Entretien avec Desiree Akhavan

Appropriate Behaviour ou quand on a plus rien à perdre

Chantal Cyr
Commentaires

Version queer de Girls, Appropriate Behavior rappelle, dans sa structure, un Annie Hall (de Woody Allen) qui danse entre passé et présent. Nous faisons la rencontre du personnage qu’interprète Desiree Akhavan, Shirin, lorsqu’elle quitte, d’un air abattu, un gode strap-on balançant à la main, son appartement qu’elle partageait avec Maxine, désormais son ex. Elle erre dans les rues de Brooklyn. 

L’histoire juxtapose les souvenirs — des bons et mauvais moments passés avec Max – et le présent, dans lequel Shirin essaye d’avancer après sa rupture tout en faisant son coming-out à sa famille. Non seulement Shirin essaie de faire face à cela psychologiquement et émotionnellement, mais, comme beaucoup de personnes de sa génération, elle essaie de s’assurer un revenu décent sans se détruire pour autant. Elle cherche un emploi qui lui permettrait également de faire d’enivrantes rencontres à New York. Appropriate Behavior s’engage sur le thème du coming-out et de la marginalisation sociale et politique sans exagération ni mélodrame. Peut-être est-ce le résultat de ce que Akhavan décrit comme son «humour cru et à la limite du grossier» de sorte qu’il n’y a pas de moments traînant en longueur, trop provocants, ou encore donnant trop à réfléchir. 
 
Pourquoi le titre Appropriate Behavior (Comportement approprié)? Pour qui ? En référence à quoi ? 

Le titre fait référence à l’incapacité de notre protagoniste à faire les choses bien, quoi qu’elle fasse. Avec sa famille, avec ses partenaires, et même au travail, en étant simplement elle-même, elle sera toujours inappropriée.
 
Shirin incarne plusieurs minorités, sans qu’une de ces minorités ne prenne toute la place… 

Nous avons spécifiquement choisi de ne pas jouer avec les «diffé-rentes identités» de Shirin dans ses relations avec les autres parce que je voulais montrer qu’elle est plus qu’une femme définie par ses minorités. Elle n’est pas victime des circonstances. La dépeindre comme un symbole de la situation délicate des femmes LGBT du Moyen-Orient à travers le monde n’aurait pas été honnête. Aucune des scènes du film n’est ici pour combattre des idées fausses ou pour établir un discours politique.
 
Cela dit, votre film est un drame qui aborde avec humour des sujets qu’on pourrait qualifier de «graves» ou d’adultes...

D’après mon expérience, la vie oscille constamment entre la farce et le mélodrame tragique, donc j’aime qu’un film trouve le juste milieu et fasse en sorte que cela sonne vrai.
 
Shirin et Max sont très différentes : sexuellement, politiquement, ethniquement et culturellement. Était-ce l’ensemble de ces différences qui rendait cela insurmontable ? Était-ce Max qui ne comprenait pas la situation de Shirin vis-à-vis du coming-out à sa famille? Ou bien, est-ce que le point de non-retour a été atteint lorsque Max est devenue frigide?

Cette question fait partie de celles qui reviennent aux spectateurs. À eux de décider. Personnellement, je crois que les facteurs que vous énumérez sont les symptômes d’un problème plus large : elles ne sont pas faîtes l’une pour l’autre. J’ai toujours pensé que la sponta-néité et l’imprudence de Shirin, qui ont attiré Maxine au début, sont précisément les choses qu’elle ne supportait plus. De plus, Shirin était encore une ado de bien des façons et je pense que Maxine n’avait pas la patience pour gérer ces crises d’ados.
 
Ce film est-il en partie autobiographique ? Comment avez-vous fait pour représenter plutôt que « parler au nom de » la bisexualité ou de la culture iranienne, dans le film ?

Ce film s’inspire de mes expériences, c’est certain. Mais, il n’est pas fondé sur des événements ayant eu lieu. Concernant le fait de mettre en boîte les cultures, l’histoire traite d’une femme qui se trouve être bisexuelle et iranienne. Je n’ai jamais songé à représenter quelqu’un d’autre que moi. On ne parle bien que de ce qu’on connaît. 
 
Pour certains, il peut sembler surprenant que Shirin fasse son coming-out après sa rupture avec sa blonde. Pouvez-vous nous parler de la logique de son geste…
 
Il est tout à fait logique pour Shirin de le faire à ce moment-là, parce qu’alors elle n’a plus rien à perdre.
 
Comment interprétez-vous la réponse de la mère de Shirin lorsqu’elle lui dit « Maman, je suis un peu gaie » ?
 
Je comprends que sa mère lui dit : « Tu n’es pas gaie. Je te connais mieux que tu ne te connais toi-même. Tu es juste idiote et perdue. Maintenant, ferme là ». 
 
 

appropriate behaviour

Desiree Akhavan États-Unis
sam, 11/22/2014 - 19:15
 
Ce film sera présenté dans le cadre d'image+nation festival de cinéma LGBT de Montréal 

Le samedi 11/22/2014 - 19:15 — L'annexe Judith Jasmin (l'ancien cinéma ONF)