une murale militante pour les 30 ans de Fugues

Kashink et ses gâteaux militants

Yves Lafontaine
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Kashink et ses gâteau Militants

Pour les 30 ans de Fugues — et souligner du coup les dix ans du mariage au Québec —, l’artiste française Kashink a peint, les 6 et 7 juillet dernier, une trentaine de gâteaux sur le mur Nord du bureau de Fugues dans le cadre de son projet international «50 CAKES OF GAY». Depuis, cette nouvelle murale provoque surprise et sourire chez les passants qui photographient le mur ou se prennent en photo devant les gâteaux flottants. Pendant une pause causée par la pluie alors qu’elle terminait la murale, nous nous sommes entretenus avec l’artiste dont la renommée grandie chaque jour.

Tu signes tes œuvres Kashink. Quelle en est la signification ?
 
C’est une onomatopée. Quand j’étais ado j’aimais bien lire des Comics américains, des bédés. J’ai d’ailleurs eu quelques exemplaires de la collection Marvel avec des supers héros. Je me souviens avoir lu là, le mot Kashink, mot en grosses lettres. Et je me souviens que j’avais trouvé ça trop fort comme mot. À l’époque je m’étais dit que ça sonnait bien. Y’a un K devant, un K derrière. C’est équilibré : tant pour la sonorité, que  graphiquement. Je l’ai gardé dans un coin de ma tête et quand je me suis mise à faire des dessins plus activement je l’ai pris comme pseudo.
 
L’univers des Comics en est un qui est ultra coloré comme tes murales...
 
Oui, et il est ultra stéréotypé également. C’est ça qui est drôle. Cela vient des supers héros, enfin de la BD dans l’absolu. En fait je mets un point d’honneur à mettre mes héros personnels, enfin mes peintures en tout cas, en situation où cela casse ce stéréotype, du mec  viril, super musclé, qui survit à toutes les péripéties, qui sauve le monde tous les jours.
 
À part la bédé, qu’elles sont tes sources d’inspiration ?
 
J’ai toujours aimé les arts graphiques, ça m’a permis de progresser en dessin aussi. Je me tiens au courant de ce qui sort de nouveau, j’aime bien m’intéresser aux autres artistes en général. Mais j’ai aussi une grande admiration pour des peintres plus « classiques » et quand j’ai découvert les portraits de Frida Kahlo à mon adolescence j’ai pris une bonne claque. J’adore aussi le travail de Botero, je me suis rendu compte que j’avais déjà flashé sur ses sculptures quand j’étais gamine c’est peut-­être à cause de ça que je peins des mecs gros maintenant… Sinon, le travail de Leigh Bowery m’inspire beaucoup, et le concept de performan-ce à la Gilbert & Georges. Je les adore.
 
Souhaites-tu faire passer certains messages au travers de tes œuvres ?
 
Le street art est un bon moyen de faire partager ses idées avec le plus grand nombre. Quand je choisis de ne pas peindre de femmes, c’est déjà un peu un acte militant. C’est beaucoup plus facile de vendre une image d’une belle nana à poil ! Petit à petit j’ai mis mes personnages en scène en incluant une petite phrase dans mes peintures, comme si le mec parlait ou pensait un truc. Du coup ça permet de proposer des situations inattendues, par exemple des mecs gros, poilus et tatoués qui téléphonent à leur mère, qui tombent amoureux, qui expriment leur peur ou leur joie. Encore une fois, c’est une manière de casser les codes. C’est comme ça que je me suis mis à aborder le thème de l’homosexualité. J’ai peint pas mal de mecs dans des situations amoureuses gaies et j’ai fait une expo solo il y a 3 ans que j’avais appelée « GAYFFITI ». C’est un sujet qui est très rarement abordé dans le street art et encore moins dans le milieu du graffiti. Depuis, avec le débat sur le mariage pour tous [en France ], j’ai commencé à peindre des gâteaux de mariages.?Ce projet, je l’ai appelé «50 Cakes of gay». Le premier c’était à Paris en décembre 2012, et ensuite j’ai pas mal voyagé en Europe et ailleurs, et j’en ai peint presque partout où je suis allée. Quand je suis venue plutôt cette année à Montréal, dans le cadre du festival MURAL, je me cherchais un mur pour poursuivre 50 Cakes... dans le Village.?Rapidement, le mur de Fugues est apparu comme une évidence...
 
À l’origine, l’idée était-elle de peindre 50 gâteaux dans autant de villes différentes ?
 
Oui, au début, en soutien avec le mariage pour tous, je pensais que j’allais peindre 50 gâteaux dans différentes villes et basta, que ce serait fini. Mais je me suis mise à en peindre beaucoup plus. Aujourd’hui, j’en suis à plusieurs centaines et j’ai encore envie de continuer. Il faut dire qu’avec les murales de Miami — pour le Art Basel —, et à West Hollywood, qui compte chacune 50 gâteaux, et celle de Fugues, une trentaine, le nombre total a grossi rapidement. Le jour où j’en aurais marre je passerai à autre chose. Mais ca ne risque pas d’arriver de si tôt. J’aime bien avoir plusieurs projets en même temps aussi, ça permet de ne pas rester focalisé sur une seule thématique sans arrêt. 
 
Un grand merci à Kashink, à la SDC Village et à MURAL qui ont rendu possible le projet de cette murale.