Essai IPREX / prévention du VIH

Nouvelles données fondamentales sur le PreP

Jacques Corbier
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Alors que l’essai Iprex avait déjà démontré l’efficacité de la prophylaxie pré-exposition contre l’infection par le VIH, les chercheurs américains ont profité de la conférence mondiale de Melbourne pour publier des résultats complémentaires, tirés de la suite de cet essai, prouvant scientifiquement l’utilité du traitement pré-exposition (mieux connu sous le diminutif de la PrEP) comme outil de prévention. 

C’est une suite attendue de la première étude originale qui fit la preuve de l’efficacité du traitement préventif sur les contaminations auprès des gays et des femmes trans ayant des rapports sexuels avec des hommes. Le 22 juillet derniers, ces nouveaux résultats ont été présentés comme un événement «non-prévu», mais les résultats ont été jugés suffisamment importants pour pouvoir obtenir une place dans l’agenda débordant des présentations de Melbourne. Les instigateurs de l’essai ont annoncé la publication de leurs données dans la revue scientifique «Lancet Infectious Diseases».

IprEx-OLE (pour Open Label extension), apporte des éléments additionnels, grâce à un recul d’un an et demi supplémentaire, sur l’intérêt d’une prévention à l’aide de la PrEP, mais aussi et surtout des indications quant à la réception et la demande de cet outil parmi les participants à hauts risques d’infection par le VIH.

Cette étude observationnelle a été menée sur 1 600 hommes ou femmes trans dans différents pays d’Amérique (Pérou, Equateur, Etats-Unis ou Brésil), en Afrique du Sud et en Thaïlande, pendant 72 semaines. Elle a été financée par le National Institute of Health américain, avec le don des comprimés de Truvada par le laboratoire Gilead. Tous les participants avaient déjà pris part à l’essai IPrEx par voie orale et restaient éligibles à poursuivre l’étude. 76 % d’entre eux ont accepté d’emblée ou de manière différée la prise quotidienne, tandis que le reste a choisi de participer à l’étude sans recevoir de traitement. Entre 2011 et 2012, les participants ont été inclus progressivement, jusqu’à la fin de l’implémentation, en décembre 2013.

PAS DE CONTAMINATIONS À PARTIR DE QUATRE PRISES/SEMAINE

Grâce à un test au buvard de la concentration en antirétroviral, les auteurs de l’essai ont pu mesurer selon le nombre de prises hebdomadaire le taux de concentration du médicament. À partir de là, ils ont pu calculer le taux d’acquisition du VIH (l’incidence) en fonction du nombre de comprimés avalés. Dès trois prises par semaine, l’incidence tombe à 0,6 % donc la réduction du risque de contamination atteint plus de 90 %. Et pour quatre prises par semaine et plus, aucun des participants à IPrEx ne s’est contaminé. Une preuve scientifique imparable qui fait dire au responsable du protocole, le docteur Grant, que «ces résultats démontrent que la PrEP demeure hautement efficace, même dans des conditions réelles et avec une observance qui ne semble pas être parfaite».

UNE DEMANDE FORTE MALGRÉ LES CRAINTES

Selon l’équipe de chercheurs, la demande de la PrEP au sein de la cohorte est particulièrement forte, preuve que cet outil est bien accepté dans une population lorsque celle-ci est prise en charge. Mieux encore, ils ont constaté que l’observance au traitement préventif était plus élevé chez les hommes ou femmes trans qui indiquaient avoir régulièrement des sodomies passives sans préservatif, plus de partenaires sexuels et des antécédents d’IST. Chez les participants qui ont refusé la PrEP, près de 50 % déclarent l’avoir déclinée par crainte des effets indésirables. L’étude indique également que même si la consommation de drogues et d’alcool n’était pas associée à une baisse de l’observance, l’engagement durable dans la PrEP devra certainement être soutenu par d’autres dispositifs d’accompagnement.

PAS PLUS DE PRISES DE RISQUE CHEZ LES PARTICIPANTS QUE D’HABITUDE

L’essai montre qu’il n’y a pas de signe de «compensation du risque" dans IprEx-OLE, qui a comparé les pratiques sexuelles entre les groupes, avec ou sans PrEP, mais aussi l’incidence de la syphilis, un marqueur important de pratiques favorisant l’infection par le VIH, incidence qui est comparable dans les deux groupes. Pas de preuve scientifique donc d’un «catalyseur» de risques selon les chercheurs, mettant ainsi à mal l’un des principaux arguments contre ce nouvel outil, que l’on sait efficace.

Les répercussions de ces conclusions risquent de faire grand bruit, que ce soit parmi la communauté scientifique, comme chez les activistes. Devant ces nouvelles preuves, il y a fort à parier que ces derniers vont se saisir d’IprEx OLE afin de réclamer, une nouvelle fois, un accès élargi, hors essai et gratuit au traitement préventif. Car d’après les modélisations présentées dans le communiqué de l’OMS, l’application de ces recommandations permettrait de réduire de 20 à 25 % l’incidence du VIH chez les hommes ayant des relations avec d’autres hommes, ce qui pourrait éviter près d’un million de nouvelles contaminations en dix ans.