Toronto

La ville a vibré au rythme LGBT pendant la Worlpride

Yves Lafontaine
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worldwide Toronto

La planète LGBT s’était donné rendez-vous à Toronto à la fin juin pour la tenue de la WorldPride. On avait l’impression que la ville reine au complet célébrait la diversité sexuelle : musées, galeries d’art, boutiques, restaurants et magasins, partout dans la métropole, avaient d’ailleurs pris les couleurs de l’arc-en-ciel. 

 
Tant l’AGO, le Gardiner Museum, le MOCCA, le Ryerson Center proposaient chacun une ou deux expositions abordant des thématiques LGBT, sans compter une demie-douzaine de galeries d’art. Certains restaurants proposaient des menus ou des cocktails aux noms évocateurs comme «Friends of Dorothy» , «Oz Pad Thaï», «Blow Job Martini» (Hé, oui…) et on ne comptait plus les vitri-nes de magasins et les étalages de vêtements coordonnés aux couleurs de l’arc-en-ciel, du Eaton Center, à deux pas du cœur des célébrations de la fierté, que sur la chic rue Bloor ou la très branchée et très queer rue Queen West.
 
La semaine a débuté par la levée du drapeau arc-en-ciel à l’hôtel de ville, en l’absence du ridicule maire Ford, par la tenue d’une importante conférence sur les droits humains LGBT qui a rassemblé plus de 700 conférenciers et d’un important mariage collectif de 115 couples de même sexe à l’imposant Casa Loma.
 
À partir du jeudi, on a vu affluer par centaine de milliers les touristes venus des quatre coins de l’Améri-que et de partout dans le monde pour célébrer la culture et les droits des communautés LGBT. Évidemment, plusieurs milliers de montréalais ont pris quelques jours de vacances pour être de la fête. Normalement les célébrations de la fierté à Toronto attirent déjà une foule immense de près d’un million de personnes durant le week-end et, avec la tenue de la WorldPride cette année, on avait l’impression réellement que toute la ville vibrait au rythme de ces célébrations.
 
Une grande scène avait été aménagée sur le Dundas Square, une immense place qui rappelle notre Place des Festivals, et au moins 6 autres scènes plus modestes avaient été disposée sur des espaces de stationnement, ici et là, à travers le territoire du quartier gai de Toronto, offrant une sélection, fort diversifiée, de spectacles musicaux, d’humour et de drags. Plusieurs politiciens locaux et même la première ministre de la province, ouvertement lesbienne et récemment réélue, ont été vus à plusieurs reprises durant le week-end prenant part aux festivités. Plusieurs Montréalais ont pris part aux festivités, tant comme spectateurs que comme artistes invités (djs, drags, chanteurs).
 
Si ont peut certainement regretter que les groupes communautaires aient été relégués à des petites rues secondaires, laissant aux grands commanditaires et aux marchands de gugusses, la plus belle visibilité sur la rue Church pour la grande foire publique du vendredi au dimanche, on doit féliciter les organisateurs de l’événement pour l’excellente tenue de ces célébrations qui se sont déroulées sans anicroche ni faux pas et qui comptaient même un volet francophone. Une réussite d’autant plus grande quand on sait les chicanes et les luttes fratricides qui ont marqué l’histoire pas si lointaine de l’organisme Pride Toronto. Décidément, Toronto a changé, et c’est tant mieux. Le communautaire a décidemment mieux coordonné son action et la ville est véritablement devenue multiple, à la fois multiculturelle et réellement diversifiée.
 
Comprenez-moi bien, Toronto est bien plus prude que Montréal à plusieurs égards, plus ordonnée et disciplinée (ce qui est loin d’être un défaut), mais visiblement les habitants ont prit goût à la fête et les festivités de la fierté de la ville reine sont dorénavant célébrées, comme à Montréal, par une grande partie de la population de la ville et pas seulement les communautés LGBT.
 
Cela dit, le cœur de la vie gaie, comme on la connait depuis  une vingtaine d’années, c’est-à-dire le Village Church-Wellesley, est en transformation actuellement. Il est vrai qu’un second quartier gai s’est constitué depuis 15 ans à l’autre bout du centre-ville, sur Queen West (à l’ouest de la rue Bathurst), que l’on surnomme Queer West, attirant plusieurs gais et lesbiennes du milieu créatif, qui y ont ouvert boutiques et restaurants (mais aucun bar digne de ce nom). Mais revenont au quartier de Church-Wellesley. Depuis 5 ans, on ne compte plus le nombre d’éta-blissements gais qui ont fermé leurs portes pour laisser place à des projets immobiliers. Dans les semaines qui viennent (si ce n’est déjà fait), l’institution de la nuit qu’est le Fly, le Toolbox et plusieurs commerces les entourant fermeront leurs portes pour laisser place à la construction d’immenses tours à condominiums (entre 25 et 37 étages) qui transformeront encore plus ce quartier. À deux pas, sur la rue Yonge (où était le centre de la vie gaie dans les années 70 et 80), pas moins de 6 tours de plus de 35 étages (dont une, l’Aura atteindra 78 étages) devraient être construites dans les prochains trois ans, laissant présager un afflux important de nouveaux arrivants préférant résider au Centre-Ville plutôt que de passer plus de deux heures dans le trafic. Ces arrivants vont, fort pro-bablement, diluer le côté gai du quartier. Cela ne sonne pas nécessairement la fin de la vie gaie dans ce quartier, qui compte encore une trentaine de bars, saunas, boutiques et restaurants LGBT, mais celui-ci va nécessairement changer de visage. 
 
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