Registre des actes homophobes

L’homophobie dénoncée

Julie Vaillancourt
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Laurent

En juin 2012, Gai Écoute lançait un Registre des actes homophobes, incitant les victimes et témoins d’actes homophobes à déclarer de façon anonyme et confidentielle ces actes, afin de rompre le silence. Voici que les résultats de ce projet pilote voient le jour sous la forme du rapport L’homophobie dénoncée, venant mettre en lumière maintes informations.

À priori, les victimes d’actes homophobes ont peur de porter plainte, puisque le rapport stipule que seulement 23 % ont déclaré avoir porté plainte auprès des autorités publiques, ce qui pourrait s’expliquer d’emblée par la peur des conséquences, explique Laurent McCutcheon, responsable du Registre des actes homophobes : «Porter plainte implique une suite que ce soit à la Commission des droits de la personne ou à la police. Il y aura enquête ou vérification et, à ce moment, la personne risque d’être confrontée à l’agresseur et à la question de rendre publique son agression, de faire face à l’appareil judiciaire. Ceci implique de parler publiquement de son orientation sexuelle, ce qui constitue une crainte pour plusieurs. Par exemple, si on n’a jamais fait son coming-out, le dernier lieu où on veut le faire est au poste de police!» Ainsi, les responsables du Registre des actes homophobes se sont interrogés sur la possibilité de déposer une plainte de façon anonyme et confidentielle, une hypothèse visant à encourager les victimes et témoins d’actes homophobes à dénoncer : «Nous avons donc constaté que sur une courte période il y a eu effectivement plusieurs plaintes sur cette base confidentielle. Bien sûr, sous le couvert de l’anonymat, la plainte n’aura pas le même effet, puisqu’il n’y aura pas d’enquête». L’alternative vise donc à «modifier» le comportement des victimes et des témoins vis-à-vis des actes homophobes, celui de briser le silence. C’est aussi une approche qui demeure dans la veine de la sensibilisation, en encourageant non seulement les victimes à porter plainte, mais aussi les témoins, ce qui semble pertinent, notamment lorsque l’on constate la récente vague d’actes homophobes, perpétrés dans le Village: «Le RAH est un programme structurant, car il contribue à un ensemble de mesures mises en place pour la population. Notre rapport présente les actes homophobes perpétrés dans des lieux publics». Parmi les grandes villes canadiennes, la ville de Montréal, est celle où les services de police ont déclaré le moins de crimes haineux fondés sur l’orientation sexuelle (13 crimes déclarés en 2010) alors que sa population est la deuxième en importance : «Il y a deux hypothèses possibles, la première serait qu’il y a moins de crimes haineux à Montréal et la seconde pourrait être que les policiers déclarent moins. Il y a aussi toute la question de l’interprétation d’un crime haineux, la perception du policier qui prend la plainte».
 
Ainsi, le rapport conclut que 57 % des actes homophobes sont avant tout des actes à caractère discriminatoire (discrimination, intimidation, harcèlement psychologique) et à 42% discriminatoires et criminels (violence physique, verbale, menaces, vandalisme, propagande haineuse, vol). Il inclut aussi l’homophobie perpétrée dans les médias, notamment internet un terrain fertile d’homophobie, puisque les agresseurs se cachent derrière l’anonymat de leur clavier, une donnée plus difficile à mesurer: «Nous avons reçu des déclarations d’homophobie sur le web, mais nous n’avons pas plus d’information. C’est le revers de la confidentialité, l’anonymat…Mais ça nous révèle des données», explique Laurent McCutcheon qui cite l’inclusion au rapport de l’expérience de recensement des propos homophobes véhiculés sur Twitter, menée à l’Université de l’Alberta à partir du site Internet www.nohomophobes.com. Selon que vous soyez victime/témoin d’actes discriminatoires et/ou criminels, le rapport l’homophobie dénoncée présente les instantes compétentes pour recevoir les plaintes. Le service du RAH est complémentaire à celui de Gai Écoute, puisque vous pouvez non seulement déclarer l’acte, mais aussi en parler avec un intervenant de Gai Écoute : «C’est important de continuer à dénoncer, car c’est un outil pour le public, nourri par le public. En parler et le dénoncer doit devenir une habitude. Le rapport nous permet une information plus générale sur l’ensemble de la population dans l’espace public» conclut Laurent McCutcheon, dont le prix Lutte contre l’homophobie portera dorénavant son nom «C’est une belle reconnaissance », avoue celui qui a consacré plus de 30 ans à la cause LGBT. 
 
Si vous êtes victime ou témoin d’un acte homophobe, vous pouvez le dénoncer de façon anonyme et confidentielle, via le Registre des actes homophobes en ligne, sur le site de Gai Écoute (www.gaiecoute.org ou [email protected]) ou par téléphone 1 888-505-1010 ou 514 866-0103 ou l’intervenant de Gai Écoute vous aidera à remplir le formulaire. 
 
Le rapport l’homophobie dénoncée peut être consulté sur le site web de Gai Écoute : www.gaiecoute.org