Brayan Houle-Guertin

APRÈS L’INTIMIDATION, LA RÉSILIENCE

Olivier Gagnon
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Brayan Houle-Guertin

Une bonne majorité d’entre nous aura subi, à un moment ou un autre de notre vie, une forme ou une autre d’intimidation, souvent orientée vers notre homosexualité. Pour certains, passer au travers de cette violence se fera en douceur, alors que pour d’autres, le parcours sera jonché d’embuches qui leur sembleront insurmontables. Heureusement, nous sommes pour la plupart encore tous ici pour en témoigner, pour partager notre vécu aux plus jeunes qui souffrent d’homophobie et c’est le cas de Brayan Houle-Guertin, un jeune auteur-compositeur-interprète de 20 ans, originaire de Drummondville et aujourd’hui établi à Montréal au parcours difficile, mais touchant. 

Après un coming out assumé à l’âge de 12 ans, la vie de Brayan bascule lorsqu’une de ses proches ébruite la nouvelle, qui a tôt fait de se retrouver dans la bouche de tous les étudiants de l’école qu’il fréquente.  Coups, insultes, crachats, bousculades, menaces du mort, tout y passe. La dépression arrive vite pour le jeune homme, et durera jusqu’à ses 17 ans. Le problème n’était pas d’accepter son homosexualité, mais bien de s’assu-mer en tant qu’être humain. Durant ce temps, Brayan consulte une psychologue, qui lui permet de se maintenir la tête hors de l’eau. « Les gens autour de moi me parlaient, je n’écoutais pas. Pendant 2 ans, je me suis mutilé; je n’en parlais pas et j’accumulais. C’est la manière que j’ai trouvée pour l’exprimer », explique le jeune homme. Sa mère fait tout pour l’aider : le changer de milieu, visiter le bureau du directeur, imposer de la sécurité pendant quelques semaines. Rien n’y fait. « Elle a donné son 110% du début jusqu’à la fin; je ne pourrai jamais assez la remercier. Dans la situation que je vivais, je crois que ça aurait été difficile d’en faire plus, nous avions déjà tout fait, tout essayé.»  
 
C’est finalement sous les conseils de sa psychologue qu’il décide de se lancer dans une thérapie intensive, qui le mènera à l’hôpital de Drummondville, mais aussi à Rivière-des-Prairies, où il sera interné pendant un mois et demi. Cette décision, bien qu’elle était l’une des meilleures de sa vie, allait le mettre en danger à sa sortie de l’hôpital. « C’est quand je suis sorti que tout s’est gâté. C’est difficile, tu es dans une bulle pendant 1 mois et demi et finalement tu retournes dans ta vraie vie, dans tes problèmes. Ce fut un choc pour moi », ajoute Brayan. C’est ainsi qu’à la suite d’une crise d’angoisse, il avale tous ses médicaments dans l’espoir dans finir. Finalement, il se réveille le lendemain, en regrettant. Miracu-leusement, une visite à l’urgence lui permet de constater qu’il s’en est sorti indemne, sans la moindre séquelle, si ce n’est que des situations qu’il vit trois ans plus tard lui rappellent encore certains souvenirs, certaines émotions.  «Pour passer à travers ces épreuves, je me parle, je me parle beaucoup et je me raisonne. Mon passé fait partie de moi, et il en fera toujours partie. Ça fait de moi qui je suis aujourd’hui, tout simplement.» A-t-il pardonné à ses intimidateurs? « Oui, j’ai fini par pardonner à ces gens-là, ça ne me donnerait rien de plus de leur en vouloir. Personne ne s’est excusé, mais ça ne m’empêchera jamais d’avancer et de poursuivre mes projets », explique Brayan.
 
Inspiré par Marie-Mai et Demi Lovato, dont les textes positifs font réfléchir, sa propre résilience est probablement sa plus grande inspiration dans la musique qu’il écrit, compose et interprète aujourd’hui. « Mes chansons sont inspirées de mon vécu, et avec ces chansons, je veux inspirer les gens, je veux que les gens s’y retrouvent », mentionne celui qui est désormais bénévole et administrateur pour le GRIS du Centre-du-Québec. Et grâce à ses sorties médiatiques des derniers mois pour dénoncer l’intimidation et expliquer son parcours, Brayan est en bonne position pour discuter avec des jeunes et moins jeunes qui ont besoin de conseils ou qui désirent simplement partager leur vécu, des propos qui servent aussi d’inspiration à sa musique pop. « Ça me fait du bien de voir que je peux faire une différence chez certaines personnes. J’ai voulu raconter mon histoire pour ceux qui ont en besoin, ceux qui sont à la recherche d’histoires positives à la suite d’intimidation. J’ai espoir qu’à chaque entrevue que je fais, il y a au moins une personne qui la lira et qui aura elle aussi le même déclic que j’ai eu. »
 
On ne peut que lui lever notre chapeau et lui souhaite la meilleure des chances dans la poursuite de son rêve, celui d’être un chanteur.