Lutte contre le VIH/sida

Comment New York espère éradiquer l’épidémie de sida

Yannick LeClerc
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VIH MEDIC

«Il me paraît tout à fait approprié que nous nous montrions les plus agressifs pour éradiquer la maladie», expliquait le gouverneur de New York, Andrew Cuomo à la fin juin. L’État de New York va devenir le premier territoire au monde à tester le traitement universel sur les personnes vivant avec le VIH. 

Théoriquement, cela paraît tout simple: si suffisamment de personnes séropositives sont repérées, mises sous traitement antirétroviral et prennent leurs médicaments régulièrement, l’épidémie du sida peut être éradiquée. Andrew Cuomo entend mettre en œuvre ce qu’on appelle l’effet cascade. Les milieux scientifiques estiment qu’on peut parler de couverture universelle lorsque 80 % des personnes vivant avec le VIH sont sous antirétroviraux. C’est le sens du pari que lance le gouverneur de l’État de New York. 
 
«Nous nous sommes retrouvés à l’épicentre de la crise du sida, il y a 30 ans», a-t-il déclaré juste avant de se rendre au défilé de la fierté LGBT de New York. «Il me paraît donc tout à fait approprié que nous nous mon-trions également les plus agressifs pour éradiquer la maladie». L’objectif de l’initiative du gouverneur démocrate est de faire passer le nombre annuel de nouvelles infections en dessous de celui des décès d’ici à 2020, ce qui permettrait de réduire progressivement le nombre de personnes vivant avec le virus. L’État de New York est déjà parvenu à faire passer les nouvelles infections de 14 000 en 1993 à 3000 en 2014. Mais il veut aller plus loin. Le but est de réduire ce nombre à 750 d’ici à 2020, ce qui correspond au nombre de cas de tuberculose détectés chaque année à New York, une maladie qui n’est plus considérée comme une épidémie.
 
Concrètement, le plan Cuomo repose sur trois choses. «Il va tout d’abord chercher à maximiser le nombre de personnes qui se font tester, sachant qu’environ 14 % des 154 000 séropositifs new-yorkais ignorent qu’ils sont porteurs du virus», détaille Tim Horn, de Treatment Action Group, un groupe de réflexion consacré à la lutte contre le sida. Cela passera, entre autres, par la mise à disposition de trousses qui permettent d’effectuer le test à la maison et par la simplification de la procédure en cabinet – un simple consentement oral suffira à l’avenir.
 
Il s’agit également de doubler la part des personnes qui, infectées, reçoivent des médicaments et de s’assurer qu’elles continuent à les prendre sur le long terme. «Aujourd’hui, dans l’État de New York, près de 50 % des séropositifs ne sont pas traités», glisse Tim Horn. Pour remédier à cela, l’administration Cuomo a négocié des rabais avec les trois entreprises pharmaceutiques qui dominent 73 % du marché des antirétroviraux à New York – Abbott, Bristol-Myers Squibb et Gilead. Elle a en outre introduit une limite de 30 % sur la part de revenu que les logements sociaux peuvent réclamer aux personnes séropositives. Un logement fixe augmente la probabilité que ces malades continuent à prendre leurs médicaments.
 
Le troisième volet de l’offensive Cuomo cible les personnes séronégatives «qui sont en général des grands oubliés des programmes de lutte contre le sida», relève Tim Horn. Le programme se concentrera sur les populations les plus à risque, «à savoir les gais afro-américains ou latinos et les femmes transgenres», précise-t-il. Celles-ci seront encoura-gées à prendre quotidiennement des comprimés de Truvada, qui agit comme un prophylactique pour éviter une infection. Ces populations à risque seront dotées d’une assurance maladie et seront mises en relation avec les services sociaux pour s’assurer qu’elles disposent de conditions de vie stables.