Kent Monkman au Musée McCord

Une fresque allégorique de l’union de la photo et de la peinture

Denis-Daniel Boullé
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Kent Monkman
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«Quand j’ai commencé à regarder les photographies de William Notman, j’ai cherché des modèles d’hommes nus, et je n’ai trouvé que des acrobates ou des culturistes», a commencé avec humour Kent Monkman, en faisant visiter la salle dans laquelle il a réalisé une immense fresque sous vitrine d’un atelier d’artiste au XIXe siècle. Intitulée Bienvenue à l’atelier, l’immense fresque rend hommage à la peinture française et à la naissance de la photographie à Montréal.

Contacté par le Musée McCord, l’artiste multidisciplinaire s’est tout de suite intéressé aux milliers de photos laissées au Musée par le photographe Notman, qui dans son studio, photographiait les Montréalais mais aussi des scènes de la vie québécoise de l’époque. Et comme à l’époque les photographes ne pouvaient se rendre à l’extérieur, les sujets posaient devant des fonds peints représentant la nature. D’où la rencontre de la photographie et de la peinture, même si la première a pendant les premières décennies de son existence été considérée comme un art mineur. S’inspirant de cette rencontre, Kent Monkman a choisi parmi les photographies, des représentants emblématiques de l’époque, aussi bien parmi les notables de la société montréalaise, les autochtones, mais aussi les gens du peuple en la figure des acrobates, des culturistes et des coureurs de bois. Jouant sur les contrastes de ces différentes catégories de la population qui se côtoyaient sans véritablement se fréquenter, Kent Monkman les représente dans une très longue fresque autour d’un artiste face à sa toile et à son modèle, à la manière de l’Atelier du peintre de Gustave Courbet. Gustave Courbet s’était représenté avec un modèle de femme nue, entourée des différentes classes sociales françaises, du mendiant à la femme du monde, du Juif au couple de paysans. S’inspirant de cette allégorie, Kent multiplie – presqu’à l’infini – les superpositions. D’une part, le tableau que l’artiste réalise est le portrait de Leonidas, détail de la grande composition de David, la Bataille des thermopyles. L’artiste a le visage de Kent Monkman, qui s’est toujours mis lui-même en représentation, et certains hommes de la bonne société sont déguisés en amérindiens et en coureurs de bois pour des soirées costumées qu’ils organisaient. Certains deman-daient à William Notman de les immortaliser. Tous les personnages de la fresque intitulée Bienvenue à l’Atelier, proviennent du fonds William Notman et sont exposées sur un mur dans la même pièce au musée McCord. 
 
« J’ai voulu tisser un lien entre différentes époques et différents médias, la photographie, la peinture, différents mondes sociaux, l’Histoire et nous aujourd’hui », explique Kent Monkman « En intégrant aussi les thèmes qui me sont chers comme aussi l’humour ». Dans la Fresque se retrouvent dans un coin Bill Cody – plus connu sous le nom de Buffalo Bill – en face de Sitting Blue qui lui fait un discret mais remarquable doigt d’honneur. Tout comme l’attrait de Kent Monkman pour le nu masculin se fait ressentir dans la représentation de Leonidas, roi des spartes, nu comme David l’avait 
imaginé. 
 
Compte tenu de la transgression que Kent Monkman a toujours pris avec l’art officiel du XIXe siècle pour nous faire découvrir une autre facette d’un nouveau pays où la nature était magnifiée par les peintres de l’époque, il était tentant de lui demander si comme artiste en résidence, il avait dû composer avec l’esprit des lieux et s’imposer une certaine retenue ? « Aucunement, les responsables du Musée tout comme la conservatrice, m’ont fait totalement confiance et ne m’ont imposé aucune contrainte, ce qui est rare et je tiens à les remercier des conditions de travail dans lesquelles j’ai pu travailler pour arriver à ce résultat». 
 
Le lien entre les différents supports de la création rencontre la technologie d’aujourd’hui. La fresque installée dans une vitrine fait face à une installation toute simple. Un panneau blanc devant lequel se trouve un tabouret, le tout éclairé par deux projecteurs. Le visiteur peut donc s’asseoir, et à l’aide d’un téléphone intelligent, capter son reflet qui se superpose au visage de l’artiste dans la toile. Ainsi chacun peut se retrouver inscrit dans l’immense toile le temps d’un d’une photo. Bienvenue à l’atelier de Kent Monkman est ainsi personnalisé et décliné en autant différents tableaux numériques que de visiteurs qui se livreront à l’exercice. Mais indépendamment de cet aspect ludique, il reste la profondeur d’un des grands artistes contemporains, Kent Monkman, qui avec intelligence et tout en cultivant des propositions artistiques singulières, s’inscrit dans l’héritage et dans la lignée de tous les grands peintres canadiens­.  
oeuvre de Kent Monkman
 
Kent Monkman – Bienvenue à l’atelier. Du 30 janvier au 1er juin 2014
Musée McCord  , 690, rue Sherbrooke Ouest. Montréal, Québec