bruce LaBruce dévoilait l’été dernier, à la Mostra de Venise, un 8e long métrage qui ne ressemble en rien à ce qu’il a réalisé auparavant. Un film grand public, tout en douceur et en subtilité, qui fait le tour du monde des festivals de cinéma, créant la surprise partout où il est projeté.
 
Gerontophilia, c’est l’amour qui n’ose dire son nom, car elle implique l’amour entre deux hommes séparés par plus de 60 années, sujet peu abordé au cinéma. Et qui d’autre, pour aborder ce sujet, que cet éternel rebelle, le réalisateur Bruce LaBruce lui-même?
 
Il y a un monde de différence entre vos précédents films (No Skin Off My Ass, Hustler White, Skin Flick, etc.) et Gerontophilia. Pourquoi ce changement de cap?
 
Tout simplement parce que je voulais faire quelque chose de différent. Depuis un certain temps, je cherchais à faire un film s’adressant davantage au grand public, et, avec cette histoire d’amour intergénérationnelle sous le bras, j’ai pu obtenir du financement à plus grande échelle auprès de la SODEC et Téléfilm Canada. D’ailleurs, c’est mon film au plus grand budget jamais réalisé jusqu’à maintenant, c’est pour ça aussi qu’il ne ressemble pas à mes films précédents, que j’appelle des « guerilla-style art/porn movies ». De plus, comme j’avais déjà beaucoup exploré les genres « porno » et « gore » dans mes précédents opus, disons que je voulais essayer autre chose.
 
D’où vous vient l’idée de raconter cette histoire d’amour entre un jeune de 18 ans et un vieillard?  
 
J’ai coécrit ce scénario avec le romancier montréalais Daniel Allen Cox parce que je voulais parler de ce sujet encore tabou. Dans ma vie, j’ai souvent rencontré de jeunes gais qui m’ont parlé de leur première expérience sexuelle avec des hommes âgés, certains dans la soixantaine, des hommes qui leur ont fait découvrir la sexualité et aussi leur ont ouvert les yeux sur la vie.
 
Adolescent, étiez-vous attiré par les hommes plus âgés?
 
Oui, je l’étais. Mais tout ça est relatif, car quand j’étais ado, je fantasmais sur les hommes dans la trentaine et la quarantaine… et ça me paraissait vieux à l’époque!
 
Pourquoi avoir choisi Montréal pour tourner ce film?
 
J’aime découvrir des villes et tourner ailleurs qu’à Toronto, là où j’habite. Pour avoir séjourné à plusieurs reprises à Montréal, c’est une ville que j’adore. Aussi, comme le financement venait du Québec, ça allait de soi que je tourne ici.
 
J’ai lu que vous étiez un fan du cinéma québécois.
 
Oui, un gros fan! Jeune, je me rappelle avoir vu plusieurs films québécois à la télévision ontarienne. J’aimais beaucoup les films de Claude Jutra et ceux de Paul Almond. J’ai beaucoup aimé Les ordres de Michel Brault, Sonatine de Micheline Lanctôt, Les bons débarras de Francis Mankiewicz. J’aime aussi les cinéastes d’aujourd’hui : Denis Villeneuve, Denis Côté, Jean-Marc Vallée, etc.
 
Revenons à votre film. Pourquoi votre choix s’est-il arrêté sur 
le jeune comédien Pier-Gabriel Lajoie pour interpréter le rôle de Lake?
 
En audition, j’ai vu qu’il avait toutes les qualités que je cherchais pour ce personnage : jeune, innocent, ouvert d’esprit, angélique et très beau! Et je tenais à avoir un comédien du même âge que le personnage, soit 18 ans.
 
Quel est votre moment coup de cœur dans le film?
 
J’aime particulièrement la scène où l’on voit le jeune Lake en train de faire un croquis de l’objet de son désir, Monsieur Peabody (interprété par l’acteur canadien, Walter Borden) endormi dans son lit. Après un certain temps, Lake commence à se masturber en observant le corps du vieil homme.
 
Mise à part cette scène, le sexe est peu présent dans votre nouveau film; est-ce que Bruce LaBruce est tanné de la porno?
 
Mon but premier n’a jamais été de faire de la porno. C’est d’ailleurs pour ça que je me suis toujours surnommé «The Reluctant Pornographer» (pornographe malgré moi)!
 
Dans mon nouveau film, le sexe n’est pas absent, il n’est juste pas explicite. Je sais, ça peut paraître bizarre! Mais comme je voulais faire une œuvre plus accessible, j’ai essayé de surprendre les gens avec un film qui ne choquera pas. 
 
Gerontophilia a remporté le Grand Prix lors du dernier Festival du nouveau cinéma de Montréal. Comment pensez-vous qu’il sera accueilli par la critique et le public?
 
C’est difficile à dire! Mais pour l’avoir présenté lors de plusieurs festivals à travers le monde (Venise, Vienne, Toronto, Paris, Madrid, etc.), la réaction en salle a été unanimement chaleureuse et positive.
 
Certains diront que vous vous êtes assagi. Est-ce que le Bruce d’aujourd’hui, âgé de 50 ans, est différent du Bruce d’il y a 30 ans?
 
Quand j’avais 20 ans, j’étais un crazy queer Canadian punk rocker  qui avait la réputation de coucher avec les chums des autres! Aujourd’hui, si je devais me décrire, je dirais que, croyez-le ou non, je suis un homme terre-à-terre qui apprécie être en compagnie d’amis et de mon merveilleux mari, un homme d’origine cubaine.
 
Ma dernière question vous a sûrement déjà été posée un million de fois. Pourquoi avoir choisi un pseudonyme au lieu d’utiliser votre véritable nom, Justin Stewart? 
 
Plus jeune, je craignais que les douanes confisquent mon travail (je publiais un fanzine queer punk, «J.D.s»). J’avais aussi peur que les propriétaires de laboratoires photo contactent la police parce que je faisais du travail qui aurait pu être considéré comme pornographique. J'ai donc adopté un pseudonyme pour échapper aux autorités! Mais c'était aussi un personnage que je me suis créé, un genre de crazy, out-of-control queer punk. J’avais besoin d'un nom approprié. Et j’ai choisi Bruce LaBruce.  

Gerontophilia en salle dès le 14 février 2014 

**** MISE À JOUR 11 juin 2014 ****

Gerontophilia en salle dès le 4 juillet, 
 à l’affiche à l’Excentris et au Cinéplex Forum. 

http://www.gerontophilia-thefilm.com/