Recul

La France retardera le dépôt de sa loi sur la famille

L'agence AFP
Commentaires

Le gouvernement ne présentera finalement pas de projet de loi sur la famille en 2014, a annoncé Matignon. Cette annonce, qui sonne comme un recul, est considérée comme une «victoire» par les opposants au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe au lendemain d’une nouvelle mobilisation.

«Les travaux préparatoires doivent se poursuivre» a-t-on expliqué dans l'entourage du Premier ministre, où l'on note par ailleurs que «le calendrier parlementaire est dense¢, avec notamment le Pacte de responsabilité. Interrogé, le ministère de la Famille n'a pas souhaité faire de commentaire.

Il y a quelques jours, la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, expliquait que ce projet de loi devait répondre à la «nécessité de moderniser notre droit" face à la "diversité des modèles familiaux».

Une mesure phare du texte devait consister à mettre à la disposition des familles recomposées de nouveaux «outils juridiques» pour reconnaître le rôle joué par des tiers dans l'éducation des enfants, sans toutefois imposer un statut «rigide» des beaux-parents puisque chaque famille choisirait ce qu'elle veut. Le gouvernement avait écarté la procréation médicale assistée (PMA) ou la gestation pour autrui (GPA) et annoncé qu'il s'opposerait à tout amendement remettant ces sujets sur la table.

«C'est une victoire, je m'en réjouis», a déclaré Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous, après ce recul du gouvernement.

«C'est une victoire pour la réaction», a réagi pour sa part le sénateur PS Jean-Pierre Michel, ex-rapporteur du projet de loi sur le mariage homosexuel et l'un des rares de son parti à protester publiquement. «Si le gouvernement est effrayé par quelques dizaines de milliers de manifestants qui battent le pavé, il ne faut plus gouverner».

La secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Emmanuelle Cosse, a dénoncé un «renoncement consternant». «Au lendemain de la mobilisation du camp réactionnaire, ce renoncement est consternant. Nous espérons que le gouvernement reviendra sur cette décision», a déclaré Emmanuelle Cosse.

«Dominique Bertinotti (ministre déléguée à la Famille) l'a bien expliqué, ce gouvernement défend 'toutes les familles'. C'est bien pour cette raison que la loi sur la famille est attendue et nécessaire, notamment pour reconnaître les droits des beaux-parents, stabiliser la situation juridique de tous les enfants et de toutes les familles», a-t-elle déclaré.

«Rien de tel pour galvaniser les réacs», a regretté le ?porte-parole d'EELV Julien Bayou. «Quelle pantalonnade !» a renchéri sur Twitter le député Verts gai Sergio Coronado. Un «abandon en rase campagne», a jugé Noël Mamère.

«La gauche est trompée», a tonné Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), appelant aussitôt à des «élections punition».

La Fédération LGBT parle de «grande lâcheté politique du gouvernement et du président de la République qui n'assument plus leur engagements». Elle rappelle au Parti socialiste «son engagement à ouvrir l’accès à l’assistance médicale à la procréation qu'il trahit en s'alignant sur la position actuelle de l’exécutif». 

«Cette énième reculade éclaire le dédain du gouvernement pour toutes les lesbiennes qui courent des grands risques de santé en raison des traitements hormonaux différents entre la France et les pays dans lesquels elles se rendent pour profiter d'une PMA (procréation médicalement assistée)», poursuit le texte, qui rappelle qu'il s'agissait d'un «engagement pris par François Hollande» dans une interview au magazine Tétu en 2012.

La Fédération LGBT «rappelle au gouvernement qu'il n'a rien à attendre des opposants aux droits des nouvelles familles qui par définition grossissent des droites variées alors qu'électoralement il a tout à perdre de celles et ceux à qui il refuse de nouveaux droits», conclut son communiqué.